T27 Le barème

Un revenu garanti ?   Bravo, mais lequel ? Le revenu de l’individu, c’est ce dont s’accroît en continu son patrimoine.  On peut en déduire ses dépenses et voir son enrichissement, mais ce n’est pas ici pertinent. Dans une société d’équilibre parfait, ce revenu serait entièrement consommé, moins une part prédéterminée réservée à l’épargne et à l’investissement dans une éventuelle production à venir. Nous n’en sommes pas là…

Ce revenu peut être acquis par le travail.  En bonne justice commutative et selon les vœux de la sagesse populaire, ce revenu correspondrait excatement pour chacun à son apport à la société. Mais il n’est pas ainsi.  Ce revenu peut être obtenu par une rente, un retour sur le capital et, aussi, par les diverses formes de gratifications ou d’assistanat que l’on trouve en société.

Ici, nous parlons travail et c’est le revenu qui correspond à un travail qui nous intéresse. Dans une société entrepreneuriale, le travailleur-type est autonome et il vend ses services. Dans une société tertiaire, Il peut souvent les fournir au consommateur de ce service lui-même. La production de biens matériels n’étant cependant pas totalement automatisée, l’industrie n’en demeure pas moins une activité fondamentale de la société et le travailleur va donc aussi vendre ses services à un producteur qui les utilise.  Parfois, sa relation à ce producteur deviendra  celle d’un vendeur à un client, mais elle pourra être aussi demeurer celle d’un salarié à un employeur.

C’est quand on est dans cette relation d’emploi qu’on parle de salaire. Rien, dans une Nouvelle Société, ne doit s’opposer, à ce que le travailleur et le producteur déterminent entre eux le prix des services ou le salaire du travailleur. Il est clair, cependant, dans la mesure où le travailleur n’est pas unique et irremplaçable, que cette liberté permet qu’un marché se crée et qu’il y aura négociations, le prix du marché devenant  l’indicateur autour duquel oscille la rémunération du travailleur.

Pas question pour l’État de s’immiscer dans la négociation directe des salaires n’ont plus que des contrats de ventes de services. Si pour diverses raisons, l’État veut modifier ce prix indicatif du marché, il n’a pas besoin  d’une intervention coercitive, il peut le faire de  façon  bien plus efficace en manipulant les variables sur lesquelles il a un contrôle.

Le contrôle de l’État sur ce marché du travail est presque parfait, puisque les critères de certification dont nous avons parlé lui permettent d’ajuster l’offre de services à la demande avec d’autant plus de précision qu’il sera diligent dans son suivi des embauches que son système d’appariement lui permet de connaître au jour le jour.

Quand l’État garantit un revenu, la négociation  entre employeurs et employés reste ouverte à la hausse – des circonstances particulières, dont l’État n’a pas à connaître, peuvent justifier qu’un employeur rémunère un travailleur à un prix bien supérieur à celui du marché – mais le revenu garanti correspondant à sa qualification que l’État offre au travailleur sans emploi devient le prix plancher sous lequel sa rémunération ne baissera pas. On peut présumer, en effet,  que, si ce salaire ne lui est pas offert, le travailleur quittera  son emploi et s’adressera  à l’État pour obtenir un emploi à ce montant qui lui est garanti.

La question cruciale à régler est donc uniquement le montant du revenu garanti. Les autres salaires, librement négociés, s’ajusteront à ce montant majoré d’une prime dont les fluctuations indiqueront la tendance du marché et serviront de guide à l’État pour modifier sa politique de formation et de certification.

Combien au revenu garanti ? Définir le montant du revenu garanti minimal est trivial, car il y a un revenu NATUREL de base qui s’impose: celui qui rend effective la demande des consommateurs pour la production globale.  La politique d’une Nouvelle Société, toutefois, n’est pas de traiter le revenu garanti comme une aumône, mais comme l’exécution d’un contrat entre l’État et les travailleurs aux termes duquel chacun reçoit le revenu qui correspond à ses compétences acquises certifiées par l’État lui-même.  Il y a donc DES revenus garantis et le barème des revenus à distribuer à chacun est une affaire complexe.

À partir de cette donnée sur la demande effective qui doit déterminer le revenu du travailleur sans compétence spécifique, on construit l’échafaudage complexe de la distribution des revenus.  Ce barème reflète le jugement de la société sur la valeur relative de la possession des compétences variées dont les combinaisons constituent la maquette des postes de travail à remplir.

Traditionnellement, il y a des écarts énormes dans la rémunération de ces diverses compétences. Elles reposent en théorie sur l’opinion que l’on se fait de leur utilité, mais, en pratique sur des hypothèses quant à la rareté relative des talents nécessaires pour les acquérir.  Du moins, c’était le cas à l’origine. Désormais, elles reflètent surtout le pouvoir de négociation de corporations qui se sont créées au fil du temps et qui ont imposé leur échelle des valeurs.

Une Nouvelle Société contestera cette échelle traditionnelle et donc statique des valeurs, mais prudemment.  On peut adopter la position que toutes les compétences ont la même valeur, puisqu’elles sont toutes indispensables ; mais c’est une forme d’angélisme que ne préconise pas une Nouvelle Société. Le but visé est que les écarts de revenus correspondent à un consensus social.

Ce consensus social pourra être éclairé par la mise en évidence des conséquences qui pourraient résulter d’un nivellement excessif. La tendance à long terme, dans une société d’interdépendance et de complémentarité, sera nécessairement que ces écarts se rétrécissent, mais l’on ne fera pas de croisade pour accélérer indûment cette tendance.

La question de la fixation des divers paliers de revenu garanti conduit donc,finalement, à la mise en place d’un processus bien concret pour obtenir un consensus social pour les différences de rémunération et pour leurs modifications sans heurts, au rythme de l’évolution de la société et donc de l’importance changeante des fonctions qui assumeront les sociétaires.

C’est ce processus de détermination consensuelle des revenus du travail par une négociation interprofessionnelle que nous décrivons au texte suivant.

Pierre JC Allard

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