Traité maltraité (mal traité) d’amour

Je t’aime, moi non plus.

La maltraitance et la sous-traitance de l’ego.

Plus qu’hier, moins que demain, mieux que rien.


(.) Qu’est-ce que tu as? (Ouf peignoir, yeux cernés la soirée s’annonce pénible)
(.) Je ne me sens pas bien ce soir.
(.) Tu ne sors pas assez pour prendre l’air et faire de l’exercice. (Je vais lui faire réaliser qu’elle fait exprès d’être malade)
(.) Ça n’a rien à voir, je suis simplement fiévreuse.
(.) Bien va dormir, va te coucher! pas toi Fido, ta maîtresse… (Je vais au moins pouvoir relaxer devant un bon match de foot)

A cette étape de la discussion (…) il faut déjà dégager le non-dit: je m’en tape le pompon, je m’attendais à pouvoir me servir de toi… visiblement je ne pourrai pas donc puisque tu as l’air si peu conciliante, va au lit et laisse-moi la télé.

(.) Je me repose.
(.) Tu serais mieux couchée. (C’est qu’elle insiste…)
(.) Je ne m’endors pas.
(.) C’est ça ton problème, au lieu de te soigner tu aimes mieux te plaindre. (Je n’ai pas envie de supporter tout ça bien longtemps, changeons d’approche)
(.) Je te fais remarquer que c’est toi qui est venu me voir pour me demander ce qui n’allait pas.
(.) C’est ça accuse-moi de m’inquiéter. Tu penses que ça va te passer en regardant la télévision? (Il faut demeurer subtil et ne pas perdre de but l’objectif)
(.) En fait, j’ai pris des médicaments.
(.) Au lieu de te soigner comme tout le monde en appelant d’abord un médecin, tu prends n’importe quoi. (Elle fait exprès d’être malade pour m’emmerder)
(.) Je n’ai pas de médecin, tu devrais le savoir.
(.) N’essaie pas de détourner la conversation pour te donner raison de te soigner n’importe comment. (Comment je peux me rappeler qu’elle n’a pas de médecin. La dernière fois que je l’ai vue avec un médecin c’était à la naissance de notre fils de 15 ans.)
(.) Ce que j’ai pris devrait me faire du bien.
(.) Tu crois que ce soir tu pourrais préparer une simple paella comme toi seule sait les faire? (Peut-être bien qu’en beurrant épais je vais finir par obtenir ce que je veux)
(.) Je n’ai pas d’appétit et je n’ai pas la forme.
(.) Tu vois bien que tu serais mieux couchée. (Y a rien à faire avec ça. Exit)
(.) Pourquoi? parce que je n’arriverai pas à préparer ton repas?
(.) Voilà tu as réussi! madame démarre la dispute. (Ta gueule)

A cette étape de la fin de la discussion (…) il faut envisager les choix de réponses suivants:

1. La réaction:
(.)  C’est vraiment trop fort, tu me demandes comment je vais mais en fait tu ne veux pas le savoir. Tu argumentes parce que je ne fais pas exactement ce que tu voudrais me voir faire et tu n’as pas la décence de m’offrir de préparer le repas sachant que je ne me sens pas bien et maintenant tu m’accuses de chercher une dispute.

(Comment peut-elle être si malade et réussir à aligner tant de mots sans inspirer?)

2. La rage stoïque:
(.)  Tu pourrais te déplacer de 30 centimètres sur la gauche, il y a 1 heure que tu me caches l’horizon et que tu me pompes l’air.

(Comment peut-elle être si malade et avoir autant le compas dans l’oeil?)

3. L’amer constat:
(.)  Euh non je cherchais plutôt à cogner à la porte de ton esprit, mais visiblement il est absent, il n’y a que ton coeur qui fonctionne puisque tu respires et il est si mal en point qu’il ne réussira pas à t’assister.

(J’abandonne, elle délire.)

4. Le scénario:

(.)  Tu as bien raison.
(.)  Tu fais quoi là? tu te lèves pour aller au lit?
(.)  Pas vraiment…
(.)  Tu vas préparer le repas?
(.)  Oui je cherche le vitriol, la strychnine et malheureusement… je t’annonce que nous n’avons plus de safran ni de riz. Je vais devoir passer au menu de demain dès ce soir.
(.)  Ah bon? qu’avais-tu pensé préparer demain?
(.)  Poisson Fugu et purée d’avocat… il y a un moment que j’y songe…

Au pays de la fatalité:
Ainsi expulsée de sa zone de confort, la stupeur chassant la torpeur, une femme malade réalisa qu’elle était mal mariée. Comme elle n’avait que bien peu de moyens pour contrer l’irrévérencieux, elle choisit de s’attaquer à sa propre dérive en n’abandonnant pas plus que son fauteuil, cédant à l’invitation qui lui fut faite avec insistance de choisir ce qu’elle désirait faire dans la mesure où cela cadrait avec les objectifs secrets d’une dictature de l’être rodée dans ses moindres détails.

La solution:
Soudainement, elle acquit la certitude qu’elle allait devoir pallier à la routinière reddition devenue insoutenable dont sa personnalité est victime de façon coutumière, en modifiant certains aspects irréductibles de sa condition puisqu’elle ne parvenait pas à affranchir dignement l’esclave en elle.

La grande arnaque:
(.) Euh mon lapin (comment s’appelle-t-elle déjà? je n’ai souvenir de son prénom que lorsque je la sens en osmose avec son string et l’issue excitante d’une soirée autrement banale, bref… mon lapin fera l’affaire)… ne te fatigue pas trop pour le repas et surtout prends ton temps (Il faut savoir faire quelques concessions pour nourrir son couple et espérer l’être aussi). Si tu nous servais tout ça habillée en Geisha? tu sais le vêtement est confortable pour relaxer…

(.) Ah le con! mais le con!

Qu’à cela ne tienne, le monde est si incapable d’être heureux qu’il emploie son génie à contrer le bonheur. Il tente de créer suffisamment de conditions de vie qui fassent abstraction de la nature humaine afin de substituer efficacement à la notion de bonheur une infamie constituée d’un éventail d’offenses, et ce, sans autre forme de procès. Le ainsi-va-la-vie, doublé du désir inassouvi d’être heureux meublent cette quête utopique. Quelle pourrait être la signification d’un désir profond d’aspirer au bonheur sans jamais l’inviter à nous tenir compagnie en le laissant simplement exister sans le contredire?  Il n’y a que ce qui est incomplet qui puisse désirer ne plus l’être, ce qui risque de rendre celui qui désire le bonheur esclave de son désir, ne pouvant posséder l’un sans renoncer à l’autre.

Autres considérations sur l’amour:
Elle a eu cette douce attention de respecter une constance qui l’exonéra d’être élégamment diaphane, frivole, insaisissable, enfouie dans mes pensées comme si elle ne faisait que survoler l’existence de crainte d’y laisser des traces et de devoir en subir le temps.
Ainsi donc ce qui pouvait appeler à l’amertume s’était transformé en une réalité savoureuse. Me proposa-t-elle de me plaire en chahutant mes plus intimes contraintes qu’elle en fit une prose pour laquelle je déposai glaive et bouclier, comme une victoire sur l’invisible.
Elle a pu faire naître tant de beauté que je lui pardonne de ne pas m’appartenir. Dors en mon sein et respire ma vie. Ne change pas, fais-toi éternelle. Il n’y a que toi qui puisse consoler la vie.

Epilogue:

Puisqu’il faut boire jusqu’à la lie:
(.)  Il vient ce poisson?
(.)  Ah le con! mais le con!

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