Sarközy, présidandidat

C’est à Jérôme Commandeur, le chroniqueur-humoriste, que nous devons cette trouvaille, entendue sur l’antenne d’Europe 1, le 14 décembre, et jamais un tel qualificatif n’est allé aussi bien à l’autocrate président.

Il est vrai que depuis mai 2007, date à laquelle celui-ci a été élu, on en vient à penser qu’il n’a pas encore réalisé qu’il avait gagné l’élection.

Il n’a cessé depuis près de 5 ans de multiplier les déplacements, faisant d’audacieuses déclarations, dans tous les domaines de la politique.

Bien sur, ces déplacements ne sont pas imputés aux « comptes de campagne », mais on serait tenté de se demander s’ils ne devraient pas l’être, d’autant que cette campagne interminable coute très cher aux français et que la crise se contenterait d’une campagne plus courte.

Le déplacement de Toulon 2011 aurait couté 325 000 €, et avec tous les déplacements additionnés, on arrive à un total de près de 20 millions d’euros par an.

Il faut savoir qu’outre les diverses locations de salle, de matériel, la protection policière du présidandidat coûte chaque fois 220 000 € en moyenne. lien

Entre les discours d’avant 2007, avec leurs lots de promesses, et le dernier discours de Toulon, et son même lot de promesses (lien), il n’y a pas l’ombre d’une feuille de papier à cigarette. lien

Façon comme une autre d’admettre dans le fond que ces promesses n’étaient que des paroles en l’air.

Prenons la production nationale : le présidandidat vient de décider de défendre le « produire en France », alors que depuis 5 ans, la délocalisation de la production nationale s’est aggravée avec la bénédiction gouvernementale, contradiction que l’on retrouve avec le « made in France », cette curieuse expression qui veut promouvoir le produit français, en utilisant la langue anglaise. lien

La réalité est plus grise : alors que les emplois délocalisés ne représentaient que 37% des délocalisations entre 1995 et 1999, le pourcentage passant à 57% entre 2000 et 2003, (lien) n’a cessé de grimper depuis. lien

Les délocalisations détruisent au moins 36 000 emplois par an en France, soit depuis l’élection présidentielle, soit près de 180 000 français privés de travail pour le plus grand profit des entreprises qui ont délocalisé. lien

Prenons les grandes entreprises d’état, comme par exemple « la Poste », entreprise dans laquelle œuvre un certain Jean-Paul Bailly.

Récemment, il a acheté 3000 scooters à Taiwan au moment même ou la branche Peugeot qui en fabriquait fermait ses portes, faute de commandes. lien

La même entreprise nationale n’a-t-elle pas offert récemment à ces cadres méritants pour 900 000 euros de BMW, curieuse manière d’encourager la production française. lien

En tout cas, l’économie allemande, qui a déjà plusieurs longueurs d’avance sur l’économie française remercie surement l’entreprise nationale française, même si elle n’avait pas besoin de ce geste généreux pour améliorer son score.

Avec 150 milliards d’euros d’excédent commercial pour l’Allemagne, contre nos pauvres 75 milliards de déficit, il doit y avoir d’autres manières d’encourager la production française. lien

Pourtant s’il est vrai que le présidandidat roule en Renault Velsatis, il n’en est pas moins vrai que celle-ci a été blindée par l’entreprise « centigon », laquelle a été achetée par le groupe américain « O’Gara-Hess & Eisenhardt », lui-même avalé par « Armor Holdings », acheté il y a un an par « BAE System » qui n’est pas plus française que Sarközy n’est esquimau. lien

Mais il y a mieux : Renault, cette entreprise 100% française ne l’est pas autant que l’on veut bien nous le dire, et la remplaçante de la « Vel Satis » la « Latitude  », sera fabriquée à Busan, en Corée du Sud (lien) alors que 400 000 véhicules sont déjà fabriqués au Maroc.

Les délocalisations touchent tous les domaines, et même si l’autocrate président s’est ému en janvier 2011 des délocalisations dans le domaine de la sous-traitance aéronautiques, notamment chez EADS, déclarant « quand on appauvrit les sous-traitants, on appauvrit toute la filière, je voudrais qu’on arrête le phénomène des délocalisations sur les sous-traitants ». lien

Mais les mises en garde ne coutent pas cher lorsqu’elles ne sont pas suivies d’effet.

Les Coréens ne se sont pas montrés très reconnaissants puisqu’ils ont raflé un marché nucléaire aux Emirats arabes unis, à Abu Dhabi, remporté haut la main par le consortium coréen de Kepco, devant un consortium français emmené par Areva, EDF, GDF Suez, Total, Vinci et Alstom. lien

Personne n’a oublié le combat des ouvrières de « sodimédical  » dont le patron a décidé la délocalisation en Chine. lien

Il est évident qu’avec les salaires chinois, avoisinant les 260 €, même avec la récente augmentation de 20% qu’ils ont obtenus, un patron français n’hésite pas très longtemps à délocaliser. lien

Et quid de ces milliers d’entreprises françaises qui se sont délocalisées avec la bénédiction de l’Etat aux quatre coins du monde, et notamment au Maroc.

Axa, BNP, Paribas, Bull, Atos Origin, Ubisoft, Bouygues Telecom, Orange, SFR, Renault, La Redoute, Ipsos etc… y sont installées, ou y sous-traitent une partie de leurs activités, à tel point qu’ils occupent un quartier complet de Casablanca.

Pourtant, connaissant les liens qui unissent notre présidandidat à Martin Bouygues, on ne peut que regretter qu’il n’ait pas tenté de dissuader ce dernier de ne plus produire français. lien

D’autant que les entreprises d’état se délocalisent aussi dans ce pays, afin de profiter des exonérations d’impôts pendant 5 ans, des faibles charges sociales, des semaines de 44 heures, et du salaire mensuel de 400€.

Un centre d’appel au Maroc revient 2 fois moins cher qu’en France.

Comme s’en flatte Youssef Chraibi, président de l’AMRC (association marocaine de la relation client) : « nous sommes 40 % moins chers qu’en France  ».

Pas étonnant dès lors que la RATP, ou la SNCF avec leur passe Navigo, ou la carte Imagine R, ne se soient laissés tentés, sans que le présidandidat n’y ait trouvé à redire. lien

Le Maroc y trouve son compte, et les économistes se demandent si ce pays n’est pas devenu la nouvelle banlieue économique de la France  ? lien

Ceci dit les marocains ne sont guère reconnaissants : la France a été recalée pour un projet de TGV destiné à transporter les pèlerins de la Mecque.

Une ligne de 450 km pour accueillir 60 millions de voyageurs par an a en effet échappé à la SNCF, en toute discrétion, et ce sont les espagnols qui ont raflé la mise. lien

Mais on peut aller encore plus loin.

En signant un « accord de coopération stratégique à long terme » avec le ministère chinois des chemins de fer, le présidandidat court-circuite l’industrie française, mettant la technologie TGV dans l’escarcelle chinoise. lien

Les chinois ont, semble-t-il adapté le proverbe africain qui dit : « si tu veux aider celui qui a faim, ne lui donne pas de poisson, apprends lui a pêcher  ».

D’autant qu’aujourd’hui, la délocalisation ne touche pas que la production, elle concerne aussi les activités de recherche et de développement, comme l’a constaté le sénateur Philippe Adnot.

D’ailleurs, un autre sénateur, Jean Arthuis s’inquiétant que certaines entreprises françaises aient bénéficié du « crédit d’impôt recherche », suspecte ces dernières « d’avoir externalisé leurs travaux de recherche, notamment dans des pays d’Europe Centrale  ». lien

Il semble bien que Renault, autant que Citroën aient profité de l’aubaine, direction la Chine ou le Brésil. lien

Alors le présidandidat peut bien taper de ses petits poings nerveux sur les tables des plateaux médias nationaux, évoquant « le produire français », (lien) tentant de reprendre l’avantage sur les « LePen et Hollande et autres Bayrou » sur ce sujet brûlant, (lien) personne n’arrive vraiment à le croire sincère.

Il a déclaré vouloir lutter contre les délocalisations dès 2004, alors qu’il était ministre de l’économie (lien), puis en 2007, en 2008, en 2009, affirmant devant les ouvriers « ébahis » de St Nizier, en tordant tragiquement ses mains « la France pour être compétitive et garder ses usines doit arrêter la délocalisation  ». lien

Personne n’a de doutes qu’il refera le même discours en 2012.

D’ailleurs, la classe politique dénonce ces contradictions.

Noël Mamère déclare « ça veut dire quoi acheter français, c’est acheter une Toyota construite en France ou une Twingo construite en Roumanie ?  », et le député PS Christian Paul d’ajouter : « ce sera un slogan électoral sans lendemain ».

Pour Nicolas Dupont-Aignan, « c’est du verbiage  » et André Chassaigne du PCF s’étonne « d’un coté on veut accentuer la concurrence libre et non faussée, et de l’autre coté on affirme qu’il faut revenir à la production française ».

Comme dit mon vieil ami africain : « Les hommes sont comme les ordinateurs, durs à comprendre, et manquant parfois de mémoire ».

L’image illustrant l’article provient de « contre-info.com »

Olivier Cabanel

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