SIDA de civilisation : la société (2 / 8)

Yan Barcelo, 24 octobre 2009

Quels sont certains résultats invisibles, et pourtant omniprésents, de l’érosion subie par la famille ? Tout d’abord, les parents ne sont pas les éducateurs premiers de leurs enfants. Ce n’est pas pour dire que leur impact éducatif est nul, mais il est certainement minimisé, pour ne pas dire marginalisée. Et il est partagé avec nombre d’autres sources discordantes, souvent même contradictoires. Suite à l’afflux des divorces et séparations, on se retrouve avec un nombre démesuré de familles monoparentales dont les conditions sont indigentes, ce qui entraîne nombre de problèmes d’apprentissage chez les enfants, et plus tard, de délinquance.

Et à un niveau fondamental, quels sont certains apprentissages que les jeunes ont absorbé ? En premier lieu, ils ont appris qu’il ne faut surtout pas s’engager dans des relations. Dans l’expérience de la séparation de leurs parents, ou des parents de leurs amis, un lien fondamental de confiance à l’endroit de l’autre a été abîmé. Ils ont appris que la relation de couple est une zone explosive et il est impératif de se garder des portes de sortie.

C’est ainsi qu’on se retrouve aujourd’hui avec des foules de jeunes couples « accotés » qui ne veulent surtout pas prendre d’engagements fermes l’un à l’endroit de l’autre. La situation est ironique : ils se retrouvent quand même avec tous les atours d’un mariage (enfants et biens en commun), mais sans la dimension spirituelle du mariage, terrain d’apprentissage de la fidélité, de la loyauté et de l’amour à travers toutes les vicissitudes de la vie.

Bien sûr, cette réticence à s’engager au plan affectif se répercute sur l’ensemble des relations humaines. Je suis étonné de constater combien de jeunes manquent de parole et n’ont aucun souci de donner suite à leurs engagements. Pourtant, la parole donnée est un des ciments de base des transactions sociales.

Une autre « leçon » que les jeunes ont absorbée est l’impératif de la gratification instantanée. Autrefois, un des postulats de base de l’éducation était d’apprendre à différer la gratification de façon à obtenir plus tard un bien supérieur. C’était une composante essentielle de ce qu’on appelait la « formation du caractère ». Combien de choses n’ont-elles pas démoli ce postulat de base. Tout d’abord, notre héritage intellectuel a remis en question la notion même d’un bien supérieur. Le bien a été télescopé dans le plaisir, plaisir où toutes les formes de gratification sont devenues à peu près équivalentes.

Ensuite, les parents, tous deux absorbés par carrière et travail, n’avaient ni le temps ni l’inclinaison de faire cette éducation du caractère. Chose certaine, ils avaient plus d’argent à leur disposition et, habitués eux-mêmes à se payer rapidement leurs propres gratifications, ils n’étaient pas disposés à les refuser à leur progéniture. En fait, ils se seraient sentis coupables de leur refuser.

Et ici intervient une des dynamiques les plus vicieuses des couples séparés et reconstitués. Chacun, père ou mère, se sent vaguement coupable, comme résultat de la séparation, d’avoir en même temps laissé son enfant. Que fait-il alors ? Il tente de se gagner l’affection de ce dernier, et comment mieux y réussir qu’en agréant à ses demandes et caprices. Le processus est évidemment inconscient – et très fort. Ajoutez à cela le fait que l’enfant se retrouve avec une deuxième mère ou un deuxième père, qui contribue à son tour aux mécanismes de la gratification instantanée.

Et ajoutez encore le fait que junior n’est pas du tout innocent dans cette équation : il veut que maman ou papa lui paye ou lui donne la permission pour ce dont il a envie. Forcément. Alors, il est devenu virtuose de la manipulation, jouant un parent contre l’autre, pour en tirer ce qu’il veut. Quel est le résultat de cette dynamique ? Le règne de l’enfant-roi, un des phénomènes les plus marquants de notre société ; l’enfant capricieux, exigeant, mal instruit, sans grâces sociales, portant perpétuellement la couche aux fesses (le vêtement de tant de garçons en fait foi !), rêvant de devenir célèbre et riche, mais sans contribution à la société. Et, donnée fondamentale de sa personne, faible.

Des signes de cette faiblesse ? Ils abondent. J’en ai déjà nommés quelques-uns : manque de parole, réticence à l’endroit de tout engagement. Mais par-dessus tout, une incapacité grave d’endurer l’adversité, la contrariété et la simple et inévitable difficulté de la vie. Le recours aux drogues de toutes sortes, médicales et illégales, en est le plus flagrant indice. J’ai reçu il y a peu le témoignage accablant d’une jeune fille dans la fin de la vingtaine : elle-même et toutes ses amies ingurgitaient régulièrement un cocktail varié de psycho-stimulants ou de psycho-dépresseurs.

Toutes manifestaient l’incapacité chronique et l’absence de force intérieure pour traiter avec toutes les pressions qui les assaillent : travail, relations amoureuses, impératifs esthétiques. Leur éducation sentimentale est pratiquement nulle : elles ne savent pas comment faire le tri dans leurs sentiments, ne savent pas comment fixer leurs priorités et, si elles s’en fixent, n’ont aucune volonté pour s’y tenir. Et pour s’évader de leur désarroi, que font-elles ? Elles prennent des pilules.

Du côté des garçons, les syndromes sont différents, mais tout aussi aberrants : par-dessus tout, ils sont accros d’une chose ou d’une autre (surtout les jeux vidéo et le sport) et incapables d’entrer en relation responsable avec les filles – qui en sont affamé.

Et rien ne laisse croire que les choses vont s’améliorer. Déjà, des cohortes d’enfants-rois, maintenant dans leur vingtaine et leur jeune trentaine, ont accédé aux échelons inférieurs des organisations et de la vie sociale. Et d’autres cohortes sont en chemin dans les écoles et collèges dont le profil n’est guère encourageant. Je connais dans mon entourage cinq professeurs de niveau primaire ou secondaire et tous me décrivent une situation éprouvante. Une enseignante au primaire depuis plus de trente ans m’a dit cette parole terrible : « Je n’ai pas hâte qu’on soit tous vieux et qu’on ait à dépendre des jeunes à qui j’enseigne. »

12 pensées sur “SIDA de civilisation : la société (2 / 8)

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    26 octobre 2009 à 11 11 51 105110
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    Je suis d’accord sur pratiquement tout ce que vous dites à partir du cinquième paragraphe, soit la gratification immédiate. Toutefois:

    « Tout d’abord, les parents ne sont pas les éducateurs premiers de leurs enfants. Ce n’est pas pour dire que leur impact éducatif est nul, mais il est certainement minimisé, pour ne pas dire marginalisée. Et il est partagé avec nombre d’autres sources discordantes, souvent même contradictoires.  »

    Tout d’abord, j’aimerais souligner le fait que pour certains parents et enfants, ce n’est peut-être pas une si mauvaise chose. J’ai moi-même des élèves que je souhaiterais qu’ils ne subissent aucune influence des parents… Ensuite, je suis loin de considérer mon rôle de parents comme accessoire, ou comme un ajout aux autres instances éducatives. Comme vous le mentionnez, les enfants ont maintenant plusieurs sources d’éducation. C’est le rôle du parent que de créer les liens entre ces sources par des retours réflexifs sur les situations vécues, par des activités éducatives, par l’apprentissage de valeurs… Le rôle du parent n’a jamais été plus important qu’en ce moment; la gestion et le réinvestissement des apprentissages est une tâche plus importante que jamais. Et c’est cette tâche qui rendra cohérentes les sources discordantes. Car l’incohérence fait partie intégrante de la vie et il faut être en mesure de la gérer.

    « La situation est ironique : ils se retrouvent quand même avec tous les atours d’un mariage (enfants et biens en commun), mais sans la dimension spirituelle du mariage, terrain d’apprentissage de la fidélité, de la loyauté et de l’amour à travers toutes les vicissitudes de la vie. »

    J’ai moi-même deux jeunes enfants, fruits d’un couple solide et aimant. Nous n’avons et ne véhiculons aucune valeur concernant le mariage et sa spiritualité. Je ne crois pas que ce soit nécessaire au bon fonctionnement d’une union, ou d’une famille. Je ne crois pas que le mariage ait un quelconque lien avec la construction des valeurs que vous y rattachez.

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    28 octobre 2009 à 12 12 16 101610
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    @PYL
    Merci pour votre commentaire.
    Tout d’abord, je suis entièrement d’accord avec votre propos, au point que je juge qu’il contribue essentiellement à renforcer le mien. S’il est une chose à laquelle j’adhère, c’est bien à la primauté des parents comme éducateurs. Malheureusement, je constate que le nombre d’influences avec lesquelles doivent traiter les parents ressemble à des chutes Niagara qui déferlent au coeur même du foyer: Internet, télévision, jeux vidéos, musique rock, chatting. Autrefois, l’ensemble de la société concourrait à renforcer le rôle central des parents. Aujourd’hui, c’est le contraire. Le nombre de forces qui sont à l’oeuvre pour écarteler la zone pédagogique fragile de la famille est démesuré. N’importe quel zozo, au nom de la liberté d’expression, peut lancer au coeur de tous les foyers n’importe quel message décadent et pervers, et il appartient ensuite aux parents de défendre les barricades ou de ramasser les dégats. C’est le monde à l’envers. Au lieu d’une charte des droits qui est devenue une permission pour tout un chacun de donner libre cours à ses caprices, que diriez-vous d’une charte des droits et responsabilités dont un des mandats essentiels serait de protéger le droit et le devoir des parents d’assurer l’intégrité mentale, intellectuelle et morale de leurs enfants.
    (Quant aux enfants dont vous parlez et que vous voudriez protéger de leurs parents, hélas, vous n’avez que trop raison. Mais au nom de protéger ces cas marginaux, il ne faut pas sacrifier les besoins et les impératifs de la majorité des parents.)

    Quant au mariage, la cheville de sa dimension spirituelle tient à une chose très simple et fondamentale, à laquelle les participants d’unions libres aujourd’hui essaient de se dérober: l’engagement de chaque conjoint envers l’autre pour le meilleur et le pire. La spiritualité, en dehors de tout le flafla nouvel-âgiste dont on peut avoir paré ce mot, tient essentiellement en une chose: l’érosion lente et patiente des frontières du moi et de son orgueil. Et à ce chapitre, le mariage est une superbe ascèse. Refuser de prendre cet engagement, c’est toujours se réserver une porte de sortie et faire en sorte qu’on ne se commettra pas franchement et entièrement à la relation du mariage. Est-ce que cela signifie qu’en dehors du mariage toute union libre n’a aucune valeur? Certainement pas. Les relations humaines sont ainsi faites qu’elles nous accaparent totalement qu’on le veuille ou non. La dimension spirituelle du mariage ne fait qu’amener l’éclairage de la conscience et de la volonté dans la relation pour faire en sorte que ce ne soit plus une question de « qu’on le veuille ou non », mais qu’on le veuille, point.

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    28 octobre 2009 à 14 02 08 100810
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    Quel échange intéressant!

    Vous dites: « La dimension spirituelle du mariage ne fait qu’amener l’éclairage de la conscience et de la volonté dans la relation pour faire en sorte que ce ne soit plus une question de “qu’on le veuille ou non”, mais qu’on le veuille, point. »

    Je crois que l’engagement est un sentiment bien personnel, défini différemment par chacun, plutôt qu’un simple contrat. Pour cause, vous conviendrez probablement qu’une personne mariée peut très bien ne pas se sentir engagée. La relation « que l’on veuille, point » peut devenir plutôt désagréable dans un tel cas.

    À mon sens, le mariage n’est pas nécessaire pour créer le sentiment d’engagement inconditionnel. Je crois que l’évolution de la relation, les échanges, les réflexions, les conflits réglés (ou non !), le fait d’avoir des enfants, les engagements financiers, les concessions, … sont gages d’un engagement profond, beaucoup plus qu’un titre donné à une union, soit le mariage. Selon moi, le désengagement provient du fait que tout est à consommer et à jeter de nos jours, mariages et relations inclues. Pour ma part, j’ai dit « je le veux » à ma conjointe depuis longtemps et d’une autre façon que devant l’autel: par l’investissement même de faire l’apprentissage de ce qu’est une relation et de sa perpétuelle construction, de la maîtrise des pulsions humaines (surtout sexuelles) et par la compréhension d’autrui dans le meilleur, comme le pire…

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    28 octobre 2009 à 15 03 03 100310
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    Je vous suggère cette vidéo très intéressante de Kilomètre Zéro (Télé-Québec) à propos de la génération Y et de leur relation par rapport au travail.

    http://video.telequebec.tv/video/1734/les-y-sont-ils-ingerables

    En passant Yan, j’aime bien vos billets, qui sont très pertinents, mais je ne peux m’empêcher de trouver que votre regard sur les jeunes est un peu tordue.

    Pas que vous soyez complètement dans l’erreur, au contraire, vous avez raison sur plusieurs points, mais j’ai l’impression que vous semblez voir que le négatif.

    Quand je vous lis, je ne peux m’empêcher de penser aux parents des baby boomers, dans les années 60-70. Ils devaient, eux aussi, en avoir long à dire sur leurs jeunes…

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    28 octobre 2009 à 18 06 06 100610
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    @PYL
    Vous avez raison dans une grande mesure. Ce que vous me décrivez, c’est en quelque sorte un mariage sans le contrat. Mais alors, si votre engagement est aussi ferme que vous le dites, pourquoi ne pas le confirmer par un engagement formel. Et je ne parle pas nécessairement d’un mariage en blanc devant le prêtre, la famille et le trio de musiciens. Je parle d’un engagement verbal, formel et ferme, même dans l’intimité de votre chambre à coucher, si vous voulez.

    @Rémi
    Vous avez raison, mon coup d’oeil apparaît surtout négatif. C’est probablement parce qu’il l’est dans une grande mesure. Mais je vais quand même tenter de nuancer.

    Autrefois, il n’y avait que 5% (et encore!) de la population qui avait accès à une instruction, même élémentaire. Aujourd’hui, le pourcentage est evidemment « complet ». Quiconque veut s’instruire a définitivement la possibilité de le faire. Cela fait en sorte que nous avons une jeunesse certainement plus éclairée et instruite qu’à n’importe quelle autre époque.

    Si on regarde en arrière, les progrès sont imposants. Par contre, si on regarde vers l’avenir en vue de ce qui serait requis pour maintenir le niveau de prospérité et d’harmonie politique auquel nous avons atteint, alors je crains que nous sommes sur la voie d’une régression. Je percois chez trop de jeunes la présence de non-valeurs: goût pour la célébrité des médias, narcissisme du corps, priorité extrême accordée à l’argent, manque d’un sens pour les réalités économiques fondamentales, manque de repères historiques, etc. Y a-t-il des valeurs sous le boisseau qui attendent d’émergerà travers toute cette soupe de la perte du sens? Je suis tout à fait prêt à le croire, mais je ne les distingue pas à ce moment-ci. Est-ce à dire que je suis totalement désespéré face à nos jeunes? Pas du tout. Je pense qu’ils sont, à plusieurs égards, mieux que les jeunes ont jamais été. Mais je ne les percois pas à la mesure des défis qui les attendent.
    Je serais curieux que vous me disiez quelle est votre perception des jeunes d’aujourd’hui.

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    28 octobre 2009 à 21 09 37 103710
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    Eh bien,

    Pour répondre à votre question sur le mariage, nous ne sentons pas le besoin de faire ce que vous proposez. C’est inintéressant comme réponse, mais c’est la vérité. À force de communiquer et de vivre ensemble, les balises sont définies et claires; l’engagement est complet.

    Et si je peux empiéter un peu sur la question que vous posez à Rémi, je vous dirais que je travaille dans une polyvalente et je ne peux que tristement acquiescer à ce que vous décrivez. On les aime, on les aide à cheminer à travers un système social pervers (que NOUS leurs léguons, en passant…), mais on doit bien se rendre compte que leurs préoccupations sont superficielles et matérialistes, bien malgré eux, tout comme on leur dit de faire comme société. Je me dois toutefois de souligner l’excellence (que ce soit scolaire ou personnelle) de certains jeunes qui résistent à la pression et qui sont vraiment, vraiment beaux et belles et de qui nous avons de quoi être fiers. Pour les autres, je me sens souvent coupable. Car, comme disait l’autre, les jeunes sont le reflet de la société qu’on leur donne. Nous avons donc beaucoup à réfléchir sur notre mode de vie avant de critiquer ceux qui nous imitent, leur jugement n’étant pas encore formé.

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    29 octobre 2009 à 3 03 19 101910
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    @ Yan, vous dites:
    « Par contre, si on regarde vers l’avenir en vue de ce qui serait requis pour maintenir le niveau de prospérité et d’harmonie politique auquel nous avons atteint, alors je crains que nous sommes sur la voie d’une régression. »

    Nous pourrions changer les choses maintenant pour le maintenir ce niveau de prospérité. Pour ça, redéfinissons la société, l’économie, l’éducation, la santé et le travail. En ce sens, nous devons avoir une véritable révolution. Mais soyons honnête, qui tire les ficelles dans le monde? Qui désire que les choses ne change pas?

    Ce ne sont pas les jeunes, bien évidement. Les politiciens, les présidents des corporations et les banques qui contrôlent nos vies ne sont pas des jeunes. Pour eux, le futur ne semble pas très important on dirait. Ils s’en foutent pas mal, j’ai l’impression.

    Ce que je pense des jeunes d’aujourd’hui? Ils ont beaucoup d’emploi, de potentiel, plus d’éducation, une conception différente de l’autorité, leurs priorités sont la famille et les amis, ils détestent le travail répétitif et machinal. Bref, je pense que les plus vieux auraient voulu être à leur place! 😉

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    29 octobre 2009 à 9 09 07 100710
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    @Rémi et Mr. Barcelo

    Permettez-moi de m’insérer dans votre échange que je trouve vraiment intéressant.

    J’ai l’impression que d’un côté, Mr Barcelo traite de la situation des jeunes d’un aspect sociologique, tandis que Rémi le fait plus dans une perspective humaine, personelle. Nécessairement, les deux ont des bons points.

    Rémi, quand tu dis: »Ce ne sont pas les jeunes, bien évidement. Les politiciens, les présidents des corporations et les banques qui contrôlent nos vies ne sont pas des jeunes. Pour eux, le futur ne semble pas très important on dirait. Ils s’en foutent pas mal, j’ai l’impression. »

    J’ai longtemps eu cette conception « néo-Orwélienne » de la société. Mais, avec le temps, je finis par me demander si ce n’est pas plutôt le contraire. Il est certain que les instances que tu nommes exercent un puissant contrôle sur la population (et donc les jeunes, puisque c’est le sujet), mais force est d’avouer que nous leur laissons l’entière liberté de le faire. Qui contrôle vraiment? Je crois que le peuple n’a jamais eu autant de pouvoir, du fait qu’il détient un pouvoir d’achat. Nous ne sommes pas obligés d’acheter des cellulaires, des écrans plats, des voitures performantes, des ci et des ça; mais nous le faisons et par conséquent, nous apprenons à nos jeunes à le faire. Donc, peut-on vraiment se limiter à dire que le gouvernement sont les responsables et qu’ils contrôlent nos vies? Je crois qu’il s’agit plutôt d’une interelation, de besoins, d’offres et de demandes, dans laquelle les jeunes d’aujourd’hui ont à évoluer, ce qui est loin d’être évident.

    En fait, je crois que le vrai problème est que nous laissons les jeunes s’embourber dans une réalité de plus en plus centrée sur l’artificiel à des âges où le recul et le jugement ne sont pas encore développés. Par exemple, on mettra volontier un enfant de 6 mois devant un fameux « bébé Enstein » sous une couverture éducative. Je vous épargne tous les effets nocifs prouvés scientifiquement, sauf celui-ci: l’enfant est exposé beaucoup trop tôt à de l’imagerie abstraite. On lui fait sauter des étapes importantes, soit des stades dans lesquels l’enfant doit manipuler et vivre des stimulis centrés sur tous les sens, stimulis nécessaires au développement de multiples compétences cognitives et motrices. Résultat: en viellissant, l’enfant se retrouvant submergé de ce type de médium développe de moins en moins de compétences réflexives, de tolérnace à l’effort, de vocabulaire, d’imagerie mentale, … le travail étant essentiellement fait à sa place. Mais doit-on blâmer la corporation, ou le parent qui achète?

    Mr Barcelo, je crois que les problèmes que vous citez chez les jeunes sont directement reliés à notre mode de vie d’adulte, à nos choix de consommations. Ils sont difficilement à blâmer.

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    29 octobre 2009 à 13 01 22 102210
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    @ PYL:

    Tu as entièrement raison. Ce n’est pas vraiment le gouvernement qui mène, mais le peuple. Par contre, ceux qui le savent sont en minorité, je crois. Ceux qui font des choix éclairés sont rares. C’est ça qui est problématique à mon avis…

    Quand je lis Mr. Barcelo dire que les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas à la mesure des défis qui les attendes, je trouve qu’il est dans l’erreur de les mettre tous dans le même panier.

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    29 octobre 2009 à 13 01 50 105010
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    @Rémi

    « Quand je lis Mr. Barcelo dire que les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas à la mesure des défis qui les attendes, je trouve qu’il est dans l’erreur de les mettre tous dans le même panier. »

    Oui, probablement. Il faudrait juste savoir c’est des enfants-rois qu’il voulait parler, ou de jeunes en général.

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    1 novembre 2009 à 8 08 26 112611
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    Wouaw ! Quel échange interessant entre vous 3 ! Merci encore, M. Barcelo de permettre ,par vos articles ,ces réflexions.

    Je découvre, ayant été plus absorbée dernièrement par H1N1 mais vos divers points de vue m’interpellent beaucoup.

    Votre inquiétude face à l’avenir me parle.

    Mais surtout, ce que je cherche, moi, c’est comment rectifier le tir. Ici et maintenant .
    Car je suis d’accord avec Remi pour dire que c’est nous , et nous seuls, les plus de 30 ans qui les ont mis dans ce ¸bâteau, les jeunes.

    Alors, comment rectifier le tir? Ici et maintenant.

    Face aux jeunes qui oui, sont exposés prématurément à des stimuli divers avant d’avoir la maturité ( physiologique du cerveau , tout simplement ) à les interpréter clarement pour y réagir adéquatement.

    Face à la démission des parents.

    Je suis d’accord avec YAN quant à la complexité et au nombre hallucinant d’influences à gérer.
    Et je suis d’accord avec PYL quand vous dites : raisons de plus que les parents soient le centre de toutes ces influences.
    UNE référence qui doit rester pivot, à savoir responsable numéro 1: l’ arbitre dont la décision ne peut être contestée.

    Mais comment faire pour que le parent reprenne ce pouvoir et, surtout qu’il ait l’énergie pour ce faire.

    Rémi apporte un bon point quand il nuance le regard découragé que vous portez sur les jeunes, Yan.
    Ces jeunes ont aussi, de par la situation d’aujourd’hui, un pouvoir que les enfants et jeunes n’ont jamais eu auparavant.

    Si cela peut paraître effrayant d’un côté, j’ai découvert aussi ce que ça a de rafraîchissant de me faire déstabiliser par des questions d’enfants et d’ados qui ne m’auraient JAMAIS été permises  » de mon temps  » !!:):)

    C’est exxxxtrrrrêmement confrontant de se faire remettre en question sans cesse quant à nos directives et décisions lorsque celle ci ne sont pas assises sur des valeurs solides et fondamentales.

    Mais, pour asseoir nos valeurs face à nos enfants il faut être trrrrès solide intérieurement de nos jours.

    Tout seul dans son coin, face à son enfant, il faut aujourd’hui être très solide affectivement.

    Or , c’est cela qui fait défaut, souvent.

    Avant, comme l’un de vous le disait , les institutions qui entouraient la famille traditionnelle véhiculaient toutes plus ou moins les mêmes valeurs que les parents avaient intégrées plus par automatisme et mimétisme que par conviction.

    Assez inébranlable en gros.

    Donc ce millieu homogène en terme de messages éducatifs facilitait le travail du parent et on nous mettait sur les rails, les enfants, et c’était parti.

    Maintenant , je me sens si seule comme mère monoparentale.

    J’ai pateaugé dans à peu près tout ce que vous dénoncez comme comportement parental négatif typique de la société occidentale moderne : la surconsommation, donc le manque de $, la culpabilité de la séparation et la compensation par la consommation et, surtout, distraire , mon fils et me distraire moi-même, du gouffre qui s’était installé sous nos pieds.

    Je ne parle pas de la séparation, Yan. Je parle juste du défi de grandir aujourd’hui, pour lui et d’être parent, aujourd’hui pour moi.

    Je peux vous assuer que je vois des couples parents autour de moi, mariés ou non qui tombent dans les même pièges.
    S’accrocher au matériel pour avoir l’illusion de voler, de ne pa s’écraser.

    Si j’étais moindrement conspirationniste
    ( un terme à la vogue dans le débat H1N1 ), je ne m’y prendrais pas mieux que de créer tous ces besoins artificiels qui empêche les humains , de nos jours, de s’arrêter.

    De respirer. De sentir leur douleurs. De panser pour penser.
    Puis de poursuivre son chemin sur un mode  » éveillé  » qui permet , ô surprise , de tenir tête à ses jeunes parce qu’on a soi-même retrouvé son port d’ancrage intérieur.

    C’est ma suggestion pour rectifier le tir : prendre le temps que personne ne nous donne si on ne le prend pas.
    S’arrêter pour ré-fléchir nos habitudes de vie quotidiennes.

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    7 novembre 2009 à 16 04 49 114911
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    @Brigitte
    Tout d’abord, mes excuses de ne pas être revenu au blog plus tôt. Je suis pris en ce moment sur un projet qui m’accapare beaucoup.
    C’est une très belle réflexion que vous nous soumettez. Je la percois comme un témoignage de quelqu’un sur le terrain qui a la lucidité de voir que tout ne tourne pas rond, loin de là.
    Je crois que vous avez tout à fait raison et vous me donnez aussi raison: le parent d’aujourd’hui est SEUL face à son enfant qui, lui, est sollicité par des milliers d’influences. Comme le parent, d’ailleurs. Les institutions qui concourraient autrefois à soutenir et nourrir cette relation ont été évacuées. Ainsi, le rôle le plus fondamental et crucial de toute société, le rôle de parent, est laissé à lui-même.
    Vous dites qu’il faut prendre le temps pour se refaire une solidité intérieure. Vous avez tout à fait raison. Il n’y a pas d’autre solution en ce moment. Mais c’est un cheminement qu’on peut difficilement prescrire à tout le monde. Il FAUT un encadrement institutionnel qui ait déjà pensé pour les gens les équations de fond de la parentalité, et c’est ce que nous n’avons plus.
    Dans une grande mesure, mes réflexions sont une tentative de reconstruire les bases intellectuelles, morales et spirituelles pouvant mener un jour à la reconstruction de cet environnement.

    Merci à PYL, Rémi et Brigitte pour vos contributions.

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