SIDA de Civilisation – Génocide en clinique

Yan Barcelo, 29 mai 2010

Depuis 1971, on a donné cours au Québec à environ 725 000 avortements (l’euphémisme de rigueur étant interruption volontaire de grossesse). Sur une période de 30 ans, Québécoises et Québécois ont éliminé ainsi 10% de leur population. Sous d’autres cieux, on a parlé de génocide pour beaucoup moins.
Il ne faut pas chercher ailleurs le déficit démographique qui fait maintenant du Québec une des sociétés les plus rapidement vieillissantes au monde et qui nous oblige à combler le vide par la voie de l’immigration – et le lot de tensions sociales que cela entraîne.
On parle beaucoup des interventions rétrogrades, pour ne pas dire scandaleuses, du cardinal Ouellet. On peut lui reprocher son style un brin tranchant, mais il reste qu’il est le seul au Québec à se dresser courageusement contre la culture de mort qui prévaut.
Le cardinal attaque la question de l’avortement au point essentiel où il faut le faire : au niveau moral. Qu’une société pratique l’avortement à un niveau aussi élevé que le Québec, un pays pourtant matériellement avancé, est proprement immoral. À son sommet, atteint en 2002, le taux « d’interruption volontaire de grossesse » était de 40% (chiffres tirés de l’Institut québécois de la statistique). C’est-à-dire que 4 grossesses sur 10, ou encore 4 futurs petits Québécois sur 10 étaient… interrompus. Depuis ce sommet, le taux a lentement baissé pour se situer à 30% en 2008, en d’autres termes, 3 petits Québécois sur 10 interrompus.
Comment expliquer cette baisse? D’une part, les Québécoises semblent retrouver le désir de maternité : en 2002, le nombre total de naissances était de 72 478; en 2008, de 88 600. D’autre part, les moyens « d’interruption » sont plus « efficaces » grâce à la pilule du lendemain.
Est-ce que tout avortement est immoral, devant être condamné et interdit, comme le laisse entendre le cardinal? Je n’irais pas jusque-là. Contrairement à la position qu’épouse l’Église, dans une situation qui peut mener à un avortement, par exemple dans les cas où la vie de la mère et de l’enfant sont en jeu, je privilégie résolument ceux qui sont vivants avant celui qui est à naître. Surtout dans une situation où une femme a déjà un ou plusieurs enfants sous sa responsabilité, sans compter son mari. Dans de tels cas, on parle évidemment d’avortement en tant qu’acte médical.
Et dans le cas de l’avortement suite à un viol, situation extrême qui préoccupe tant l’opinion en ce moment et pourtant guère prévalente au Québec, si la femme veut se faire avorter, elle a mon absolution.
Toutefois, il y a deux aspects cruciaux que le cardinal Ouellet néglige malheureusement, comme tout le monde, d’ailleurs : l’adoption et l’orphelinat. Il fut un temps où le Québec comptait de nombreux orphelinats – tous disparus. Aujourd’hui, le stigmate qui était lié aux « enfants du péché » et à la fille-mère n’a plus cours, de telle sorte que nombre de femmes qui auraient autrefois confié leur nouveau-né à la crèche le gardent. Ou le tuent…
Une partie du débat suscité par le cardinal Ouellet tourne autour de l’absence ou de la présence de conseils et de sollicitude à l’endroit de la jeune femme qui envisage un avortement. Le cardinal dit que tout est mené dans un climat impersonnel où la jeune femme est laissée à elle-même; les adversaires du prélat disent qu’au contraire elle est entourée de professionnels qui « discutent » avec elle. La vérité se situe sans doute quelque part au milieu. Cependant, une option est forcément évacuée de l’équation : la possibilité de confier l’enfant à l’orphelinat dès sa naissance et, le plus rapidement possible, à l’adoption.
Aujourd’hui, si une jeune femme choisit de donner naissance à un enfant qu’elle ne désire pas, elle n’a pas d’autre choix que de le garder avec elle, en attendant qu’on trouve un foyer d’accueil pour l’enfant. Imaginez : elle sera obligée de vivre pendant un temps indéterminé avec l’enfant qu’elle ne désire pas en attendant qu’on lui trouve un foyer d’accueil. La mère devra vivre avec son enfant, s’y attacher davantage, en attendant de devoir y renoncer. Par ces manœuvres insensées, l’option de la vie est rendue immensément plus ardue qu’elle ne devrait l’être. Si nous ramenions les orphelinats, dans une version revue, corrigée et augmentée, la jeune femme aurait devant elle non plus seulement l’option d’interrompre sa grossesse, mais elle pourrait par ailleurs choisir de donner naissance à son enfant et le « lancer dans la vie » par la voie de l’orphelinat.
On dira que l’orphelinat est une option inhumaine qui fait fi de la « qualité de vie » de l’enfant. Bien sûr, rien ne vaut une naissance dans un foyer où le père et la mère sont aimants. Mais on peut certainement imaginer des situations plus éprouvantes que celle d’orphelin. Et comment défendre sérieusement l’idée de la « qualité de vie » si on fait si peu de cas de la vie elle-même et du destin totalement imprévisible des êtres.
Mais il ne faudrait pas se contenter de seulement ramener les orphelinats. Il y a un travail considérable à faire du côté de l’adoption, une voie qui demeure semée d’embûches au Québec. Dans les Centres Jeunesse, qui ont la responsabilité de l’adoption au Québec, on affirme que le premier impératif est l’enfant : il ne s’agit pas de trouver un enfant pour une famille, dit-on, mais de trouver une famille pour un enfant. Mais ce primat est faux : on privilégie d’avantage la mère génitrice. Comment expliquer autrement qu’un enfant confié à une famille d’accueil qui prévoit l’adopter puisse être arraché à cette famille et retourné à sa mère si celle-ci en fait la demande? Une telle sollicitude pour les « sentiments » de la mère est absurde. Une fois qu’une mère a renoncé à la garde de son enfant, l’acte devrait être définitif. Il en va du bien-être de l’enfant, qui doit primer par-dessus tout. Pas étonnant que tant de couples qui souhaitent adopter se détournent du Québec pour aller en Chine, à Haïti ou ailleurs. Au tournant de 2000 (je ne dispose pas de chiffres plus récents), il se pratiquait seulement 200 adoptions à l’intérieur du Québec, contre 900 à l’international.
Certes, même en mettant à l’honneur les orphelinats et un processus plus rapide et plus assuré d’adoption, on ne pourrait compenser les 25 000 avortements qui se pratiquent encore annuellement au Québec. Cependant, cela exercerait un contrepoids plus que bienvenu à notre culture de mort où l’avortement se présente encore comme la seule solution allant de soi pour une grossesse non-désirée. Et plutôt que de voir le gouvernement du Québec injecter quelque 80 M$ dans des interventions de fertilité extrêmement coûteuses et hasardeuses, ces sommes seraient bien mieux investies dans la mise en place d’un réseau d’orphelinats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *