Tout le monde il est beau…

Tout le monde il est beau…

…Tout le monde il est gentil…on se souvient de ce film de Jean Yanne, venant de se faire virer d’une radio périphérique, et qui, pour régler ses comptes, avait réalisé ce film « poil à gratter  ».

Les méchants sont les casseurs, des jeunes, bien évidemment, et les gentils ce sont les ministres qui répriment à tour de bras, sans essayer de comprendre l’origine de la colère.

Pourtant, l’histoire pas si ancienne nous montre un visage différent de celui qu’arborent aujourd’hui des personnalités de premiers plans.

Prenons Alain Madelin et Patrick Devedjian, par exemple.

C’est vieil article du « Petit Varois » qui nous les présente sous un jour très différent.

Il relatait un épisode peu connu de la jeunesse de ceux qui allaient devenir plus tard ministres.

« 2 jeunes gens (…) étudiants à la faculté de droit de Paris, à qui le soleil a quelque peu tourné la tête (…) Devedjian Patrick et Madelin Alain  ».

L’article racontait comment le siphonage d’une voiture, le vol de papiers, et la possession d’une arme à feu avait amené les 2 délinquants devant une audience correctionnelle à Draguignan. lien

Avec Gérard Longuet, Alain Robert, Jack Marchal, ils militèrent activement dans le groupe d’extrême droite « Occident  ».

Frédéric Charpier dans son livre « Génération Occident  » raconte leurs frasques :

« Armés de barres de fer, ils hurlent : « Occident vaincra » (…) « De Gaulle au poteau« , agressent des militants de gauche, dont Serge Bolloch, futur journaliste au « Monde », le quel à eu le crane défoncé à coup de clé anglaise ». lien

Revenons à Gérard Longuet, il est condamné le 12 juillet 1967 à 1000 francs d’amende pour complicité de « violence et voies de fait avec armes et préméditation » avec 12 autres militants d’extrême droite, dont de nouveau Madelin et Devedjian.

Gérard Longuet sera aussi le rédacteur en 1972 du premier programme économique du Front National, qui vient d’être créé. lien

Juste avant çà, en 1969, il avait crée avec d’anciens membres du groupe Occident, « ordre nouveau  ». lien

A ceux qui seraient surpris de la proximité avec le gouvernement actuel d’ex militants d’extrême droite, il faut rappeler l’article dévastateur du 4 octobre 2010 de « Newsweek », titré « Sarközi, figure de l’extrême droite européenne  ». lien

Le rédacteur de l’article, Denis MacShane, ne mâche pas ses mots, et il dénonce « ceux qui relient leurs déboires nationaux aux immigrés… » et au sujet de Sarközi, il déclare « qu’il est à la recherche d’un coup de fouet politique pour retrouver son aura politique » évoquant « une campagne de violentes accusations et d’expulsions forcées contre la minorité Rom  ».

On se souvient du dernier conseil des ministres juste avant les vacances de l’été 2010, où il a été plutôt question « d’un coup de barre à droite, voire à l’extrême droite », plutôt que d’évoquer comme d’habitude les destinations de vacances des uns ou des autres. lien

Ce seront pourtant ces vacances ministérielles en Tunisie, et en Egypte, ou ailleurs qui feront scandale quelques mois après. lien

Personne n’a oublié celles de François Fillion en Egypte, au frais de la princesse, allant plus loin que MAM et son partenaire de ministre Patrick Ollier, lesquels avaient utilisé le jet privé du clan Ben Ali, en pleine révolution tunisienne, (lien) Fillon ayant fait « mieux » en utilisant un jet prêté par Hosni Moubarak en personne. lien

Toutes ces affaires n’arrangeaient pas trop Eric Besson, qui, on s’en souvient, était du mariage de la petite fille de Ben Ali, en Tunisie, au mois de juillet 2010. lien

Comme le dit Pierre Kanuty, « Un jour, il faudra (re) sortir la boite à claques !! ». lien

Mais le journaliste anglais de « Newsweek  » pourrait aussi bien nettoyer devant sa porte.

En effet, Marco D’Eramo, rédacteur à « Bellaciao », nous en apprend de belles au sujet de l’actuel premier ministre anglais, David Cameron.

« Dans une ville anglaise, une bande de jeunes défonce une vitrine, s’enfuit dans la nuit, et se dirige en courant vers le jardin botanique. La police les suit, (…) et les mets au trou »

Mais il ne s’agit pas de la situation actuelle, l’épisode a eu lieu il y a 24 ans.

« Les 10 jeunes gens étaient tous membre du « Bullington Club », une association oxfordienne de 150 ans d’âge, fameuse outre Manche, et dont certains membres sont connus pour leurs frasques estudiantines, leurs cuites, considérant la vandalisation de boutiques et restaurants comme le fin du fin de la distraction ».

Or l’un des membres du groupe n’était autre que le futur premier ministre Britannique, David Cameron, et un autre était Boris Johnson, maire actuel du Grand Londres.

Aujourd’hui tous les deux préconisent la « poigne de fer » : Cameron est décidé à utiliser l’armée, et veut censurer internet, et Johnson veut augmenter les effectifs de police. lien

Cameron, qui n’est pas à une contradiction près, veut supprimer 16 200 postes de policiers, alors qu’il en a envoyé 16 000 dans les rues de Londres pour mater la révolte. lien

La seule différence entre les deux situations étant que les protagonistes des vitrines brisées d’il y a 24 ans étaient des jeunes gens aux poches bien remplies, issues de grandes familles bourgeoises, alors que ceux qui ont mis les grandes villes anglaises ces jours-ci, sont les laissés pour compte de la société anglaise.

Ces émeutes récentes se sont déjà soldées par 5 morts, et ont provoqué des dégâts de plus de 200 millions d’euros.

Mais le premier ministre ne voit dans ces évènements tragiques que « la culture de la paresse, de l’irresponsabilité, de l’égoïsme qui auraient alimenté les 4 jours d’émeutes ».

Il promet « la rigueur morale pour la grande Bretagne ». lien

Cette rigueur morale, prônée par le premier ministre britannique semble être à « géométrie variable », car sous la pression populaire, on se souvient que Cameron avait du annuler ses luxueuses vacances de Noël 2010, prévues en Thaïlande, aux frais du peuple britannique, pour un coût de près de 60 000 euros. lien

De toutes façons, Cameron convaincu que les tensions raciales, la pauvreté et le programme d’austérité imposé par son gouvernement ne sont pas à l’origine des émeutes, s’interroge surtout sur les réseaux sociaux qui auraient permis la mobilisation, rejoignant ainsi notre autocrate présidentiel, qui a prévu un décret prochain pour « cadenasser » internet. lien

Même si le CNN (conseil national du numérique) a rendu un avis défavorable, le risque demeure.

On peut signer la pétition pour sauver internet sur ce lien

Mais restons en Grande Bretagne.

Pour l’instant 1400 personnes ont été appréhendées pour des infractions liées aux émeutes, et des milliers d’autres interpelées.

Ed Miliband, chef de file des travaillistes, demande que les parlementaires fixent leur attention sur de meilleures propositions pour la jeunesse en révolte.

Etrange retour de bâton, le journal « the Independent  » fait un parallèle avec les émeutes de Broadwater Farm, il y a 25 ans, à l’époque même ou David Cameron et Boris Johnson faisaient les 400 coups dans les rues de Londres.

Un éducateur interviewé dans le journal déclare : « les hommes politiques viennent ici dire que la situation n’est pas la même qu’il y a 25 ans, mais c’est faux. Ils n’étaient pas là ; moi, si »

Mais voila, David Cameron veut s’attaquer à « l’effondrement moral de la société britannique », et manifestement pas à la misère. lien

Les médias traditionnels jouent-t-ils leurs rôles ?

Luc Ferry, l’ancien ministre est convaincu qu’en France, on ne veut pas d’une presse à l’américaine qui ne respecterait pas la vie privée, évoquant l’aventure scabreuse d’un ministre de la République, « qui s’est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons », sans en dévoiler le nom, alors qu’il détient plusieurs témoignages venant « des plus hautes autorité de l’Etat en particulier par le Premier Ministre  » affirmant «  les journalistes ne peuvent pas dire les choses qu’ils savent parce qu’ils tombent sous le coup de la diffamation ». lien

On serait tenté de s’interroger sur cette affirmation, car s’il y a témoignage, qui plus est, venant des plus hautes autorités de l’Etat, comment pourrait-il y avoir « diffamation » ?

En France, le CNR (comité pour une nouvelle Résistance) veut dépasser l’indignation, chère à Stéphane Hessel, (ici « indignez vous  » en PDF) lançant une campagne contre « les ministres délinquants », en appelant à la création d’un réseau de solidarité entre « délinquants sociaux  », s’appuyant sur les mots de Serge Portelli qui évoque « l’état limite de notre démocratie ». lien

Au moment où la crise financière s’intensifie, pénalisant surtout les couches modestes de la population, on peut, sans risque de se tromper beaucoup, annoncer que la rentrée pourrait bien être très agitée.

Reste à savoir comment se comporteront les gouvernements ?

Car comme dit mon vieil ami africain :

« Le loup mange celui qui se fait mouton »

L’image illustrant l’article provient de « les moutons enragés »

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