Sisyphe est las..

La flambée des marchés boursiers de Septembre prouve une fois de plus – si cela était encore nécessaire? – la divergence fondamentale entre les fluctuations des marchés et l’économie réelle. Il est souvent fait mention dans les rapports de marchés (émanant des analystes et autres instituts spécialisés) de ce qu’il est convenu de qualifier avec respect comme étant la faculté d’ »anticipation » de marchés qui seraient omniscients parce que capables de refléter – à travers leurs prix – le rétablissement (ou l’effondrement) à venir de l’activité économique. Pourtant, cette intelligence de marchés supposés exceller dans l’art de la prédiction n’est en réalité que la somme des attentes de participants – humains – à ce même marché qui sont donc naturellement sujets à l’erreur.

Et que prévoient aujourd’hui ces investisseurs et parties prenantes aux marchés boursiers? Que la Réserve Fédérale US se lancera à corps perdu dans la bataille contre la déflation, en tout cas c’est son Président qui l’avait suggéré dans le cadre de son discours déterminant de Jackson Hole. Comme il n’est plus possible de jouer sur la variable des taux d’intérêts qui sont au plancher, cette lutte passe donc par une razzia en règle de la part de la Fed de tous papiers valeurs en circulation: n’est-elle pas en effet l’heureuse propriétaire à ce jour de quelque 2’350 milliards de dollars de valeurs portées à son bilan? Ce montant sans précédent injecté dans l’économie ne peut que la stimuler, tout au moins sur le court terme, sachant que la poursuite de ces baisses de taux quantitatives ne peut se traduire que par une embellie (passagère bien-sûr) au niveau du P.I.B. qui est – ou qui n’est que – la mesure de l’activité économique… Autrement dit, la spéculation et l’investissement se ruent sur les marchés boursiers en prévision d’un redressement économique qui ne serait redevable qu’au stimuli artificiels de la Fed!

Cet engouement n’est-il pas compréhensible si l’on considère que c’est cette même Réserve Fédérale Américaine qui avait largement contribué à gonfler la bulle immobilière? En d’autres termes, les impulsions de la Fed affectent bel et bien le niveau de l’activité et ce même s’il aurait été nettement préférable pour la santé à long terme de l’économie US que ce carburant aille vers des secteurs plus productifs que le secteur immobilier. La Fed ferait donc mieux de s’abstenir de persévérer à entretenir des bulles stériles au détriment de pans entiers de son économie qui sont délaissés … à moins que, dans son infinie naïveté, elle ne soit persuadée que l’optimisme boursier contaminera de proche en proche l’économie réelle?

Les appréciations boursières de ces dernières semaines sont donc motivées par de mauvaises raisons, l’euphorie ambiante ayant grisé les investisseurs qui ont oublié que les valorisations boursières réagissent aussi en fonction de la politique monétaire…  Après tout, ces dollars imprimés et crées à partir du néant doivent bien se loger quelque part? Pour résumer, notre Occident, qui val mal, ne se rétablira certainement pas à coups de baisses de taux quantitatives. Il est cependant regrettable de constater que nos autorités soient devenues les esclaves idéologiques de ce type de solutions de facilité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *