Tartuffe Fillon, l’extrême droite et l’extrême gauche

« Nous avons suffisamment combattu ensemble l’extrême droite pour demander aux responsables socialistes de ne pas se compromettre avec une extrême gauche qui conteste nos institutions démocratiques et dont le programme économique est archaïque », déclare François Fillon, repris par Libération. Cette Phrase du jour appelle plusieurs commentaires, en tâchant de rester poli, exercice en l’occurrence particulièrement difficile. Tout d’abord, le hasard n’a rien à voir avec notre choix de photo, le montrant venu soutenir Thierry Mariani dans un meeting à Toulon lors des dernières régionales.

Mariani ? Il est l’une des principales figures du courant dit de « la droite populaire » : « La date avait valeur de symbole. Le 14 juillet dernier, 35 «députés de la Nation» issus des rangs de la majorité ont rendu publique la charte du «collectif de la droite populaire». Un «laboratoire politique» aux valeurs bien ancrées : «Nation, Patrie, République et travail» en sont les maîtres-mots », explique Le Figaro. Notons qu’il manque « Famille » – ils n’ont pas osé -, ainsi que la redondance entre « Nation » et « Patrie ». Outre ce côté franchement « Maréchal, nous voilà », quelles sont les idées de ces brillants députés ? « Thierry Mariani et Christian Vanneste (homophobe notoire, NdA) réclament l’expulsion des «délinquants étrangers auteurs d’actes gravissimes» et veulent étudier la question de la suppression des remises de peine », rapporte le quotidien.

On goûte particulièrement ce moment anthologique d’hypocrisie : « De là à penser que la «droite populaire» se plaît à adopter la rhétorique et les thèmes de prédilection du Front national, il n’y a qu’un pas que ces députés ne veulent absolument pas franchir. «C’est exactement le contraire. C’est plutôt le FN qui essaye de nous piquer nos idées de base. Sauf que leurs propositions sont démagogiques et irréalisables», explique le député des Alpes-Maritimes. » Outre que nous n’appellerions pas ça des « idées », exalter la nation et la patrie, lutter contre l’immigration et contre l’insécurité en laissant croire que les étrangers en sont responsables : c’est très exactement le fond de commerce du FN depuis toujours ! Et c’est le parti d’extrême droite qui essaierait de piquer ses « idées de base » – extrêmement de base, en effet – à Mariani et ses amis ?

Complétons le portrait par un article du Journal du dimanche, titré Sécurité : la surenchère continue : « Cette effervescence sur les questions liées à l’immigration a aiguisé l’appétit de l’aile droite de la majorité. Thierry Mariani, élu du Vaucluse, l’homme de l’amendement sur les tests ADN en septembre 2007, a l’intention de peser dans le débat. Il a été le rapporteur de tous les projets sur l’immigration depuis 2002, notamment ceux de Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’Intérieur et il a des idées très arrêtées sur la question. (…) Il prépare plusieurs amendements visant à durcir le texte de Besson. « Je ne vois pas pourquoi on limiterait les déchéances de nationalité aux agresseurs de policiers. On ne peut hiérarchiser les victimes. Je pense que cette mesure doit s’appliquer quelle que soit la nature du crime. »

Surtout, Thierry Mariani a l’intention d’exhumer un vieux dossier : l’aide médicale d’Etat. L’AME permet aux étrangers sans papiers de se faire soigner gratuitement sur le sol français. La droite a déjà durci les conditions d’accès à l’AME en 2005. Les étrangers doivent désormais prouver qu’ils sont présents sur le territoire national depuis trois mois pour obtenir une prise en charge. Thierry Mariani veut aller plus loin. (…) « C’est une affaire de santé publique, explique un fonctionnaire du ministère concerné, les étrangers hésitent déjà à se faire soigner. En voulant traquer des fraudes marginales, on risque de mettre en danger notre système sanitaire. » Dans ses différents rapports, Médecins du monde considère que près de 80% des sans-papiers négligent leur santé. » Mais qu’importe à Mariani si sa proposition lui permet de rallier le troupeau raciste.

« Il s’est fait connaître du grand public pour ses prises de position très conservatrice en matière de sécurité et d’immigration. C’est notamment lui qui a proposé l’amendement autorisant des tests ADN pour le regroupement familial, une disposition qui a depuis été abandonnée par le gouvernement car inapplicable », le présente Le nouvel observateur. Qui disait que les propositions du FN étaient « démagogiques et irréalisables » ? Prochoix nous apprend enfin que « le 22 janvier 2002, il a voté contre la proposition de loi relative à la reconnaissance du 19 mars 62 comme Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, contre la réforme de l’IVG et de la contraception du 5 décembre 2000? et contre le Pacs.

Ajoutons qu’il faisait aussi partie des 117 députés signataires de la proposition de loi du 5 mars 2003 relative à « la reconnaissance de l’œuvre positive des Français en Algérie », comme des partisans de la loi du 23 février 2005 soulignant le « rôle positif » de la colonisation. Et en février 2007, il a aussi tenté de faire passer un amendement limitant le droit au logement opposable aux étrangers (hors Union européenne) possesseurs d’une carte de résident de dix ans ! Voilà qui est Mariani, l’homme qui vient encore de sévir, comme l’expliquent Les échos dans un article du 17 septembre dernier, peaufinant un style furieusement frontiste : « Les députés UMP durcissent la loi Besson sur l’immigration. Contre l’avis du gouvernement, le rapporteur du texte, Thierry Mariani, a fait voter par la commission des Lois le principe d’un « bannissement » du territoire.

Le gouvernement avait déjà sensiblement musclé le texte ces dernières semaines par une série d’amendements. Les députés UMP en commission des Lois ont encore durci dans la nuit de mercredi à jeudi le projet de loi sur l’immigration qui doit être débattu à partir du 28 septembre à l’Assemblée nationale. Il prévoit désormais que les mariages « gris » (union fondée avec un étranger sans intention matrimoniale) seront punis de sept ans d’emprisonnement (au lieu de cinq) et de 30 000 euros d’amende (au lieu de 15 000 actuellement). L’accès à l’aide médicale d’Etat pour les étrangers sans titre de séjour sera également davantage contrôlé afin d’éviter un coût« déraisonnable au système de santé français ».

La principale nouveauté réside dans l’introduction, contre l’avis du gouvernement, d’un « bannissement » obligatoire du territoire pour tout étranger qui n’aurait pas quitté le sol français alors que cela lui aurait été notifié. Le projet de loi prévoyait déjà (dans le cadre de la transposition d’une directive européenne) la possibilité pour l’autorité administrative d’assortir sa décision d’éloignement d’une « interdiction de retour sur l’ensemble du territoire européen » pour une durée maximale de cinq ans. L’amendement, proposé par le député UMP Thierry Mariani, va donc beaucoup plus loin en faisant de cette interdiction du territoire une obligation et non plus une simple possibilité laissée à la libre décision du préfet. Toujours contre l’avis du gouvernement, la commission des Lois a voulu préserver les employeurs qui embauchent des sans-papiers sans connaître l’illégalité de leur situation. Les employeurs « de bonne foi » ne pourront ainsi pas être poursuivis sur le plan pénal pour des recrutements illégaux « du seul fait du comportement des salariés concernés ».

En d’autres termes, si l’inspecteur du travail ne peut apporter la preuve que l’embauche de sans-papiers est volontaire, aucune poursuite pénale ne pourra être retenue. » François Fillon se pique donc de donner des leçons au PS, le sommant de rejeter l’extrême gauche en traçant un parallèle avec l’extrême droite, qu’il prétend combattre. Et il soutient un Mariani, archétype du politicien d’extrême droite ! Notons la seule citation fillonesque incluse dans l’article du JDD sur ce meeting de Toulon, où il précise les enjeux du scrutin : « la majorité est la plus crédible pour combattre la lutte contre l’immigration clandestine ». Un pur argument… à la Le Pen. Ce n’est en réalité que l’étiquette FN qu’il combat, pas les idées. Qu’en pensent du reste les militants arabes de l’UMP, las de se sentir stigmatisés, qui ont récemment manifesté durant un meeting récent, contraignant Fillon à s’échapper par une porte dérobée ? Il est le Premier ministre d’un gouvernement où le sinistre Hortefeux, condamné par la justice pour injure raciale, trône au ministère de l’Intérieur et multiplie les provocations anti-Roms (sans parler de la circulaire de la honte) et anti-immigrés : est-ce cela, combattre l’extrême droite ? Il est le Premier ministre d’un président qui pratique l’amalgame entre immigration et insécurité, comme Le Pen, et qui avoue devoir son élection au vote des électeurs du FN : est-ce cela combattre l’extrême droite ?

Le rapport de Sarkozy à l’extrême droite est lumineusement analysé par Réformistes & solidaires : « Dans un entretien au Journal du Dimanche en décembre 1997, il déclare ainsi : “Dans une démocratie, quand la droite n’est pas clairement identifiable, l’extrême droite prospère”. Il se range alors sur la ligne défendue, entre autres, par Claude Goasguen qui déclare, en 1997, que l’opinion attend de la droite qu’elle soit “ferme et sans ambiguïté sur la quotidienneté souvent mal vécue de l’immigration ou de la sécurité […] Le moment est venu, enfin, de sortir de l’impasse de la diabolisation du Front National, au profit d’une réflexion sereine et constructive”.

Tout est dit, Nicolas Sarkozy ne bougera plus de cette position. La “dédiabolisation” du FN ne consiste donc pas pour Nicolas Sarkozy à l’intégrer dans le paysage politique, mais simplement à montrer qu’on ne le craint pas sur son propre terrain. Le 9 avril 1998, il résume ainsi la nuance : “Dans le discours des dirigeants du FN, tout n’est pas inacceptable. Mais la partie inacceptable pollue tout le reste du programme”. Il y a donc du bon à prendre. Il s’applique dès lors, consciencieusement, à mettre en pratique cette “partie acceptable” : dénonciation de l’immigration et des étrangers, tolérance zéro à l’égard des exclus et des jeunes, défense de l’ordre moral, justice expéditive à deux vitesses, construction de nouvelles prisons, stigmatisation des jeunes et des banlieues, vidéosurveillance, etc. La plupart de ses mesures, de la loi sur la sécurité quotidienne à la loi sur le terrorisme, figurent dans le programme du Front National. »

Reprenons notre Phrase du jour de Fillon : « Nous avons suffisamment combattu ensemble l’extrême droite pour demander aux responsables socialistes de ne pas se compromettre avec une extrême gauche qui conteste nos institutions démocratiques et dont le programme économique est archaïque. » Nous venons de longuement voir ce qu’il en est du combat contre l’extrême droite qu’il revendique : outre tous les éléments cités plus haut, rien que la politique des quotas d’expulsés, pratiquée par le ministère de la Honte nationale, signe l’appartenance du pouvoir sarkozyste à… l’extrême droite justement. Loin d’en combattre les idées, il les a promues, légitimées, décomplexées. Quid alors de la diabolisation de l’extrême gauche ? « Dimanche, un meeting avait réuni Olivier Besancenot (NPA) et Benoît Hamon (PS) à l’invitation de ce dernier, explique Libération. «Voir ce week-end des membres du Parti socialiste et du Nouveau parti anticapitaliste souligner leur complicité, c’est le signe que la nostalgie révolutionnaire a encore quelques restes», a affirmé le Premier ministre, devant les parlementaires centristes à Nice. »

Il entend donc réactiver la vieille peur du communiste-au-couteau-entre-les-dents. Mais on ne sache pas que le NPA, qui se présente aux élections et ne possède pas de branche armée, « conteste nos institutions démocratiques » ! Quant à l’archaïsme supposé du programme économique de l’extrême gauche, l’appéciation est insupportable venant de qui rêve d’un retour au XIXe siècle tout en revendiquant une « modernité » imaginaire. Ce qui ennuie Fillon, finalement, c’est de voir la gauche pour une fois unie dans la lutte contre l’inique réforme des retraites, avec les syndicats et le peuple dans sa grande majorité. Commençons donc par une belle manifestation demain, et radicalisons ensuite le mouvement. Que la peur change de camp ! Faisons trembler ceux qui entendent nous voler nos deux meilleures années de retraite au profit du Medef. Paralysons le pays et finissons par chasser ces traîtres du pouvoir !

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