Trompettes trompeuses

Au moment où les uns et les autres remplissent leurs paniers de bolets, chanterelles, et autres pieds bleus, il faut se méfier dans la « famille champignons », des faux frères.

Si nous aimons ramasser les champignons, nous avons tous une fois dans notre vie commis une erreur en prenant un champignon pour un autre.

Organisateur d’une expo mycologique dans un petit village de l’Isère, je m’amuse régulièrement à piéger le visiteur en lui présentant 2 champignons ressemblant à des trompettes de mort et je lui demande de les identifier.

Or, si l’une est bien une trompette de mort (craterellus cornucopioides), l’autre ne l’est pas, étant une chanterelle cendrée (cantharellus cinereus), comestible bien sur, mais tellement plus intéressante en matière de gout qu’il est dommage d’en faire la confusion.

La différence essentielle est que la « cendrée » à des lignes dessinées sous le chapeau, et qu’elle est légèrement moins noire.

Bien que la couleur ne soit pas le facteur déterminant, certaines trompettes de mort pouvant être plus grises que noires.

D’ailleurs la couleur d’un champignon n’est pas un facteur déterminant : j’ai découvert récemment un bolet « Cèpe de Bordeaux » tout blanc : c’était du au fait qu’il n’avait pas reçu suffisamment de lumière.

Dans la même famille, la délicieuse chanterelle (cantharellus cibarius) a deux faux frères : la fausse girolle (hygrophoropsis aurantiaca) comestible aussi, mais qui permet une confusion avec le pleurote de l’olivier (omphalotus illudens) qui, lui, est toxique.

Il existe un champignon délicieux, appelé « le meunier » (clitopilus prunulus), à cause de son odeur de farine mouillée, que d’autres identifient à celle du sperme.

Or il a son « faux frère », un redoutable toxique, le clitocybe dealbata. Ce dernier affiche aussi une odeur de farine, mais les lamelles sont blanches à reflets ochracés, rougeâtres, alors que « le meunier » a des lamelles d’abord blanches, puis légèrement rosées à maturité.

Les différences vraiment marquantes pour différencier les deux est que le « meunier » à un pied excentré, ou penché, ce qui n’est pas le cas du « déalbata » et que la chair du meunier est plus souple que celle du déalbata.

Même dans les champignons les plus courants, comme le « rosé des près » (agaricus campestris), il existe un faux frère, la psalliote jaunissante, (agaricus xantoderma) : il a comme tous les autres rosés les lamelles roses pale lorsqu’il est jeune, puis noires lorsqu’il est vieux, mais contrairement aux autres, il jaunit, plus ou moins fort, suivant l’humidité de l’air, lorsqu’on frotte le pied ou le chapeau.

Là ou les affaires se compliquent, c’est qu’il existe un autre « rosé » l’agaric anisé (agaricus silvicola) qui jaunit au toucher, mais qui est comestible.

Ce dernier pousse dans les bois, et dégage une odeur d’anis sous le chapeau, alors que la psalliote jaunissante pousse dans les près, et ne sent pas l’anis : elle sent mauvais, l’encre ou le phénol.

D’où la prudence nécessaire.

D’autant que l’agaric anisé permet une confusion avec les amanites blanches : l’amanite vireuse, (amanita virosa) ou l’amanite citrine (amanita citrina) dont il existe une variété blanche, et l’amanite printanière (amanita verna), mortelles, ou toxiques.

La différence essentielle étant l’odeur d’anis pour l’agaric jaunissant, et la présence d’une volve pour l’amanite.

C’est dans la famille des amanites que l’on rencontre les meilleurs et les pires champignons du monde.

Par exemple, la confusion est possible entre l’amanite des césars, appelée aussi Oronge (amanita caesarea), et l’amanite tue mouche (amanita muscaria).

Le premier est peut-être le meilleur de tous les champignons, et se mange cru de préférence, alors que l’autre est toxique (hallucinogène).

La différence est minime : des points blancs sur le chapeau de l’amanite tue mouche mais ces points blancs peuvent être lavés par une forte pluie, d’où la confusion possible.

La couleur de l’amanite tue mouche peut varier du rouge sombre à l’orange, et n’est donc pas un facteur de détermination.

Des lors, il faut s’attacher à la couleur des lamelles, celle de l’oronge est de jaune pale à jaune plus marqué, alors que l’amanite tue mouche a les lamelles blanches.

Dans cette même famille une autre confusion est possible : celle entre l’amanite rougissante (amanita rubescens) comestible (il convient d’enlever la cuticule, peau recouvrant le chapeau), et l’amanite panthère (amanite pantherina) qui est toxique.

La différence marquante est la trace de rougeâtre que l’on trouve à la base du pied, ou sur des morsures de l’amanite rougissante, alors que la chair de l’amanite panthère est blanche.

Il faut définitivement apprendre à reconnaitre les champignons mortels qui ne sont qu’une grosse dizaine, même si nombreux sont les autres qui sont toxiques, sans pour autant être mortels.

La prudence n’est pas un vain mot, en matière de champignon.

Il faut en prendre pour exemple l’histoire du paxille enroulé. (paxillus involutus) qui était il n’y a pas si longtemps considéré comme comestible.

Or l’on sait aujourd’hui que s’il est consommé mal cuit , et que si l’année suivante, on commet l’erreur de le manger mal cuit, on meurt…tout simplement.

C’est un champion de la vengeance à retardement.

Un autre était considéré encore récemment comme bon comestible : le tricholome équestre (tricholoma flavovirens), vendu sur les marchés, jusqu’il y a peu.

Des cas mortels ayant été constatés dans la région de Bordeaux, il est naturellement passé de la catégorie comestible, à la catégorie toxique. lien

Il semble pourtant que la raison soit plus à attribuer à la répétition de consommation, qui permettrait une accumulation des doses de produits toxiques, qu’au champignon lui-même.

D’ailleurs certains mycophages continuent de le manger : il semble bien que ce soit surtout l’excès, et la répétition de la consommation qui pose problème.

On retrouve ce même problème pour le cortinaire des montagnes (cortinarius orellanus) qui est considéré comme toxique, voire mortel.

Pourtant dans les meilleurs livres sur les champignons, comme celui de Marcel Bon (champignons d’Europe occidentale-Arthaud éditeur) le tricholome équestre était qualifié de « comestible réputé ».

Les vielles croyances ont du plomb dans l’aile, comme celle qui disait par exemple qu’un champignon mangé par les limaces ne pouvait être dangereux : c’est totalement faux, à preuve que les limages se régalent de champignons mortels sans en subir les conséquences.

Ou celle qui prétend que tous les « rosés des près » sont bons à manger…faux, si vous avez bien lu l’article.

Horace, bien léger pour le coup, prétendait que tous les champignons des bois étaient comestibles, affirmation qui a du couter la vie à bien de ses concitoyens. lien

Dans les vielles croyances, celle qui veut que tous les champignons qui « sentent bon » sont comestibles, est une grosse bêtise.

L’amanite phalloïde et l’entolome livide sentent bon, ce qui ne les empêche pas d’êtres mortels.

Par contre, le satyre puant (phallus impudicus) dont l’odeur infecte se détecte à plusieurs mètres est comestible cru à l’état d’œuf.

D’autres prétendent que les champignons qui changent de couleur quant à la cassure ne sont pas bons.

L’amanite rougissante, comestible, rougit à la cassure, le bolet érythropus bleuit à la coupe, et il est comestible (bien cuit) aussi fin que le cèpe de Bordeaux, le lactaire délicieux verdit, et il est un bon comestible. lien

D’autres, plus audacieux, affirment que si l’on constate le brunissement ou noircissement d’une gousse d’ail ou des tranches d’oignons, prouve que les champignons qui cuisent avec eux sont toxiques.

Ce qui est totalement faux : les bolets rudes noircissent à la cuisson, même en présence d’ail ou d’oignon : ils sont comestibles quand même.

D’autres enfin affirment qu’aucun champignon violet ne peut être mauvais : je ne lui conseille pas de manger la pezize sarcosphaera crassa, qui est toxique à l’état cru, tout comme la morille d’ailleurs.

Quant aux noms des champignons, ils sont parfois paradoxaux : le bolet a beau pied (boletus calopus) est immangeable (amer), la trompette de mort n’est pas mortelle…

Quant à Sarközy, qu’il soit à l’état cru, ou cuit, certains se demandent s’il est toxique. lien

Un petit nouveau vient de s’inviter dans la famille des champignons tueurs,

Il est d’une taille microscopique mais a déjà à son palmarès 4 morts, et 21 blessés.

Il sévit à l’hôpital Nord de Marseille, et une enquête judiciaire est en cours. Il semble que des dysfonctionnements dans la qualité de l’air en seraient la cause. lien

Un autre champignon (le Geomyces destructans) s’est mis en tête de détruire les chauves souris, et on craint leur totale disparition d’ici une quinzaine d’année. lien

Comme dit mon vieil ami africain :

« Le cœur amer mange son maître ».

La photo illustrant l’article provient de l’un de mes articles sur le sujet paru dans agoravox

2 pensées sur “Trompettes trompeuses

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