T23 Les temps libérés

Que se passe-t-il dans la structure de production après le partage du travail ? En entreprise, la production continue, on produit tout autant et sans doute sans davantage, mais avec une main-d’oeuvre réduite à l’essentiel. C’est le but visé et la voie vers une meilleure productivité : un enrichissement collectif dont les politiques sociales de l’État voient à ce qu’il soit mieux distribué.

Chaque année à date fixe, la durée légale du travail est modifiée pour les diverses catégories d’emplois identifiées par le Ministère du Travail. Les employeurs s’y ajustent, en négociant avec chaque travailleur un cédule de travail qui leur conviendra à tous deux. S’ils ne s’entendent pas, libre à l’une ou l’autre des parties de passer au Bureau du Travail et de demander une autre affectation.

Si c’est l’employeur qui manque de souplesse, il vivra une rotation accrue de son personnel qui n’améliorera pas ses rendements… Les inconvénients suffiront à assurer sa négociation de bonne foi. Le travailleur aussi doit s’adapter. S’il change d’emploi, son salaire n’en sera pas affecté. S’il en abuse, cependant, il terminera errant d’une entreprise à l’autre, sans vie professionnelle vraiment digne de ce nom.

Le temps de travail du travailleur est réduit, il a dsormais le choix en deux (2) options. La première, c’est d’accepter une affectation complémentaire que lui désignera l’État. Ce sera alors à l’État de décider, pour le bien commun, si cette affectation doit consister en un apprentissage ou en une participation à des Travaux d’Intérêt Collectif (TIC). Quelle que soit cette affectation, le principe en sera que le travailleur y oeuvrera pour tout le temps de travail dont son emploi a été réduit, en considération de quoi il touchera globalement la même rémunération que si son emploi n’avait pas été partagé.

Les travaux d’intérêt collectif (TIC), seront définis de manière à ne pas perturber la structure de production – puisqu’il ne s’agit pas de concurrencer le secteur privé à rabais – et à utiliser au maximum les compétences disponibles pour lesquelles il n’y a pas une demande suffisante. Les travaux d’intérêt collectif doivent servir à équilibrer le marché du travail, tout en comblant un besoin social. Les travaux d’amélioration de l’environnement et de soutien aux malades et personnes âgées peuvent, entre autres, en fournir l’occasion.

En ce qui concerne la formation, le travailleur pourra présenter sa candidature à tous les programmes de formation pour lesquels il possède les prérequis, mais c’est l’État qui décidera s’il y est admis ou s’il doit participer aux travaux d’intérêt collectif.

La deuxiéme option du travailleur dont le temps de travail a été réduit, c’est de garder la disponibilité de son temps. Il peut alors se livrer à n’importe quelle activité légitime non-salariée. Il est rémunéré au prorata du temps d’emploi qu’il maintient. S’il choisit cette option de travail en parallèle, il prend le pari qu’il peut retirer d’une heure de son travail autonome une compensation supérieure à une heure de son travail salarié d’avant parrtage, qui est ce que l’État lui donnerait pour sa participations aux TIC ou à la formation..

S’il fait ce choix, il n’est affecté ni à des travaux d’intérêt collectif, ni à des cours de formation: il est libre du temps dont son emploi a été libéré. Si son travail autonome est fructueux, son revenu global augmentera. Sinon, il diminuera. Le travailleur peut décider sciemment de se contenter d’un revenu moindre et d’augmenter son loisir… Le choix qu’il fait du travail parallèle ou du loisir n’est pas critique, puisqu’il peut en tout temps le modifier et demander une affectation.

Même ceux dont l’objectif à moyen terme sera de travailler en parallèle pourront trouver plus avantageux de choisir d’abord l’option d’une affectation, cherchant à obtenir la formation qui leur permettrait d’acquérir les connaissances nécessaires pour lancer leur entreprise personnelle. Si leur candidature à la formation n’est pas retenue, ils pourront encore modifier leur choix et prendre la voie du travail en parallèle plutôt que celle des TIC.

La durée du travail salarié va varier d’une profession à l’autre et aussi fluctuer dans le temps. Au moment du partage du travail, une réduction de la durée du travail – et des licenciements nombreux – permettent de vider certaines professions de leur excédent de main-d’œuvre. L’affectation à la formation plutôt qu’aux TIC du nombre souhaité de ces travailleurs en surplus permet de préparer des ressources qualifiées pour les professions où il y a encore une demande non-satisfaite de main-d’oeuvre. Dès que ces travailleurs sont formés, ils sont affectés à ces professions et le déficit s’y résorbe.

Des réajustement annuels seront nécessaires pour un temps, mais quand les surplus de main d’oeuvre auront été requalifiés et les déficit comblés, le temps de travail pourra redevenir « normal », par étapes ; on ira donc vers une nouvelle norme interprofessionnelle du travail salarié « à temps complet », mais prenant en compte le travail autonome. À quel niveau se situera cette nouvelle norme ?

Considérant les contraintes techniques à l’autonomie et l’opportunité de ne pas affecter uniquement aux TICS les travailleurs qui voudront se prévaloir du revenu-travail garanti, on voudra peut-être 10, 15, 20 heure/semaines de travail salarié… Cette norme tendra naturellement à décroître.

Elle sera d’ailleurs indicative, seulement, et ne mettra pas fin aux variantes selon les professions ; celles-ci seront redéfinies sans cesse de façon empirique, pour refléter la progression du travail autonome dans chacune. La norme du « temps complet » servant de référence devrait baisser sans cesse et l’écart du temps de travail salarié entre les professions se réduire par la priorité de formation aux professions en déficit.

Peu à peu, certains travailleurs qui auront bien réussi comme travailleurs autonomes en parallèle à leur emploi, ne voudront plus d’une contrainte qui les laisse continuellement à la merci d’une mise à pied. Ils abandonneront d’eux-mêmes leur emploi et choisiront de transformer leur travail autonome parallèle en un travail à temps plein. Il en sortira un entrepreneur de plus, un employé de moins. On aura fait un pas sans douleur vers l’avenir, dans le respect des droits acquis et du libre choix de l’individu.

Pierre JC Allard

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