Tout changer… pour que rien ne change

« Tout changer …pour que rien ne change », c’était la grande phrase du Guépard de Lampedusa, dont Visconti a tiré son inoubliable film.   Regardez bien, c’est ce qui se portera pour un temps au Québec. Ailleurs aussi, d’ailleurs, mais parlons du Québec.

Vous voulez savoir ce qui viendra après Bastarache, dans le crique politique dont on attend un changement imminent, puisque tout va mal et que personne n’est content ?  RIEN.  La réponse est RIEN. Il ne viendra RIEN. On a déjà fait ce qu’il faut pour que rien ne change.  On a fait  ce qu’il faut pour préparer le changement: une démission de Charest et une victoire triomphale du PQ…. qui ne changera rien.

Une victoire du PQ  dont on annonce depuis longtemps  le déclin et la mort ? Eh oui… Les attentes concernant la régence Marois, après le bide Boisclair bien prévisible, étaient seulement qu’elle passe la main au plus vite à Duceppe, ou qu’elle garde ce parti vivant le temps qu’une candidature Lisée s’impose comme une évidence.

Mais on a son ambition, n’est ce pas… Madame Pauline Marois a donc fait le calcul opportuniste, il y a quelques mois, de chasser ses éléments de gauche pour donner aux Québécois le parti d’alternance de centre-droit qu’ils se meurent d’envie d’avoir. Un geste pour gagner … Amputé de sa gauche, rejoint par la masse des Québécois qui sont des Adéquistes qui s’ignorent, un nouveau PQ qui n’aura plus gardé que le nom du Parti de Levesque et de Parizeau va voler vers le pouvoir.

Une stratégie astucieuse ? On aura surtout privé les Québécois de toute alternative réelle. On pourra cyniquement revenir sur les acquis sociaux de la derniere génération dans une ambiance consensuelle.  Mais ce vent de droite vent ne balayera pas les nuages de mousson qui s’accumulent ; il les gardera juste un peu plus longtemps à l’écart… le temps que se prépare une véritable révolution.

En refusant de mourir, pour choisir de se renouveler sous de fausses représentations, comme un phénix de mauvaise foi, le PQ va faire bien du mal. Il va laisser persister l’illusion qu’on ne s’est pas trompé, qu’on n’a rien à corriger et qu’on peut donc continuer à faire semblant qu’on va de l’avant

On va rafistoler le vocabulaire, puis raconter à nos enfants que de brillants stratèges nous ont amenés à l’avenir qu’on voulait vraiment, en passant par quelques détours… C’est une issue qui me laisse un goût plus amer qu’une simple défaite honorable. Comme si Vercingétorix, au lieu de jeter son glaive a Cesar, s’était négocié un job de proconsul et avait parlé de l’amitié entre Celtes et Romains…

Le Parti Québécois  va prendre le pouvoir. Sous un nouveau chef, sans doute. Madame Marois n’était là que comme compromis entre la gauche et la droite. La gauche partie, le PQ ne demandera qu’à accueilir François Legault. On aura le « lucide » que viendra adouber Lucien Bouchard, maître à penser d’une nouvelle équipe dont on pourrait déjà donner tous les noms.

Dans la suite de la vision de la terre promise qu’on va lui présenter, le militant péquiste-type nouvelle génération prendra des décisions et posera des gestes « réalistes ». Il acceptera, à une large majorité, le report sine die du projet d’indépendance.

Ce projet qui date un peu sera remplacé par un concept d‘autonomie « économiquement incontournable » – because, la crise, vous savez – et une collaboration avec un Parti Conservateur ami, à Ottawa, qui se dira « conféderaliste ». Un parti tout entier ouvert aux revendications des provinces, comme le Québec, l’Alberta et les autres… C’est Toronto, l’ennemi commun.

Qui pourrait bien diriger ce Parti Conservateur après Harper  ? Eh oui… Un « winner », qui connaît bien le Québec… Un type  comme Charest, par exemple.  Ensuite, préparons nous à voir resurgir le concept d’indépendance culturellle de Bourassa. Oui, le Québec siègera à l’Unesco et aura un conseiller culturel dans chaque ambassade du Canada. Nous rayonnerons…..

Avec un large consensus, une ouverture à nos minorités, un accord sans nuage avec le gouvernement fédéral et la haute finance…. On pourra reprendre la construction du Québec interrompue par cette histoire de Révolution Tranquille. Prévoyez trois (3) termes pour Légault…. On en sortira un peu plus riches, plus « multiculturels », beaucoup plus tranquilles…

Politique fiction ? Peut-être. Mais si « toutes ces choses arrivent avant que cette génération ne passe », comptez sur moi pour vous rappeler qu’elles étaient parfaitement prévisibles et qu’en ne faisant rien, aujourd’hui, pour que ce scénario ne se mette pas en marche, vous aurez acquiescé tacitement à toutes ses conséquences.

Pierre JC Allard


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