Un dénominateur commun

Le secteur tertiaire envahit et occupe presque tout l’espace de production d’une société postindustrielle. Pour assurer correctement la gestion de ce qui devient ainsi le plus clair de la production, il faut en savoir plus sur ces activités du tertiaire qui sont bien hétéroclites. Nous avons parlé de deux volets de la production, celui des biens tangibles et celui de l’intangible, assimilant le second au secteur tertiaire. Mais est-il suffisant de souligner cette similitude qu’ont les activités, dites tertiaires, de ne rien produire de tangible ?

Réunir sous un même vocable des activités aussi variées que la cueillette des données et la cueillette des ordures, la recherche de fonds et la recherche fondamentale, les communications et le mécénat, n’a d’intérêt que si ce regroupement en facilite la gestion commune. Or, elle sont si disparates, qu’on peut se demander si l’on a dit quoi que ce soit d’instructif en appelant « tertiaire » toute activité qui n’est ni primaire ni secondaire.

Pour que ce regroupement qu’on en fait devienne un outil de gestion valable, il faudrait identifier un dénominateur commun entre ces activités dites tertiaires. Au palier de leur objectif, de leurs procédés de production, de leur distribution, ou que sais-je, mais identifier une similarité utile. Y en a-t-il une ? La concentration au secteur tertiaire des activités non-programmées pourrait-elle jouer de rôle ?

Une hypothèse séduisante, car la quasi-totalité des tâches programmées sont aujourd’hui dans les secteurs primaire et secondaire, alors que les activités-vedettes et la vaste majorité des tâches du secteur tertiaire ne sont pas programmées.

Surtout, “ne pas être programmées” est la caractéristique la plus visible de la plupart des activités qui composent le tertiaire et la source de la difficulté le plus sérieuse que pose leur gestion: leur intensité-travail, qui en garde le coût relativement exorbitant, dans une société où tout ce que produisent les machines devient une aubaine. Si l’on met en place des outils pour gérer les activités non-programmées, n’aura-t-on pas les bons outils de gestion du secteur tertiaire ?

Oui… et non. La distinction « programmé/non-programmé » est un critère opérationnel qui peut servir de fil conducteur pour organiser AUJOUR’HUI la production et la distribution des services. Si le tertiaire grandit et tend aujourd’hui à occuper tout l’espace, c’est bien, en effet, parce qu’il regroupe des activités que les machines n’exécutent pas. C’est parce que les machines n’y sont pas que la main-d’oeuvre y est. C’est une lapalissade…

C’est un critère utile, puisqu’on peut, en pratique, cerner assez bien aujourd’hui les activités du tertiaire en utilisant le critère qu’elles ne sont pas programmées. Mais il faut se souvenir, cependant, que ce n’est pas le critère formel de definition que nous voulons et que cette astuce ne vaudra que pour un temps. Ce n’est pas une approche rigoureuse et elle sera de plus en plus trompeuse.

Trompeuse, d’abord, parce que s’il est vrai que la vaste majorité des activités tertiaires ne sont pas programmées, certaines néanmoins le sont déjà ; chaque fois que votre ordinateur exécute vos instructions, c’est bien une activité tertiaire qui est mécaniquement exécutée. Ensuite, parce que ce qui n’est pas programmé aujourd’hui, demain pourra l’être.

Tout ce que l’on peut mécaniser ne l’a pas encore été. L’automation rencontre des obstacles, mais elle les contournera et ne s’arrêtera pas avant bien longtemps. Une activité cessera-t-elle d’être tertiaire du seul fait qu’une machine en prendra charge ?

Et que dire des activités du volet de production des biens tangibles, quand elles atteignent le seuil où elles ne sont plus programmables ? Cessent-elles alors d’appartenir au primaire ou au secondaire ? La faiblesse de nos outils taxinomiques nous créent d’énorme problèmes dont nous parlons ailleurs, n’en ajoutons pas.

Nous avons parlé ailleurs des deux (2) grands axes de l’évolution de la production, qui déterminent; a) le passage du tangible vers l’intangible, quant au produits et b) du programmable vers l’inprogrammable, quant à la façon de produire. Il ne faut pas les confondre. Ne créons pas ici une ambiguité en posant une equivalence entre “tertiaire” et “inprogrammable”.

Ce qui définit l’activité tertiaire, c’est qu’elle n’implique pas la transformation d’un support materiel: c’est le bénéficiaire qui en sort déplacé ou transformé. Des incidences matérielles peuvent accompagner activité tertiaire, mais son objectif est dans l’intangible. On comprend que ce n’est pas le billet, mais le voyage que vend l’agent de voyage…

L’activité tertiaire se définit par sa finalité et, quand elle est atteint son but, son résultat essentiel est dans l’intangible. C’est la SATISFACTION. C’est la recherche de la satisfaction qui est le vrai dénominateur commun à toutes les activités qu’on dit tertaires. L’activité inprogrammable, elle, se définit par son exécution ; c’est celle dont, même si les moyens deviennent disponibles pour l’exécuter avec l’aide d’équipements divers, l’essence ne cessera jamais d’être le talent, la compétence et la bonne volonté de celui qui l’exécute.

Parce que tant d’activités tertiaire sont ou semblent aujourd’hui être inprogrammables et que, simultanément, il semble que presque tout ce qui est inprogrammable vienne se nicher au secteur tertiaire, il est facile de confondre « tertiaire » et « inprogrammable ». Il est bien clair, cependant, que ces termes ne sont pas interchangeables, mais désignent deux caractéristiques bien différentes.

Le tertiaire, comme site de la production d’intangibles visant la satisfaction, est en expansion. Pour l’inprogranmmable, c’est son IMPORTANCE qui est croissante et il accueillra une part croissante des travailleurs, mais il ne faut pas perdre de vue que le nombre et la variété des activités programmées est lui aussi en expansion !

Certaines activités tertiaires peuvent être complètement programmées et certaines composantes de toute activité tertiaire peuvent presque toujours l’être. Pour gérer correctement le secteur tertiaire, il faut comprendre ce phénomène et en prévoir l’évolution. Il faut donc établir clairement la distinction entre tertiaire et inprogrammable.

Il faut mettre en place une structure de gestion du secteur tertiaire qui satisfasse aux exigences de TOUTES les activités du tertiaire, qu’elles soient ou non programmables, qu’elles soient on non programmées.

Pierre JC Allard

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