SIDA DE CIVILISATION : Les grandes hypothèses – 12

Yan Barcelo, 2 janvier 2011 (Image tirée du site Visipix.com)

Après une discussion dans ma dernière chronique de deux fruits uniques de l’Occident issus de notre passé chrétien, je poursuis cette semaine en mettant de l’avant le dernier grand fruit dans ma discussion sur les grandes hypothèses qui ont animé l’histoire de l’Occident : l’accession des femmes à la pleine lumière sociale et économique.

Affirmation des femmes. – Il est de bon ton aujourd’hui de déterrer et de dénoncer tous les recoins de notre passé chrétien pour démontrer combien la religion était répressive à l’endroit des femmes. Et c’est en effet le cas. La haute hiérarchie, tant dans les milieux catholiques que protestants, était imperméable à tout accès par les femmes et, bien sûr, on refusait aux femmes pratiquement tous les privilèges réservés aux hommes. Mais en posant ce jugement, on fait un oubli majeur et on donne lieu à une méprise profonde.

L’oubli majeur tient au fait que cette répression de la femme s’exerçait autant, et souvent avec plus de force, sous tous les climats, dans toutes les civilisations. Allons voir ce qu’il en était de la condition des femmes au Moyen-Orient, en Inde, en Chine, au Japon. Quant à la méprise profonde, elle tient au fait qu’on mélange conditions historiques spécifiques et conditions intellectuelles fondatrices.

Que l’Europe depuis la Grèce et la Rome antiques et pendant tout le Moyen-Âge ait maintenu les femmes en soumission ne devrait surprendre personne quand on sait combien sa population était héritière d’une diversité de tribus guerrières toutes plus brutales et primitives les unes que les autres. À ce chapitre, l’Europe affichait simplement une méfiance et un mépris du féminin typiques de toutes les autres civilisations.

Mais la vraie question est sous-jacente : pourquoi est-ce seulement en Europe et en Amérique du Nord que l’affirmation de la femme s’est articulée d’abord, pour ensuite se diffuser de plus en plus? La réponse tient dans toutes les dynamiques propres de l’Occident, et enfantées à partir de l’héritage chrétien, dont j’ai traitées jusqu’ici : la reconnaissance du droit sacré de l’âme individuelle et de son salut propre, la logique irrépressible de la démocratie qui étend à tous la reconnaissance des mêmes droits, l’accession aux fruits de la science et de la technologie – sans lesquels de grands pans de l’affirmation des femmes auraient sans doute été sacrifiés.

Cette lente genèse de l’accession des femmes à la pleine lumière trouve, elle aussi, ses premiers ferments dans les Évangiles et les actions du Christ. Quand on lit ces livres fondateurs, on ne peut qu’être étonné par la place immense et centrale réservée aux femmes. Le Christ inaugure presque toujours ses grands gestes révélateurs dans une interaction avec une femme ou plusieurs femmes. Par exemple, le début de son ministère, au noces de Cana, est inspiré par sa mère, Marie. La révélation de son statut divin de Christ, c’est à la Samaritaine qu’il la fait. Le dévoilement de sa résurrection, c’est à quelques femmes qu’il est présenté, quand celles-ci découvrent le tombeau vide. Ce n’est qu’après coup, après avoir reçu le témoignage de ces femmes, que les apôtres constatent le départ du Christ et, plus tard, participent aux témoignages de sa résurrection.

Dans aucune autre religion, la femme n’occupe-t-elle une place aussi centrale. Bien sûr, que ce soit dans l’hindouisme, dans le bouddhisme populaire ou dans les religions de mystère antiques, on trouve beaucoup de divinités féminines ou de femmes à caractère mythologique. Mais les Évangiles ont ceci de totalement uniques : ils affirment la présence et le rôle de femmes concrètes, individuelles, bien vivantes, engagées dans les drames de la quotidienneté. Nulle part ailleurs ne trouve-t-on un témoignage aussi concret et réel. Encore une fois, le Christ agit dans un contexte historique entièrement incarné où il interagit concrètement avec son prochain et, tout particulièrement, sa… prochaine.

Certes, après ces dévoilements du Christ, son message s’est retrouvé entre les mains d’hommes et de femmes engagés et empêtrés dans les préjugés anti-féminins de leurs cultures. L’idée de la pleine valeur spirituelle – et même de la valeur privilégiée – des femmes est une autre de ces vastes idées auxquelles il faut des millénaires pour commencer à s’articuler et à se déployer. C’est le cas de l’affirmation des femmes, et c’est une idée fondamentale dont l’émergence s’est faite dans le terreau du christianisme – en fait, qui n’aurait pu naître ailleurs que dans ce terreau.

2 pensées sur “SIDA DE CIVILISATION : Les grandes hypothèses – 12

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    2 janvier 2011 à 2 02 23 01231
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    Derrière la misogynie on retrouve une constante dans les religions monothéistes : la haine de la sexualité, du plaisir sur terre ,la culpabilité et le péché (originel).

    Nos sociétés ont une extrême difficulté à se sortir du dualisme de « la maman et la putain « , le point d’orgue étant le culte à « la Vierge Marie » .

    Dans notre paradis chrétien les anges sont asexués et dans les plaisirs attenants aucune allusion à la réalisation homme/femme .

    Ailleurs il est question de 70 vierges qui se donneraient aux martyrs de l’Islam .

    Comme on le voit , il y a encore du boulot à faire pour apaiser les tensions entretenues par lesdites religions .

    On comprend alors la mollesse avec laquelle le problème de la pédophilie est traité .

    Tk.

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    2 janvier 2011 à 8 08 44 01441
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    « …on retrouve une constante dans les religions monothéistes : la haine de la sexualité, du plaisir sur terre ,la culpabilité et le péché (originel). »

    Très exact! Il faudrait continuer d’approfondir et vérifier si ce « déclassement social » de la femme n’est pas apparu au même moment que le monothéisme; c’est à dire entre -2000 et -1400 av J.C.

    Amicalement

    Elie L’Artiste

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