T10 Le filet sous le trapèze

L’entrepreneuriat doit prévaloir à tous les paliers du marché du travail. En haut, les professionnels de haut calibre qui nous offrent les services rares que nous voulons en toute priorité, doivent nécessairement travailler dans un cadre d’autonomie pour donner leur plein potentiel… En bas, les petits boulots doivent être exécutés par des non-professionnels autonomes, sans quoi, si elle doit rémunérer à la fois un travailleur et son patron, la demande pour ces services s’effondre, car elle n’est pas effective au prix où ces services devraientt alors être vendus

Il nous faut des travailleurs autonomes. Infiniment mobiles, prêts à des sauts périlleux pour s’adapter aux exigences mouvantes d’une structure fluide de production tertiaire. La motivation accrue du travailleur, qui va de paire avec son autonomie, ne peut s’exprimer correctement, toutefois, que si cette autonomie vient du libre choix du travailleur. Fera-t-il ce choix ?
OUI. Si on le rassure…. Le travailleur salarié est aujourd’hui bien inquiet. Il voit un système de production où tout doit nécessairement changer très vite et où les compétences doivent souvent être révisées ou substituées par d’autres sans préavis. Il aimerait bien jouir d’une autonomie qui lui donnerait ses coudées franches et lui permettrait parfois de monnayer son expérience et sa sagacité à meilleur prix, mais il ne veut pas vivre l’angoisse du risque d’être privé de son salaire ; ce revenu est la clef de voûte de tout l’édifice de sa vie. Il ne veut pas être condamné par l’autonomie à une plus grande précarité.

Il veut, au contraire, être totalement rassuré quant à son revenu. Pour que le travailleur veuille sauter de son plein gré dans la créativité et l’initiative – ce qu’il serait opportun qu’il fasse – il lui faut un filet sous le trapèze… Difficile ? Il a chaque jour sous les yeux un million d’exemples pour lui montrer que cette sécurité est possible: la fonction publique.

Le travailleur ne demanderait rien tant que de pouvoir s’appuyer sur un droit que lui garantirait la collectivité à un revenu ferme lié à sa compétence. Comme elle le fait pour les fonctionnaires… Il voudrait que ce revenu lui soit garanti, indépendamment des activités concrètes que le système jugerait opportun d’exiger de lui, en considération des efforts qu’il a mis à acquérir cette compétence et de sa disponibilité. Que la disponibilité de sa comptence soit sa contribution… comme elle l’est pour les fonctionnaires.

L’État doit s’adapter à l’évolution vers l’autonomie et l’entrepreneuriat en garantissant au travailleur la sécurité d’avoir droit en tout temps un emploi garanti à un salaire revenu conforme à sa compétence reconnue. Il ne s’agit pas de faire de tous les travailleurs des employés de l’État, mais au contraire de favoriser l’entrepreneuriat. La société doit reconnaître sa responsabilité collective pour le sort de chaque travailleur, lequel, seul, n’a aucun pouvoir sur l’évolution de l’économie ni d’autre responsabilité pour son intégration à la main-d’œuvre que sa bonne volonté pour utiliser sa compétence ou en acquérir une nouvelle.

Il suffirait que la société assume sa responsabilité et mette en place un système de travail-revenu garanti, image-miroir du statut actuel des fonctionnaires, pour que la peur de l’entrepreneuriat disparaisse de la psyché du travailleur. Le travailleur serait intrépide, s’il y avait sous ses voltige le filet dans lequel on peut tomber sans mal et d’où on peut remonter sur le trapèze. Quand cette protection existera – ce pourrait être demain – la structure de production désuète établie sur l’emploi se transformera presque sans délai en une structure d’impartition et de sous-traitance où la majorité des intervenant deviendront avec enthousiasme des travailleurs-entrepreneurs, autonomes et responsables.

Le travailleur d’une Nouvelle Société entrepreneuriale aura toujours droit à un emploi salarié. On affectra le travailleur qui en fait la demande à un poste de travail en tenant compte de ses circonstances personnelles et de ses préférences, mais le premier critère d’affectation sera de faire la meilleure utilisation de ses compétence pour optimiser la production globale au profit de la collectivité.

Durant ses périodes fastes, le travailleur ne cherchera pas à se prévaloir de ce droit à un emploi garanti ; l préférera ses coudées franches. Cet emploi, est son assurance, sa sécurité. Quand il s’y astreint, elle est sa contribution aux objectifs de production de la société. C’est en échange de cette contribution que, comme citoyen, il reçevra, quoi qu’il arrive, un revenu conforme à sa compétence et toujours suffisant pour vivre avec dignité.

Le travailleur qui demande et accepte un emploi salarié ne renonce pas pour autant au défi de l’autonomie. Sa contribution à l’effort productif commun est complètement satisfaite par le temps qu’on exige de lui dans cet emploi salarie garanti qui ne l’occupera qu’une fraction de son temps. Puisqu’on ne lui aura rien donné qu’il n’ait mérité par son travail, le travailleur qui se sera acquitté des tâchesde son emploi salarié pourra légitimement, dans ses temps libres, poursuivre une activité autonome parallèle et en tirer un autre revenu.

Il pourra le faire sans renoncer à son emploi salarié, ni au revenu que cet emploi lui procure. Il n’est pas tenu d’exercer une activité autonome parallèle. Il préférera peut-être exercer une activité gratuite, artisanale, artistique, intellectuelle, voire strictement ludique plutôt que professionnelle…; mais, quoi qu’il fasse, c’est par cette activité autonome qu’il exprimera son ambition, son initiative et sa créativité.

Beaucoup de travailleurs se prévaudront de cette discrétion pour mettre à profit leurs talents et en retirer un revenu supplémentaire, en offrant à titre autonome, un service qui, offert au prix du marché, répondra alors à une demande effective. Les services ainsi offerts viendront satisfaire la demande croissante pour des services, professionnels et non-professionnels, pour lesquels la demande n’est effective que s’ils ne visent à rapporter au travailleur qu’un revenu d’appoint. Un gain net pour l’économie réelle et ces services en viendront à représenter une part non négligeable de la production globale.

Rien n’est plus essentiel aujourd’hui que la mise en place d’un régime de travail-revenu garanti. L’avenir commence par ça et, sans ce travail-revenu garanti, toute politique sociale sera insatisfaisante.

Pierre JC Allard

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