Schizophrénie à Davos

Les thèmes de discussions et de débats ne manquèrent pas à Davos, lors du World Economic Forum tenu la semaine dernière, mais ils se bornèrent à des sujets pour le moins consensuels, voire stérilisés dirai-je, du genre « quels sont les dangers des Too bigs to fail » … En fait, l’humeur était au beau fixe, nul Président-Directeur Général ou autre très haut responsable d’entreprise  invité n’ayant envie d’aborder les sujets qui fâchent ou simplement délicats. Après tout, l’élite de la haute finance et des multinationales présente a fort bien tiré son épingle de la crise et les profits sont bel et bien de retour.

En effet, après la période cauchemardesque (pour la Finance) des années 2008 et 2009, après la paralysie du crédit (ayant fait vaciller les entreprises sur leur socle), l’année 2010 se solde par des résultats très nettement au-dessus de la moyenne. Les accusations d’incompétence et de voracité lancées à l’encontre de ces intervenants majeurs à l’économie ne sont donc plus qu’un mauvais souvenir. Les bonus de ces hauts dirigeants suivront immanquablement et tant pis si les PME ont toujours des difficultés parfois insurmontables à accéder au crédit… Les acteurs majeurs du secteur financier américain et européen n’ont-ils pas – contre toute attente – parachevé leur emprise sur les politiques publiques à la faveur de cette crise?

Quel dirigeant Occidental oserait en effet aujourd’hui abandonner un établissement financier de quelque importance à la faillite? L’impunité est donc désormais consacrée – comme officialisée – sachant que les patrons du secteur financier et ceux des entreprises globales (qui bénéficient de leurs largesses) démontrent une solidarité sans faille. Ils plaident ainsi à l’unisson en faveur d’une rigueur fiscale publique qui autoriserait très opportunément le nettoyage de leur bilans et qui renforcerait en même temps les Etats dans leur « devoir » de soutien de ses fleurons de la Finance.

Eh oui! Les sourires et auto congratulations de Davos ne souffraient nullement qu’un esprit chagrin évoque leurs responsabilités relatives à un passé pas si lointain qui les vit s’activer à monter en puissance la crise majeure des années 2007-2009. Réduire les déficits sans augmenter la taxation des plus aisés est aujourd’hui paradoxalement le conseil prodigué aux politiques alors que les endettements gigantesques de nos Etats ne sont que la résultante de leurs exactions. A l’Etat et aux collectivités donc de payer pour leurs excès pendant que l’auto satisfaction règne à Davos.

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