Quand l’Espagne ne cache plus rien…

Quelqu’un fait-il encore confiance à l’Espagne ? Plus personne si l’on en croit le marché des CDS mesurant les risques de défaut de ce pays qui ont bondi à 245 points de base démontrant une érosion inéluctable de la crédibilité de ce pays ! En fait, le marché du crédit y est entièrement paralysé, le Patron de la Banque BBVA ayant même été jusqu’à admettre en début de semaine que « la majorité des compagnies et des groupes financiers Espagnols sont exclus des marchés internationaux des capitaux » !

C’est donc dans un tel contexte dramatique où, décidant de jouer le tout pour le tout, les autorités Espagnoles ont tout récemment décidé d’affronter les marchés et la spéculation en jouant la transparence par rapport à l’état de santé réel de leurs établissements financiers et ce en dépit du tollé provoqué en Allemagne par une telle mesure. La collision frontale semble donc inévitable entre ces deux nations, le dernier rebondissement ayant été la volte face du puissant Josef Ackermann, grand Patron de la Deutsche Bank, ayant qualifié de « très dangereuse » la décision des autorités Espagnoles de publier les résultats des « stress tests » de leurs Banques nationales.

En réalité, Ackermann est bien moins préoccupé des conséquences pour l’Espagne et pour ses établissements des conséquences d’une telle candeur que de la situation des Banques Allemandes ayant multiplié les pertes une première fois par leurs paris sur les subprimes Américains et une seconde fois en inondant de leurs liquidités les nations Européennes périphériques… Une réaction en chaîne serait effectivement susceptible de tourner au cauchemar pour des Banques Allemandes ayant provisionné – dit-on – quelques 800 milliards d’Euros en créances toxiques. Etablissements Allemands qui, loin de mettre à profit la reprise boursière de 2009, disposent aujourd’hui des plus bas ratios capitalistiques Occidentaux … juste après les Banques Japonaises !

Les Allemands sont du reste d’autant plus agacés de cette décision unilatérale des Espagnols qui, hormis leurs négociations secrètes en cours avec le F.M.I. qui devrait leur assurer un soutien de 250 milliards d’Euros, seraient en outre sur le point de « taper » dans le Fonds de solidarité tout juste mis en place par l’Union. Car la taille importante de l’Espagne suffirait à ce qu’elle pompe à elle seule l’ensemble de la richesse (factice) de ce Fonds approvisionné à hauteur de 750 milliards d’Euros avec, à la clé, une obligation pour les pays donateurs de remettre de l’argent au pot, donc d’imprimer encore et toujours des Euros !

L’Euro aura virtuellement cessé d’exister dès que le Gouvernement Espagnol aura décroché son téléphone pour faire usage du premier milliard d’Euro de ce Fonds et, conséquence subsidiaire, l’Allemagne et la France perdront quasiment sur le champ leur triple A… L’Espagne est plus que jamais la dernière ligne de défense Européenne : Espérons pour l’Union qu’elle vaille mieux que la ligne Maginot !

Michel Santi

Cet article a été initialement publié sous le titre  « Un Baiser avant de mourir »

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