Tarnac : la manipulation politico-policière confirmée

OLIVIER BONNET   Plumedepresse a souvent protesté à propos de l’affaire Tarnac, notamment dans le billet du 31 janvier 2009, Julien Coupat, prisonnier politique, ou dans celui du 25 novembre de la même année, Tarnac : une manipulation politico-policière. Nous reprenons aujourd’hui cette dernière formule, un nouvel élément venant apporter de l’eau à notre moulin.

On savait déjà que le dossier était vide et que l’accusation de sabotage ne tenait pas : « Un simple transport sur les lieux du présumé sabotage du juge d’instruction antiterroriste Thierry Fragnoli pourrait lui permettre de comprendre que Julien Coupat et sa compagne n’étaient pas sur place et que le PV de la Sdat est un faux », expliquait en novembre 2009  Maître Jérémy Assous, l’avocat de Coupat. « Pour lui, les policiers n’étaient pas là et ils ont tout inventé« , reportait L’Obs.comEn cause, un procès-verbal de filature, daté du 8 novembre 2008, d’un membre de la Sous-direction antiterroriste (Sdat) dans lequel il est écrit que Julien Coupat et sa compagne se seraient trouvés au pied de l’une des lignes TGV visées, en pleine nuit pendant 20 minutes.

« La seule preuve au bout de sept mois où l’élite de la police française a enquêté sur le groupe de Tarnac », selon Me Jérémy Assous. « Cela signifierait qu’un fer à béton de 2,5 kilos a été placé en moins de 20 minutes sur une caténaire après l’escalade d’une perche de cinq mètres », a estimé Me Assous. Le conseil de Julien Coupat a expliqué « qu’il est impossible d’approcher à 25 centimètres des caténaires sans être électrocuté immédiatement ». Selon lui, « même les agents de la SNCF mettent 45 minutes pour remplacer une caténaire. » (…)

« Auparavant, ce même PV s’était trouvé au banc des accusés lorsque les avocats de Lévy et Coupat avaient remis, début novembre, une note de sept pages au juge d’instruction Thierry Fragnoli, dénonçant « anomalies » et « incohérences » de l’enquête », ajoutions-nous : « Dans leur note, les avocats critiquent plus particulièrement le contenu de l’enquête sur un des sabotages, précisait  Le Monde, commis dans la nuit du 7 au 8 novembre en Seine-et-Marne.

Julien Coupat, présenté comme le cerveau de ces actes, et sa compagne Yldune Levy sont soupçonnés d’en être les auteurs alors qu’ils étaient l’objet cette nuit-là d’une filature. Les avocats relèvent notamment qu’« aucun des fonctionnaires de police chargés de la surveillance continuepneu […] n’a déclaré avoir vu l’un d’entre eux sortir du véhicule ou y entrer, ni avoir vu personne sur la voie ferrée ». Ils relèvent en outre que les traces de pneus relevées à proximité de la voie sabotée ne « sont pas compatibles » avec la voiture de Coupat. »

Voici donc à présent le fait nouveau qui justifie ce nouveau billet, sujet d’un article de Libération« Le Canard enchaîné révèle un indice matériel majeur qui tend à dédouaner Yildune Lévy, 29 ans, de son implication supposée avec son compagnon Julien Coupat, 38 ans, du sabotage d’une ligne de TGV, le 8 novembre 2008. Selon les policiers de la sous-direction antiterroriste (Sdat), le couple se serait trouvé à Dhuisy, en Seine-et-Marne, à bord d’une vieille Mercedes, pour poser un fer à béton sur un caténaire à l’aide d’une perche, entre 4 heures et 4h20 du matin. Or, selon l’hebdomadaire satirique, la carte bancaire d’Yildune Lévy, mise en examen dans cette affaire dite de Tarnac et incarcérée un temps, a été utilisée à 2h44 à Pigalle, à Paris, ce 8 novembre 2008, pour retirer 40 euros, loin du lieu de la dégradation que la justice relie à «une entreprise terroriste»(…)

Pour l’un des avocats de Yildune Lévy, MeJérémy Assous, «cet élément anéantit définitivement la version policière, déjà mise à mal par un grand nombre de contradictions». » Il va falloir à présent dédommager le couple pour l’inique détention qu’ils ont subie et sanctionner les policiers auteurs du faux, tout en remontant aussi haut que possible dans la hiérarchie pour châtier également tous les complices de cette manipulation politico-policière, à finir par Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur de l’époque, François Fillon, Premier ministre, et Nicolas Sarkozy, président de la République.

Puisqu’il est impensable que ces braves gens n’aient pas été au courant que Coupat et Lévy étaient accusés à tort, mais qu’ils préféraient sacrifier la justice à l’objectif politique d’agiter le spectre d’une menace de « l’ultra gauche ». Si ces mises en cause nous semblent par conséquent nécessaires, nous doutons évidemment qu’elles surviennent jamais.

L’illustration ci-dessus est piquée au blog du confrère Jean-Marc Manach.

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