Totalitarisme inversé


François Marginean

Chris Hedges, journaliste lauréat du prix Pulitzer pour le New York Times et auteur de plusieurs livres, a écrit un article percutant publié en anglais le 8 février 2010. Ce billet en est largement inspiré et en quelque sorte un compte rendu en français. L’article original de 12 pages est disponible sous le titre « Chris Hedges: Zero Point of Systemic Collapse ».

Cet article est d’une importance capitale pour temps à venir. Il résume bien aussi mon analyse personnelle du déroulement des évènements passés, présents et surtout, futurs. Il mérite toute notre attention et puisqu’il est si bien écrit, ceci constituera principalement une traduction libre de l’auteur qui doit recevoir tous les mérites.

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Nous sommes à la veille d’un des moments les plus dangereux pour l’humanité.

Aleksandr Herzen parlait, il y a un siècle de cela, à un groupe d’anarchistes sur la façon de renverser le tsar et rappelait à ses auditeurs que leur travail n’était pas de sauver un système à l’agonie, mais plutôt de le remplacer: « Nous pensons que nous sommes les médecins. Nous sommes la maladie ». Toute résistance doit reconnaître que le corps politique mondial et le capitalisme global sont morts. Nous devons cesser de gaspiller notre énergie à essayer de le réformer ou de s’adresser à lui. Cela ne signifie pas la fin de la résistance, mais cela veut dire des formes très différentes de résistance. Cela signifie tourner nos énergies vers la construction de collectivités durables pour affronter la crise à venir, puisque nous serons incapables de survivre et de résister sans un effort de coopération.

Ces communautés, si elles se retirent dans un mode de survie pure, sans se lier aux cercles concentriques de l’ensemble de la communauté, l’État et de la planète, deviendront tout aussi moralement et spirituellement en ruine que les forces corporatives déployées contre nous. Toutes les infrastructures que nous construisons, comme les monastères du Moyen-Âge, devraient chercher à maintenir vivante la tradition intellectuelle et artistique qui rendent une société civile, l’humanisme et le bien commun possible. L’accès à des parcelles de terres agricoles sera primordial. Nous aurons à saisir, comme les moines médiévaux l’ont fait, que nous ne pouvons pas modifier la culture plus large autour de nous, au moins dans le court terme, mais nous pouvons être en mesure de conserver les codes moraux et la culture pour les générations au-delà de la nôtre. La résistance sera réduite à de petits, mais souvent imperceptibles, actes de défiance.

Nous nous tenons à la frontière d’une des plus sombres périodes de l’histoire de l’humanité où les lumières de la civilisation vacillent, chancèlent et nous risquons de descendre pendant des décennies, sinon des siècles, dans la barbarie. Les élites ont réussi à nous convaincre que nous n’avons plus la capacité de comprendre les vérités révélées qui nous sont présentées, ou de se battre contre le chaos causé par les catastrophes économiques et environnementales. Tant que la masse des populations désorientée et effrayée, nourris d’images qui leur permettent d’halluciner perpétuellement, existe dans cet état de barbarie, il lui sera possible de frapper périodiquement avec une fureur aveugle contre la répression accrue de l’État, la pauvreté généralisée et les pénuries alimentaires, mais elle n’aura pas la capacité et la confiance en soi face au défi pour confronter de proche ou de loin les structures de contrôle. Le fantasme de larges révoltes populaires et des mouvements de masse brisant l’hégémonie de l’État corporatif n’est que cela – un fantasme.

Chris Hedges écrit que son analyse se rapproche de l’analyse de nombreux anarchistes. Mais il note une différence cruciale: les anarchistes ne comprennent pas la nature de la violence. Ils saisissent l’étendue de la pourriture qui règne dans nos institutions culturelles et politiques, ils savent qu’ils doivent couper les tentacules de la consommation, mais ils croient naïvement que cela peut être combattu avec des formes de résistance physique et des actes de violence. Il y a des débats au sein du mouvement anarchiste – tels que ceux sur la destruction des biens – mais une fois que vous commencez à utiliser des explosifs plastiques, des innocents sont tués. Et quand la violence anarchique commence à perturber les mécanismes de la gouvernance, l’élite au pouvoir va se servir de ces actes, même mineurs, comme une excuse pour employer une force disproportionnée et impitoyable contre les agitateurs réels ou présumés, ce qui ne fera qu’alimenter la colère des déshérités.

Hedges ne se défini pas comme étant pacifiste. « Je sais qu’il y a des moments, et concède même que celui-ci pourrait éventuellement être l’un d’eux, où les êtres humains sont contraints de répondre à la répression montante avec la violence. J’étais à Sarajevo pendant la guerre en Bosnie. Nous savions précisément ce que les forces serbes feraient de nous s’ils arrivaient à percer les défenses et le système de tranchées autour de la ville assiégée. Nous avons eu des exemples de la vallée de la Drina ou la ville de Vukovar, où environ un tiers des habitants musulmans avaient été tués et le reste stationnés dans des camps de réfugiés ou de relocalisation. Il y a des moments où le seul choix possible est de prendre une arme pour défendre sa famille, le quartier et la ville. Mais ceux qui se sont révélés être les plus aptes à défendre Sarajevo provenaient invariablement de la classe criminelle. Lorsqu’ils n’étaient pas occupés à tirer sur les soldats serbes, ils pillaient les appartements des Serbes à Sarajevo et, souvent, les exécutaient, en plus de terroriser leurs concitoyens musulmans. Lorsque vous ingérez le poison de la violence, même pour une juste cause, elle vous corrompt, déforme et pervertit. La violence est une drogue, elle est même le plus puissant narcotique connue de l’humanité. Les plus accros à la violence sont ceux qui ont accès aux armes et qui possèdent un penchant pour la force. Et ces tueurs remontent à la surface de n’importe quel mouvement armé en les contaminant avec l’enivrant et intoxiquant pouvoir qui vient avec la capacité de détruire. J’ai vu cela guerre après guerre. Quand vous vous engagez dans cette voie, vous finissez par opposer vos monstres contre leurs monstres. Et ceux qui sont sensibles, humains et doux, ceux qui ont une propension à nourrir et protéger la vie, sont marginalisés et souvent tués. La vision romantique de la guerre et la violence est plus fréquente chez les anarchistes et la gauche radicale que dans la culture dominante. Ceux qui s’opposeront avec l’aide de la force à l’État corporatif ne le vaincront pas, pas plus qu’ils arriveront à maintenir les valeurs culturelles qui doivent être soutenues si nous voulons avoir un avenir valant la peine d’être vécu. De mes nombreuses années en tant que correspondant de guerre au El Salvador, Guatemala, à Gaza et en Bosnie, j’ai vu que les mouvements de résistance armée sont toujours des mutations de la violence qui les a engendré. Je ne suis pas assez naïf pour penser que j’aurais pu éviter ces mouvements armés si j’avais été un paysan sans terre au Salvador ou au Guatemala, un Palestinien à Gaza, ou un musulman à Sarajevo, mais cette réaction violente à la répression est et sera toujours tragique. Il doit être évitée, mais pas au détriment de notre propre survie ».

La démocratie, un système idéalement conçu pour défier le statu quo, a été endommagé et dompté pour servir servilement le statu quo. Nous avons subi, comme John Ralston Saul l’a écrit, un coup d’État au ralenti. Et le coup est terminé. Ils ont gagné. Nous avons perdu. La pitoyable incapacité des militants à pousser les États corporatifs industrialisés vers une réforme environnementale sérieuse, à contrecarrer l’aventurisme impérial, ou de construire une politique plus humaine envers les masses du monde, découle d’une pauvre capacité à reconnaître les nouvelles réalités du pouvoir. Le paradigme du pouvoir a changé de façon irrévocable et conséquemment, le paradigme de la résistance doit impérativement se modifier lui aussi.

Il y avait beaucoup de choses dites l’année dernière à propos de la manière dont Barack Obama serait un président « transformationnel » – mais la véritable transformation, s’avère-t-il, exige beaucoup plus que d’élire un leader télégénique. Pour renverser la vapeur dans ce pays, cela va prendre des années de guerre de siège contre les intérêts profondément établis, défendant un système politique profondément disfonctionnel. – Paul Krugman, «Richard Nixon portés disparus », le New York Times, 30 août 2009

Trop de mouvements de résistance continuent à croire en la façade de la politique électorale, les parlements, les constitutions, les chartes des droits, le lobbying et l’apparition d’une économie rationnelle. Les leviers du pouvoir sont devenus tellement contaminés que les besoins et la voix des citoyens sont devenus hors propos. L’élection de Barack Obama était un autre triomphe de la propagande sur la substance, une manipulation habile et une trahison du public par les médias de masse. Nous avons confondu le style et l’ethnicité – une tactique de publicité lancée par United Colors of Benetton et Calvin Klein – pour une politique progressiste et un véritable changement. L’objectif, comme avec toutes les marques de commerce, a été de confondre les consommateurs passifs et faire passer une marque de commerce pour une expérience. Obama, désormais une célébrité mondiale, est une marque de commerce. Il n’avait presque pas d’expérience, mis à part deux ans au Sénat, n’avait aucune base morale et a été vendu comme toutes choses aux populations. La campagne d’Obama a été nommée « marketer » de l’année du Advertising Age pour 2008 et l’a emporté sur les finalistes Apple et Zappos.com. Faites confiances aux professionnels. La marque de commerce « Obama » est le rêve d’un agent de marketing. Le président Obama fait une chose et la marque Obama vous porte à croire une autre. C’est l’essence même de la publicité fructueuse. Vous achetez ou faites ce que les annonceurs veulent pour ce qu’ils peuvent vous faire ressentir.

Nous vivons dans une culture caractérisée par ce que Benjamin DeMott appelle la « junk politics ». Nommons-la « politique déchet ». Elle n’exige pas la justice ou la réparation des droits. Elle incarne toujours des causes plutôt que de les clarifier. Elle évite les véritables débats pour des scandales fabriqués, des potins et des spectacles. Elle trompette l’éternel optimisme, louange sans cesse notre force morale et le caractère, et communique dans un langage « on-ressent-votre-douleur ». Le résultat de la politique déchet est que rien ne change, « ce qui signifie aucune interruption des processus et pratiques qui renforcent les systèmes interconnectés existant favorisant les avantages socio-économiques pour un groupe particulier ».

La croyance culturelle selon laquelle nous pouvons faire se produire des choses que par la pensée, en visualisant, en les souhaitant, en puisant dans notre force intérieure ou par la compréhension que nous sommes vraiment exceptionnels, est de la pensée magique. Nous pouvons toujours faire plus d’argent, atteindre de nouveaux quotas, consommer plus de produits et faire progresser notre carrière si nous avons assez de foi. Cette pensée magique qu’on nous prêche à travers tout le spectre politique, par Oprah, des célébrités du sport, Hollywood, les gourous de l’auto-assistance et les Chrétiens démagogues, est largement responsable de l’effondrement de l’économie et l’environnement, car toute Cassandra qui a vu venir les choses a été rejetée comme étant du « négatif ». Cette croyance qui permet aux hommes et aux femmes de se comporter et agir comme des petits enfants, jette le discrédit sur des préoccupations légitimes et inquiétantes. Elle exacerbe le désespoir et la passivité. Elle favorise un état d’auto-illusion. Le but, la structure et les objectifs de l’État corporatif ne sont jamais sérieusement remis en question. Questionner et s’engager dans un exercice de critique du collectif corporatif, revient à se faire taxer de vouloir faire obstruction et d’être négatif. Cela a perverti la façon dont nous percevons notre nation, le monde naturel et soi-même. Le nouveau paradigme de la puissance, couplé à son idéologie bizarre de progrès indéfini et le bonheur impossible, a transformé des nations entières, y compris les États-Unis, en monstres.

Nous pouvons marcher à Copenhague. Nous pouvons rejoindre la journée mondiale de manifestations climatiques. Nous pouvons composter et accrocher la lessive à sécher. Nous pouvons écrire des lettres à nos élus et voter pour Barack Obama, mais l’élite au pouvoir est imperméable à la charade de la participation démocratique. Le pouvoir est entre les mains des trolls moraux et intellectuels qui participent impitoyablement à la création d’un système néo-féodal et le meurtre de l’écosystème qui soutient l’espèce humaine. Et faire appel à leur bonne nature ou chercher à influencer les leviers internes de pouvoir ne fonctionnera plus.

Nous ne pourrons pas, en particulier aux États-Unis, éviter notre « Götterdämmerung ». Obama, tout comme le premier ministre du Canada, Stephen Harper ainsi que les autres chefs des pays industrialisés, se sont révélés être de tout aussi bons outils de l’État corporatif que l’a été George W. Bush. Notre système démocratique a été transformé en ce que le philosophe politique Sheldon Wolin avait nommé « le totalitarisme inversé». Le totalitarisme inversé, à la différence de totalitarisme classique, ne tourne pas autour d’un démagogue ou d’un chef charismatique. Il trouve son expression dans l’anonymat de l’État corporatif. Il prétend chérir la démocratie, le patriotisme, une presse libre, les systèmes parlementaires et les constitutions, alors qu’il manipule et corrompt les leviers internes pour renverser et contrecarrer les institutions démocratiques. Les candidats politiques sont élus au vote populaire par les citoyens, mais sont régis par des armées de lobbyistes à Washington, Ottawa ou dans les autres capitales du monde. Les médias corporatifs contrôlent à près tout ce que nous lisons, regardons ou écoutons et ils imposent une uniformité insipide de l’opinion. La culture de masse, détenue et diffusée par les sociétés privées, nous divertit avec des questionnaires, des spectacles et des potins sur les célébrités. Dans les régimes totalitaires classiques, tels que le nazisme ou le communisme soviétique, l’économie était subordonnée à la politique. « Sous le totalitarisme inversé, l’inverse est vrai », écrit Wolin. « L’économie domine la vie politique – et avec la domination vient les différentes formes de cruauté ».

Le totalitarisme inversé exerce un pouvoir total sans recourir à la plus grossière des formes de contrôle tels que les goulags, les camps de concentration ou la terrorisation des masses. Il exploite la science et la technologie pour atteindre ses sombres buts. Il impose l’uniformité idéologique en utilisant des systèmes de communication de masse pour inculquer la consommation débauchée comme une pulsion intérieure et il nous fait prendre nos illusions sur nous-mêmes pour la réalité. Il ne réprime pas les dissidents avec force, tant que ces dissidents restent inefficaces. Et en même temps qu’il détourne notre attention, il démantèle la base manufacturière, dévaste les communautés, déclenche des vagues de misère humaine et envoie les emplois vers des pays où les tyrans savent garder les travailleurs en ligne. Il fait tout cela tout en brandissant le drapeau et chantant des slogans patriotiques. « Les États-Unis sont devenus la vitrine de la manière dont la démocratie peut être gérée sans avoir l’air d’être opprimée », écrit Wolin.

George Orwell a souligné que le totalitarisme n’est pas tant l’âge de la foi qu’un âge de la schizophrénie: « une société devient totalitaire lorsque sa structure artificielle devient flagrante ». « Cela survient lorsque la classe dirigeante a perdu sa fonction, mais réussit à s’accrocher au pouvoir par la force ou par la fraude ». Nos élites ont utilisé la fraude. La force est tout ce qu’il leur reste.

Notre élite médiocre et finie tente désespérément de sauver un système qui ne peut être sauvé. Plus important encore, ils essaient de se sauver eux-mêmes. Toutes les tentatives de travailler à l’intérieur de ce système pourri et cette classe de détenteurs du pouvoir se révéleront inutiles. La résistance doit répondre à la nouvelle et dure réalité d’un ordre capitaliste global qui s’accroche au pouvoir par des formes de répression brutale et flagrante toujours grandissantes. Une fois le crédit sèche pour le citoyen moyen, une fois que le chômage massif aura crée une classe marginale permanente et furieuse, que les produits fabriqués bon marchés qui sont devenus les opiacés de base de notre culture disparaîtront, nous allons probablement évoluer vers un système qui ressemble davantage au totalitarisme classique. Des formes plus violentes et grossières de répression devront être employées au fur et à mesure que les mécanismes de contrôle plus souples favorisés par le totalitarisme inversé cesseront de fonctionner.

Si nous construisons des structures auto-suffisantes, celles qui occasionneront le moins de mal possible à l’environnement, nous pourrons surmonter l’effondrement qui s’en vient. Cette tâche sera accomplie grâce à l’existence de petites enclaves physiques qui ont accès à une agriculture durable et qui seront donc capables de se dissocier autant que possible de la culture commerciale. Ces communautés devront construire des murs contre la propagande et la peur électroniques qui seront pompées sur les ondes. Le Canada sera probablement un lieu plus accueillant pour ce faire que les États-Unis, compte tenu du fort courant de la violence qui y règne. Mais dans tous les pays, ceux qui survivront auront besoin de terres dans des zones isolées à bonne distance des zones urbaines qui seront le théâtre de déserts alimentaires dans leurs centres-villes, ainsi que de la violence sauvage qu’entraînent des biens devenant tout d’un coup un coût prohibitif et la répression étatique qui devient plus en plus dure.

Le recours de plus en plus manifeste à la force par les élites pour maintenir le contrôle ne doit pas mettre fin aux actes de résistance. Les actes de résistance sont des actes moraux. Ils prennent vie parce que les gens de conscience comprennent l’impératif moral de remettre en question les systèmes d’abus et le despotisme. Ils devraient être menés non pas parce qu’ils sont efficaces, mais parce qu’elles sont justes. Ceux qui commencent ces actes sont toujours peu nombreux et rejetés par ceux qui cachent leur lâcheté derrière leur cynisme. Mais la résistance, bien que marginale, continue à affirmer la vie dans un monde inondé par la mort. C’est l’acte suprême de la foi, la plus haute forme de spiritualité et qui lui seul rend l’espoir possible. Ceux qui ont commis des actes de résistance ont très souvent sacrifiés leur sécurité et leur confort, ont souvent passé du temps en prison et dans certains cas, ont été tués. Ils ont compris que pour vivre dans le plein sens du mot, exister en tant qu’êtres humains libres et indépendants, même dans la nuit la plus sombre de la répression d’État, cela signifie défier l’injustice.

Nous devons continuer à résister, mais il faut maintenant le faire avec la réalisation inconfortable que des changements significatifs ne vont probablement pas se produire de notre vivant. Cela rend la résistance plus difficile. Cela déplace la résistance du domaine du tangible et de l’immédiat vers l’abstrait et l’indéterminé. Mais renoncer à ces actes de résistance constitue la mort spirituelle et intellectuelle. Cela revient à se rendre à l’idéologie déshumanisante du capitalisme totalitaire. Les actes de résistance maintiennent en vie un autre récit, maintiennent notre intégrité et donne de la volonté aux autres, eux que nous ne pourrons jamais rencontrer, de se lever et porter la flamme que nous leur passons. Aucun acte de résistance est futile, que ce soit de refuser de payer des impôts, de lutter pour une taxe Tobin, travailler à changer le paradigme économique néoclassique, révoquer une charte d’entreprise, tenir des votes globaux sur Internet ou utiliser Twitter pour catalyser une réaction en chaîne de refus contre l’ordre néolibéral. Mais nous devons résister et trouver la foi que la résistance en vaut la chandelle, car nous ne pourrons pas immédiatement modifier la configuration du terrible pouvoir en place. Et dans cette longue, longue guerre, une communauté qui nous soutient émotionnellement et matériellement sera la clé d’une vie de défiance.

Le philosophe Théodore Adorno a écrit que la préoccupation exclusive avec les égocentrismes personnels et l’indifférence à la souffrance des autres au-delà du groupe auquel on s’identifie est ce qui a finalement rendu le totalitarisme et les génocides possibles. L’incapacité de s’identifier aux autres est sans conteste la plus importante composante psychologique qui fait que des atrocités peuvent se produire autour de gens plus ou moins civilisés et innocents.  »

L’indifférence au sort d’autrui et l’élévation suprême de soi est ce que l’État-entreprise cherche à nous inculquer. Il utilise la peur, ainsi que l’hédonisme, pour contrecarrer la compassion humaine. Nous devons continuer à combattre les mécanismes de la culture dominante, même si ce n’est que dans le but de préserver notre humanité commune à travers de petits, voire de minuscules actes. Nous devons résister à la tentation de se replier sur soi-même et d’ignorer la cruauté se trouvant de l’autre côté de notre porte. L’espoir demeure dans ces actes de défiance souvent imperceptibles. Cette défiance, cette capacité de dire non, c’est exactement ce que les psychopathes contrôleurs de nos systèmes de pouvoir cherchent à éradiquer. Tant que nous serons prêts à défier ces forces, nous aurons une chance; si ce n’est pas pour nous-mêmes, du moins, ce sera pour ceux qui suivent. Tant que nous défierons ces forces nous demeurerons en vie.

Et pour l’instant, c’est la seule victoire possible.

4 pensées sur “Totalitarisme inversé

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    17 juillet 2010 à 1 01 24 07247
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    De la part de « LARTISTE » : ( @ Lartiste : le système m’a erronément attribué ce commentaire. Pourriez vous le copicoller et le re-poster pour qu’il apparaise sous votre nom. Mes excuses. PJCA)

    Malheureusement, il est extrêmement difficile de combattre ce « totalitarisme inversé » lorsque la puissance du « Marketing » contrôle la perception de chacun.

    Pour le faire, il est presque nécessaire de posséder une « réaction psychologique automatique » qui pousse l’individu à « percevoir » le contraire de ce qui lui est « suggéré ». Ce qui n’est évidemment pas le cas, sinon le « Marketing » n’aurait la puisance et l’efficacité qu’il possède.

    La solution à la situation problématique, décrite dans cet article, n’est pas facile à trouver et je ne la perçois pas. Par contre, je suis entièrement d’accord avec la description que l’auteur fait de la situation actuelle.

    Bravo pour cet article.

    Amicalement

    André Lefebvre

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    17 juillet 2010 à 1 01 25 07257
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    De la part de « SYLVAINGUILLEMETTE » : ( @ SG : le système m’a erronément attribué ce commentaire Pourriez vous le copicoller et le re-poster pour qu’il apparaise sous votre nom. Mes excuses.PJCA)

    «Cela signifie tourner nos énergies vers la construction de collectivités durables pour affronter la crise à venir, puisque nous serons incapables de survivre et de résister sans un effort de coopération.»

    Il faut faire attention à ne pas non plus, répéter les erreurs d’autrefois. La conciliation de classes n’est qu’un leurre pour perpétrer la continuité du capitalisme, plus sauvage, sous un autre visage. Celui du renouveau. Mais il n’y a rien de neuf à faire persister l’exploitation de l’être humain par d’autres êtres humains. Tout au contraire. Ce ne serait que la triste répétition des évènements, au grand profit de cette vermine qui vit du labeur d’autrui.

    «Le fantasme de larges révoltes populaires et des mouvements de masse brisant l’hégémonie de l’État corporatif n’est que cela – un fantasme.»

    Effectivement, je le vois ainsi. Le communisme en application, n’est peut-être pas une chose certaine, mais c’est du moins un but convenable, en regard aux capacités d’un système capitaliste de venir à bout des inégalités sociales, qui lui, ne reconnait que les conditions actuelles économiques, sans se soucier des conditionnements les ayant créées. Le socialisme en cela, devient actualité. Il est toujours pertinent. Il a en soi cette possibilité de s’adapter, comme le préconise le marxisme, ou l’oblige devrais-je dire, aux faits actuels, alors connus.

    Le socialisme est donc effectivement une forme de dogme en soi, qui a pour but final un «communisme»-verra t-on plus tard, si celui-ci ne porte pas un autre nom…-. Mais la seule façon de vraiment préciser si ce n’est que dogme, c’est de tenter d’aller le plus loin où ce sera physiquement possible pour l’humanité. Autrement, d’en prédire à l’avance l’impossibilité, nous résume encore une fois au totalitarisme. Et je doute que l’auteur veuille y patauger, ce n’est bien pour personne ici à vrai dire.

    Chose certaine, le capitalisme pur et dur ne permettra pas plus le partage équitable des richesses et permettra toujours l’exploitation des uns, majoritaires, par les autres, minoritaires. Et les corporations seront réelles, au pire, secrètes. Quant au socialisme, il règle d’emblée cette question en ne permettant plus la propriété privée –sur le long terme- des moyens de production, qui contribuent, eux, à multiplier les capitaux en la –ou les- personne qui possède ce –ou ces- moyen de production. Nationalisant ceux-ci, les travailleurs en deviennent propriétaires et jouent maintenant un rôle «décisif» au sein de ces moyens de production. Gérées en coopératives, la propriété n’est pas celle de l’État, mais du conseil ouvrier élu pour ce. Etc.., et rapidement, les contradictions s’effacent –certes pour laisser place à d’autres, on pourrait débattre sur ce seul sujet longuement…-. Celles en tout cas, qui permettent les inégalités sociales. Celles qui importent le plus aux peuples de la Terre, j’en suis certain.

    Ce fantasme, d’après moi en tout cas, en vaut la peine. Beaucoup plus que de re-permettre à nouveau, le mauvais partage des richesses, sachant que ces dernières donnent des pouvoirs inappropriés pour quelconque groupe de personne qui ne représente pas l’humanité –et encore…-.

    «Mais il note une différence cruciale: les anarchistes ne comprennent pas la nature de la violence.»

    Effectivement, je suis d’accord avec ces propos. Et c’est ce vieux débat sur les conditionnements que je prendrai à titre argumentaire. Il y a forcément des processus qui en expliquent d’autres –…qui en expliqueront d’autres également, cela, sans fin…-. Et comme un processus en explique un autre, un autre explique ceux qui nous sont alors imposés, aucun doute ne peut interférer ici. Et ce n’est pas pour rien qu’il y a; des cours d’histoire, des arbres généalogiques, des encyclopédies, des livres d’histoire, etc.., je crois.

    «Et ces tueurs remontent à la surface de n’importe quel mouvement armé en les contaminant avec l’enivrant et intoxiquant pouvoir qui vient avec la capacité de détruire. J’ai vu cela guerre après guerre.»

    Fidel Castro était avocat…, puis député.

    «De mes nombreuses années en tant que correspondant de guerre au El Salvador, Guatemala, à Gaza et en Bosnie, j’ai vu que les mouvements de résistance armée sont toujours des mutations de la violence qui les a engendré.»

    Et Cuba serait encore sous emprise états-unienne, et Batista –y compris le terroriste Luis Posada Carriles, qui terrorisait les Cubains bien avant ses multiples attentats terroristes.- et ses criminels auraient pris leur retraite en paix.

    Au contraire, il faut résister aux armes, par les armes. Un processus en explique un autre, je vous le rappelle. Et à Cuba, aujourd’hui, on ne se tue pas comme en Colombie ou au Venezuela, où les torts du capitalisme laissé à lui-même, ont fait autant de tort que les guerres armées elles-mêmes.

    Et les afghans devraient se laisser faire, eux aussi? Les Tibétains également donc, devraient se la couler douce sous la dictature capitaliste chinoise si je comprends bien? Y en a des millions d’autres, comme ça, qui auraient du laisser l’Empire venir les écraser dans le fond, si l’on suit à la lettre ce genre de logique.

    Moi, je crois que l’histoire, elle, se rappelle des faits. Que les faits finissent par sortir. Désormais, on sait par exemple que le grand démocrate John Fritzgerald Kennedy était aussi le grand tueur de masse du Vietnam, et qu’il avait ordonné l’Épandage de l’Agent Orange –que Monsanto a pu fabriquer sans se faire accuser de quoique ce soit…-. Les faits refont surface, même si on les enterre. Comme l’ordre de Staline d’exécuter les officiers polonais, ou tout opposant –Trotsky et cie…- à sa dictature SUR le prolétariat.

    Au contraire. S’ils prennent les armes, il faut les prendre. S’ils veulent dialoguer, dialoguons. Mais ils n’ont jamais dialogué, eux. Au contraire, et les massacres dans l’histoire de l’humanité a souvent eu lien avec eux.

    La mort est tragique, je ne le nie pas. Mais tout le monde meure. On ne peut que choisir comment l’on vit. La mort en soi, n’a pas d’importance, sauf sur les processus qu’elle aura apportés de son précédent état, la vie. Le reste, c’est bon pour les charognards.

    Cela dit, je suis d’avis qu’il faut qu’ils nous frappent, avant. Mais encore… Comment peut-on déterminer que nous y sommes?

    Quant au totalitarisme inversé, je n’y crois pas. Le capitalisme en soi est un totalitarisme, puisqu’il ne tient pas compte des processus définissant les conditions de chacune et chacun. On vient de dire la même chose, en affirmant ici que le capitalisme était totalitaire. Pas sorcier… Et je n’ai pas de diplôme secondaire, juste une équivalence…

    «Le totalitarisme inversé exerce un pouvoir total sans recourir à la plus grossière des formes de contrôle tels que les goulags, les camps de concentration ou la terrorisation des masses.»

    C’est faux! Le totalitarisme du capitalisme –qui permet le corporatisme selon Marx- a usé de toutes ces tactiques! Des prisons secrètes sont érigées depuis plus d’un siècle par la bourgeoisie via ses États-sbires! On en a fait autant avec les écoles de torture états-uniennes en Asie, comme en Amérique latine et en Afrique! Abu Graïb? Ça ne vous dit rien? Et Guantanamo, où les droits n’existent pas et où on accuse des enfants-soldat de lancer des grenades, comme pourtant, en lancent les soldats de Washington, ça ne vous dit rien? Les goulags furent les processus inscrits dans un historique stalinien, non socialiste. Pareil pour les régimes comme celui de Pol-Pot, où la dictature des prolétaires n’a jamais existé –de toute façon, c’était un chum de Washington ce débile là.-.

    Et les guerres? En Irak, depuis 2003, on parle du million de morts chez les civils seulement. Vietnam, plus de 4 millions… Etc.. Washington a renversé plus de 45 États dans le monde et en a perturbé tout autant en sabotage, assassinats, etc.. La France a fait chier tout un tas de monde aussi. La Grande-Bretagne également. Et mon cher Canada fut le caniche de ces putes à bourgeois –et je parle des dirigeants, non pas des français!-.

    Je n’y crois pas une seule seconde à cet argumentaire, qui n’explique au fond, que le refus des capitalistes de reconnaître le totalitarisme en soi, du capitalisme.

    « une société devient totalitaire lorsque sa structure artificielle devient flagrante » « Cela survient lorsque la classe dirigeante a perdu sa fonction, mais réussit à s’accrocher au pouvoir par la force ou par la fraude »
    Aux yeux de qui? D’un conditionné à ne pas se réveiller?

    Et je ne suis point d’accord. Le totalitarisme, même si on tente de l’ignorer, ou qu’on ne l’ignore pas par choix, est toujours une réalité, s’il en est une. Le totalitarisme, pourrait-on l’expliquer ainsi, serait comme si l’on débattait du sexe des anges, sans débattre de l’existence de ceux-ci. Le totalitarisme est donc, inévitablement parmi nous, probablement quotidiennement, dans bien des situations qui nous seraient impossible d’énumérer ici. Il n’a rien à voir avec l’«emprise du pouvoir bornée» qui se manifeste à travers les multiples partis politiques, qui au fond, sont tous capitalistes d’emblée. Ils nous amènent donc tous au même but final, mais de façons différentes, sans donc s’attarder à savoir si le capitalisme est un modèle viable; si on veut partager les richesses, si on veut faire attention à nos ressources naturelles, si on ne veut pas créer de corporations, etc..

    «Si nous construisons des structures autosuffisantes, celles qui occasionneront le moins de mal possible à l’environnement, nous pourrons surmonter l’effondrement qui s’en vient. Cette tâche sera accomplie grâce à l’existence de petites enclaves physiques qui ont accès à une agriculture durable et qui sont donc sont capables de se dissocier autant que possible de la culture commerciale. Ces communautés devront construire des murs contre la propagande et la peur électroniques qui seront pompées sur les ondes. Le Canada sera probablement un lieu plus accueillant pour ce faire que les États-Unis, compte tenu du fort courant de la violence qui y règne.»

    D’abord, je suis d’accord avec ces propos, nous devons fabriquer nos propres moyens de production et les gérer. Les coopératives en ce sens, passant certes par le système actuel, deviennent une belle alternative.

    Quant à la violence, laissez-moi croire qu’il risque d’y avoir des débordements au-delà des limites sur papier des États-Unis d’Amérique. C’est qu’ils sont quand même 300 000 000…

    Sinon, je suis en majorité d’accord avec tout ce texte. Et c’est dommage que je ne sois pas seul, fou à lier, à penser cela de notre avenir.

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    17 juillet 2010 à 3 03 31 07317
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    @Pierre Allard,
    Merci pour cet article qui en fait de compte reste une revue de Presse objective se contentant de rapporter avec le « maximum » de justesse possible les positions des hommes, femmes, politiques de tous bords et des syndicats.
    Pierre, je te demande expressement et je t’en remercie de me donner ton semntiment, et accord, sur l’article commun que nous prévu tous deux, afin de faciliter les contacts.
    Je serais absent pour des problèmes graves familiaux concernant mon épouse, dont tu pourras continuer à venir comme convenu.
    Je m’excuse auprés de tous les intervenants de CentPapiers ainsi que Les Voix du Panda, mais ma famille reste mon bien le plus précieux.
    Comme tu l’indiques les Voix du Panda sont en même temps un lieu avec une grande famille.
    Je vous remercie de la pudeur dont vous pourrez faire preuve dans cette épreuve encore très douloureuse qui nous frappe.
    Mais la vie continue, alors sûrement que je ferai un « billet » comme seul Les Voix du Panda savent faire, c’est notre marque de fabrique.
    Pierre, merci de me répondre en privé ou ici, je passe vers 13h GMT France.
    Soyez tous prudents sur les routes et rien n’est plus important que l’amour que l’on porte avec tendresse aux siens.
    Merci de vottre compréhension à tous, je pense que je pourrais revenir dans les meilleurs délais, mais pas avant plus d’un mois.
    J’ose croire Pierre que tu auras la gentillesse de me répondre dans les meilleurs délais, voila je n’ai rien d’autre à vous dire, sinon que merci.
    Merci encore à tous.
    Avec mes sincères amitiés
    Patrick Juan
    Le Panda
    http://www.panda-france.net

    3:28, le Samedi 17 juillet 2010

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    17 juillet 2010 à 10 10 10 07107
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    A Panda:

    Il est fastidieux pour le lecteur de lire le même commentaire sur plusieurs fils. J’ai répondu a celui-ci sur ton article « Ce qu’ils en disent ». J’en accuse réception ici aussi courtoisie, mais il ne faut pas que chaque article se transforme en babillard.

    PJCA

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