T13 La certification professionnelle

Le salaire versé à celui qui se prévaut de son droit à emploi garanti est celui correspondant à la certification la plus élevée qu’il a obtenue. Une Nouvelle Société distingue entre le diplôme – qui fait foi d’une compétence – et la Certification professionnelle qui, prenant cette compétence pour acquise, est en fait un contrat qu’accorde la société au diplômé pour l’utilisation de ses services. Un contrat sous condition suspensive, qui crée une responsabilité pour la société et une sécurité pour le travailleur, mais ne prend effet que quand ce dernier le veut bien.

Au moment de cesser ses études à temps complet et d’accéder au marché du travail, chaque individu d’une Nouvelle Société obtient du système d’éducation un diplôme modulaire faisant foi des compétences qu’il a acquises. Au moment de commencer formellement à travailler, il a donc une compétence reconnue par diplôme. Ce diplôme ne marque pas la fin de sa formation, loin de là ; il pourra ensuite, tout au long de sa vie professionnelle, augmenter indéfiniment sa compétence, sans autres limites que celles de ses aptitudes et de sa volonté de le faire, mais il a et aura toujours une compétence reconnue. « Certifiée ».

La société doit mettre à la disposition de ses citoyens de tous les moyens de se réaliser par le savoir. Cela dit, il est impossible que les aspirations des individus coïncident parfaitement avec les besoins de l’économie. Au droit de l’individu de se former sans limites doit correspondre celui de la collectivité de n’utiliser que les compétences dont elle a besoin.

Dans une économie libérale, c’est le marché qui choisit ceux qui tireront profit de leur formation et ceux qui auront acquis cette compétence en vain. Il le fait en fonction du prix qu’en demandent ceux qui la possèdent. Les travailleurs sont assimilés à une matière première. Avant que le choix du marché ne s’effectue, la valeur marchande de la compétence aura oscillé, pouvant se dévaloriser sans raison valable en démotivant ceux qui ont fait le choix de s’y investir.

Une Nouvelle Société procède autrement. Elle informe les travailleurs qui veulent se former des besoins de la société, avec autant d’anticipation que les techniques de prévision le permettent, puis elle régularise par concours ce marché des compétences. La certification régularise le flux de l’offre de travail et en maintient donc la valeur. Le nombre des diplômés est illimité, mais celui des travailleurs certifiés est bien contrôlé.

La certification professionnelle n’est pas un examen – tous les postulants sont présumés compétents – mais un concours où sont choisis « les meilleurs ». La certification est accordée au nombre précis de postulants qui correspond à la demande effective de la société pour les divers agencements de compétences qui constituent des professions. Celui dont la compétence a été reconnue par diplôme peut se présenter à des concours périodiques fréquents pour obtenir sa certification.

La certification fait de celui qui l’obtient un « professionnel ». Elle garantit à son titulaire qu’en tout temps, s’il demande un emploi, il sera embauché et rémunéré au niveau de salaire correspondant aux postes pour lesquels cette certification le qualifie, même si le poste de travail qu’on peut alors lui confier ne fait appel qu’à une partie de ses compétences et est de niveau inférieur à celui dont fait foi sa certification.

Si, au contraire, le rapport de l’offre à la demande sur marché du travail est tel que l’on doive affecter un travailleur à un poste de travail exigeant une certification professionnelle qu’il n’a pas, un concours de certification doit avoir lieu dans les trente (30) jours qui suivent. Tous ceux ayant le diplôme pertinent peuvent s’y présenter et, le seuil de passage s’ajustant à la demande, leurs chances de réussir ce concours sont d’autant meilleures que le marché est alors en manque de professionnels de ce type.

On doit accorder immédiatement à celui qui a réussi le concours de certification, tous les avantages qui s’y rattachent. On s’assure ainsi que l’inévitable clivage entre travailleurs professionnels et non-professionnels est géré en toute justice. Ne pas obtenir la certification professionnelle n’est donc que partie remise ; c’est un contretemps qui ne doit jamais marquer pour aucun travailleur la fin du progrès ni de l’espoir.

La certification crée des professionnels et leur garantit un standard de rémunération. Elle augmente la sécurité des travailleurs sans conduire la collectivité à la ruine, car c’est toujours la demande effective qui détermine le nombre de travailleurs auxquels est accordée la certification. Pourquoi ne pas supprimer la distinction qui apparaît vexatoire entre travailleurs professionnels et non-professionnels ? Pour deux (2 raisons.

La première, c’est que la certification vise à établir une adéquation par catégories fines entre l’offre et la demande de travail. La certification ne pourrait être exhaustive que si les analyses de tâches et les estimations des besoins étaient parfaites, ce qu’on ne peut espérer. Si une occupation n’est pas l’objet d’une certification, ce n’est donc pas parce qu’elle est indigne de l’être, mais parce qu’il n’est pas possible d’en définir le contenu cognitif pour fin de formation, que ce contenu varie trop rapidement ou que l’estimation est impossible du nombre de travailleurs dont on a besoin pour répondre à cette demande de travail. Ces conditions s’appliquent à certaines tâches indifférenciées exigeant peu de compétence, c’est vrai, mais pas nécessairement à toutes ces tâches et encore moins uniquement à celles-là !

La deuxième raison, c’est que tout travail ne peut pas être analysé ni sa valeur évaluée. Le travail inprogrammable ne peut pas l’être et la tendance lourde de la main-d’œuvre va justement vers l’inprogrammable. Une hausse du pourcentage des professionnels dans la société ne reflètera pas tant une augmentation de la compétence générale qu’une meilleure prévision des besoins.

Le statut de professionnel, d’ailleurs, ne sera que l’un des objectifs que le travailleur peut poursuivre. Dans une société de création et d’initiative, à mesure que la compétence de chacun deviendra de plus en plus unique et indéfinissable et qu’une part croissante du travail aura lieu hors du cadre des emplois, la professionnalisation deviendra un simple outil pour fixer le revenu garanti.

Pierre JC Allard

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