T18 La fin de l’Âge du Labeur

La révolution industrielle nous a apporté l’abondance, mais aussi le chomâge, qui est notre incapacité à réaffecter à des tâches utiles une RESSOURCE précieuse – la main-d’œuvre – dans une structure basée sur l’emploi. Mais nous sommes maintenant dans une économie post-industrielle où le capital humain a la primauté sur le capital matériel.

Cette primauté ne résulte pas de la bienveillance d’une quelconque providence, mais de la simple et rigoureuse logique de la rareté relative des facteurs « capital » et « travail » et des contraintes techniques à leur appropriation respective. C’est la logique du marché elle-même qui soumet désormais le capital au travail en production.

On doit en tirer les conclusions qui s’imposent quant à une inévitable transformation de la nature et du rôle du travail dans la société. Les emplois vont peu à peu disparaître et avec les emploi disparaît aussi le chômage. L’avénement d’une structure de production sous le signe de l’autonomie et de l’entrepreneuriat des travailleurs marque non seulement la fin de l’Ère Industrielle, mais la fin de l’ « Âge du Labeur ». Faisons le point. Facile, car tout tient à un seul sorite.

1. Les emplois dans le secteur industriel doivent disparaître pour assurer la productivité: le travail de jadis, ce sont maintenant des machines qui le font et elles peuvent produire bien plus que nos besoins matériels l’exigent. La haute technologie ne créera qu’un nombre infime d’emplois et, si un investissement en équipement n’est pas rentable, c’est le travail à vil prix des pays en voie de développement qui prend la relève. Nous n’avons donc besoin que de moins en moins de travailleurs industriels. Ce dont nous avons besoin, désormais, c’est de produire plus de services dans les secteurs éducation, santé, culture, loisir, sécurité, communications, distribution, et d’assurer la gestion courante et le progrès de notre économie et de notre qualité de vie.



2. Même dans le secteur tertiaire, les emplois répétitifs vont de plus en plus être confiés à des ordinateurs et la hausse de notre niveau de vie, qui découlera de la rationalisation du secteur industriel, rentabilisera la programmation de toute une gamme de services « simples », éliminant encore d’autres emplois. 



3. Les services « simples » qui ne seront pas programmés ne pourront offrir à court terme qu’une rémunération au niveau de subsistance ou plus bas; ils vaudront uniquement pour apporter un revenu d’appoint. Il en sera ainsi jusqu’à ce que le développement de l’éducation ait ouvert à la masse des travailleurs l’accès à la fourniture de services complexes, ce qui prendra … disons quelque temps. En attendant, le revenu découlant des services simples restera inévitablement « au noir » et nous créera des problèmes croissants, jusqu’à ce qu’on ait enfin la sagesse de le « blanchir ». Le blanchir, c’est le traiter comme un revenu d’appoint acceptable qui doit être accessible à tous, en parallèle à un emploi salarié quand faire se peut, et sans que ce revenu d’appoint ne remette en cause le salaire qui joue le rôle auparavant dévolu aux paiements d’assistanat.



4. À moyen terme, tout ce qui peut être fait par une machine sera fait par une machine. Le plus tôt sera le mieux, car il n’y a rien d’évolutif à demander à un être humain un travail d’automate. Le travail digne d’un être humain, ce sont les fonctions de créativité, d’initiative et de relations humaines, celles dont la machine ne peut pas s’acquitter. Tous les emplois qui ne font pas appel à une ou plusieurs de ces trois aptitudes fondamentalement humaines doivent disparaître et VONT disparaître. Toutes les fonctions et tâches qui ne consistent pas uniquement à appliquer ces aptitudes « inprogrammables » seront modifiées pour s’y restreindre.



5. Dans le domaine des activités inprogrammables, il y a un travail infini à faire, mais un emploi salarié
traditionnel n’est pas le meilleur encadrement pour ce genre de travail. Les employeurs privilégient donc la substitution des travailleurs par des machines et la réduction des coûts qui en écoule, plutôt que l’amélioration des services, tandis que la structure d’emploi empêche l’utilisateur, qui est le seul capable de le faire, de contrôler les aspects essentiels de la qualité du service inprogrammable qui lui est rendu. Ce sont donc des travailleurs professionnels autonomes qui prendront peu à peu la relève des employés. 



6. Quant à la masse des décideurs, à tous les niveaux de la structure de production, la tendance est claire vers de nouvelles modalités de relations de travail et de rémunération qui se rapprochent bien plus du travail autonome que de l’emploi traditionnel. Il restera toujours des salariés dans le secteur public – juges et ministres, par exemple – mais ce sera ceux dont on peut raisonnablement supposer que le salaire n’est pas le seul éléments de leur motivation. Pour l’immense majorité des travailleurs, le travail salarié est une structure désuète d’encadrement.

La marche vers l’autonomie est irreversible. Cessons donc de nous leurrer et d’agir comme si nous vivions une récession comme les autres et que demain, l’année prochaine, ou dans 20 ans, on devait espérer qu’il y aura comme avant « une job steady et un bon boss » pour tout le monde. Nous ne vivons pas une simple récession, mais la phase finale engagée depuis quelques décennies d’une transition en marche depuis le début de la révolution industrielle.

Nous ne vivons pas au Québec une crise québécoise, ou en France une crise français, mais une crise mondiale. Il y aura de moins en moins d’emplois, jusqu’à ce qu’il n’en reste que ce qu’il faut pour encadrer avec souplesse et protéger une masse de travailleurs autonomes qui ne penseront pas en termes de dur labeur, de sueur et de corvée, mais en termes de recherche, de reflexion, d’initiative et de communication.

L’Âge du Labeur est fini. L’avenir du travail, c’est le travailleur qui découvre qu’il est un entrepreneur…. et l’entrepreneur qui comprend qu’il a été un précurseur dans un monde où travailler prend un sens nouveau. Un monde où il n’y a plus se salariés à exploiter, mais encore des financiers dont il faut parfois se méfier…

Pierre JC Allard

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