Si on changeait les maîtres du monde…

Ce qui sera peut-être vu dans peu de temps comme l’un des documents les plus importants – et perturbateurs – de ce début du XXIe siècle, est sorti, le 26 juillet dernier, du Eidgenössische Technische Hochschule (Institut fédéral Suisse de technologie) de Zurich.  Ce sont trois (3) chercheurs de la Chaire de Conception de Système (Chair of Systems Design) dudit ETH – Stefania Vitali, James B. Glattfelder, et Stefano Battiston – qui ont signé ce texte explosif. qu’il faut lire absolument !

Un texte qui  n’est pas un brûlot d’anarchiste ou un pamphlet de révolutionnaire débutant, mais un document sérieux, produit d’esprits curieux et matheux, comme on en trouve dans ce pays de Suisse où l’on s’attend d’une banque qu’elle fonctionne comme une horloge.  Ce texte n’est pas explosif dans sa forme, mais dans son contenu.  Il l’est parce qu’on y répond à la question que tant de gens se posent aujourd’hui : Qui mène le monde ?

Les chercheurs de l’ETH y répondent simplement, en quelques phrases et quelques lignes d’équations relativement faciles, à partir d’une information publique et aisément accessible.  Quels sont les faits qu’on nous expose ?

147 société transnationales, qui s’appartiennent les unes aux autres, dans le cadre d’un réseau dense de prises de participation mutuelles dans leur capital-action les unes des autres, constituent de fait une SUPER ENTITÉ ÉCONOMIQUE qui possède de loin la plus grande part de la richesse de la planete.  Voyez le document lui-même pour les pourcentages exacts. Vous serez abasourdis.

Les preuves sont là et elles sont  irréfutables.  En réaction à ce document, on ne peut arguer que deux choses: 1) que  posséder la richesse ne donne pas nécessairement le contrôle, et 2) que des gens qui contrôlent ensemble peuvent faire abstraction de ce pouvoir et NE PAS en tirer profit pour s’octroyer des avantages.   Je ne perdrai pas une minute de ma vie à discuter ces hypothèses.

Paul Jorion non plus qui, prenant connaissance de la demonstration magistrale du groupe de Zurich, passe directement sans arguties à la conclusion, mettant sur son blogue, le 7 septembre un article intitulé  “Les maîtres du monde”  Lisez les notes de Jorion et les commentaires sur l’article sont aussi d’un grand intérêt…

La première réaction, quand on voit cette concentration inouïe de pouvoir, est la stupéfaction.  Mais, la boite de Pandore ouverte, si on cherche un peu, on n’est pas au bout de nos surprises…. Pendant qu’à Zurich on a fait cette étude aureolée du prestige  académique, d’autres chercheurs  ont ajusté les lentilles pour mettre au foyer de façon plus artisanale, mais néanmoins vraisemblable, ce qui paraît comme le saint des saints  du pouvoir.

Ainsi, cet article publié sur  Global Research , repris en français sur  le blogue  Résistance 71 au lien ci-dessous. Ici, on ne prétend pas faire la part des choses et on ne cache pas l’intention : c’est la guerre.

http://resistance71.wordpress.com/2011/06/03/oligarchie-financiere-les-huit-familles-derriere-le-cartel-banquier-prive-international-lennemi-des-peuples-a-un-nom-et-des-visages/

Si on accorde foi à ce texte, de 147 sociétés, on en serait à huit 8 familles.   On n’a pas ici la rigueur mathématique de l’étude de Zurich, mais on a un faisceau de renseignements et de circonstances qui projettent une impression de vraisemblance. Le dossier n’est pas clos et ficelé, mais le fardeau d’une réponse crédible est certainement dans le camp de ceux dont on prétend qu’ils ont ce pouvoir immense, au sein du groupe de ceux dont il est avéré que le pouvoir est indiscutable.

Après la stupéfaction, la deuxième réaction à la concentration du pouvoir financier peut être de mécontentement, voire de colère. Il saute au yeux, en effet, qu’il ne s’agit pas aujourd’hui de s’interroger sur la facon de  mettre en place une gouvernance mondiale, laquelle est déjà une réalité,  mais sur les moyens de rendre démocratique cette gouvernance qui est solidement entre les mains d’une elite.  Comme on ne fait rien pour qu’elle le devienne, tous les boniments qu’on nous sert sur la démocratie peuvent apparaître bien choquants….

On peut comprendre cette irritation, personne n’aime être leurré. Mais avant de réagir en cherchant des coupables, creusant comme un cochon qui a senti une truffe, il faudrait peut-être mettre nos préjugés en veilleuse un instant et se demander objectivement si une gouvernance démocratique nous donnerait un monde meilleur que celui auquel nous a conduit l’oligarchie qui semble aujourd’hui diriger le monde.

Facile de voir que le monde aujourd’hui fonctionne plutôt mal que bien; en fait, nous sommes dans la phase terminale d’une façon de gérer la société qui craque de partout et dont la crise financière est la manifestation la plus visible, mais n’est pas la seule. On a aussi l’évolution de la technologie qui impose un nouveau paradigme de production et de consommation.  On a la transforrnation de nos valeurs historiques qui – pour le meilleur ou pour le pire, ce serait un autre débat – impose aussi une profonde remise en question de nos attitudes.  Est-on bien certain que substituer une démocratie à l’oligarchie actuelle résoudrait nos problèmes ?

Je ne dis pas qu’il ne faille pas aller dans cette direction. Au contraire, je crois que l’interdépendance croissance entre les compétences complémentaires qu’exige un société techniquement complexe va NÉCESSAIREMENT amener une diffusion plus large du pouvoir.  Une partie de nos problèmes actuels vient peut être de la résistance de l’oligarchie à cette évolution. Mais je suis sceptique quant à l’impact positif immédiat d’un transfert du pouvoir qui l’enlèverait des mains d’une élite riche – pour laquelle le rapport à la richesse est devenu un jeu – pour le remettre enntre celles d’une classe ambitieuse, dont la priorité sera inévitablement de s’enrichir…

La justice exige que ce transfert du pouvoir ait lieu, mais faut-il le faire dans l’exaltation de la vengeance?  Si on changeait  de maîtres, il faudrait que l’on mette beaucoup de soin à s’assurer, d’abord, que la démocratie qui servira de véhicule à ce transfert soit bien authentique et efficace.

Il ne faudrait pas oublier, non plus, que même la plus vraie des démocraties ne changera pas la nature humaine  … et qu’un pouvoir qui repose sur un mandat populaire ou sur la compétence devra être balisé encore plus étroitement que celui qui découle de la richesse, car la bête affamée est plus dangereuse que celle qui est repue.

Pierre JC Allard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *