L’enfer au « paradis »

Le projet TGV Lyon Turin n’en finit pas d’être sur les rails, au grand dam des populations italiennes et françaises.

Quelques opposants se sont réunis le 21 aout 2011 au « Paradis »  site protégé, dans lequel les initiateurs du projet ferroviaire envisagent de déverser des millions de mètres cubes de déblais, issus du percement des tunnels, contenant entre autres de l’amiante et de l’uranium.

En effet, le percement du tunnel de base de 57 km de long génèrerait une énorme quantité de déchets qu’il faudra bien mettre « quelque part ».

Selon Claude Jullien, Président de la FNAUT PACA (fédération nationale des usagers du transport) cela représente 4,5 millions de m3, et il soutient mordicus qu’il n’y aura que très peu d’amiante, 0,1% du volume des roches extraites, et uniquement sur 150 m, et que, s’il juge probable qu’il y aura du radon, il a la solution : «ventiler, ventiler, ventiler».

Il affirme « les Italiens se sont moqués de nous, et cherchaient manifestement à nous faire avaler des couleuvres avec des arguments très contestables. En ce qui concerne l’amiante et l’uranium, l’affaire est entendue (…) quant aux Italiens, il faudra bien que certains meneurs expliquent un jour à leurs troupes qu’ils leurs ont menti, c’est leur problème, mais moi, je ne marche pas». lien (rapport de mars 2006)

Or un tunnel « 2 tubes » de 4 mètres de rayon représente un volume de déblais de 100 000 m3 par kilomètre, le tunnel de base étant long de 57 km, les déblais seraient de 5,7 millions de m3, mais il faut ajouter que les déblais ne se limite pas au tunnel de base : Jacques Burdin, expert en matériaux pour les grands ouvrages, estime à 22 millions de m3 les matières qui seront excavées pour la totalité du projet, et l’ensemble des tunnels. lien

Ajoutons pour faire bonne mesure que le projet comporte nombre de tranchées couvertes, lesquelles produiront aussi des tonnes de remblais à évacuer.

De plus le représentant italien présent à st Jean de Maurienne lors d’un débat  le 5 février dernier, promettait d’enterrer coté italien 82% de la ligne. de qui ferait des déblais supplémentaires.

La totalité des déblais italiens et français, suivant les options retenues, pourraient donc représenter jusqu’à l’équivalent de 8 pyramides de Khéops.

Contrairement à ce qu’affirme C. Jullien, de nombreuses études convergentes confirment la présence d’amiante et d’uranium à l’emplacement du tunnel de base et dans les tunnels italiens.

Lors du percement des galeries de reconnaissance, coté Français, qui entre parenthèses, font partie des études, et non de  du chantier lui-même, (lien) lequel est toujours au point mort, l’entreprise Eiffage, laquelle avait déjà jeté l’éponge en 2004 afin de renégocier son contrat, a reconnu la présence d’un secteur de roche très dure, émaillée d’amiante. lien

En 2007, un bureau d’experts italiens a publié un rapport sur le sujet.

Laurette Piani, aidé  d’Antonio Damiano, et de Paollo Perello, a amené les preuves évidentes de la présence d’amiante en grande quantité dans tout le secteur concerné par le chantier. lien

Avant cette étude, LTF (Lyon Tunnel Ferroviaire)  avait commandé en 2005 un rapport à l’Institut Polytechnique de Turin, lequel avait confirmé grâce à de nombreux échantillons, la présence d’amiante, représentant entre 18 et 85% de l’épaisseur de roche verte dans chaque sondage. Lien (page 75 du rapport).

On est bien loin des 0,1% estimés par C.Jullien.

A la page 70 de ce rapport, le risque de pollution amiantifère est largement décrit.

Chaque année se déroulent dans notre pays « la Fête de la science ».

2005 a été l’occasion pour les promoteurs du projet de prendre quelques positions tranchées lors d’une conférence qui s’est tenue à St Michel de Maurienne. lien

L’un des conférenciers a affirmé sans hésiter qu’il n’y avait « aucun problème avec l’amiante : ce sera dans des quantités très faibles (…) on va avec masque sur le terrain, si le niveau (d’amiante) augmente, on l’arrose…il y a un sas, les déblais sont amenés dans un lac ( !)». lien

Néanmoins, devant les craintes soulevées, LTF a cherché des solutions moins contestables, confirmant ainsi avoir conscience du problème, alors même que, dans son rapport officiel,  la partie concernant le dossier géologique du Lyon-Turin n’évoque ni la présence d’uranium, ni celle  d’amiante, signalant seulement outre les quartzites et les micaschistes, le grès,  la présence de charbon, évoquant des risques d’explosion dues au grisou. lien

Malgré toutes ces études, Gérard Leras, Président à l’époque du Groupe des Verts à la Région Rhône Alpes, affirme n’avoir pas réussi à se procurer le rapport de l’Institut Polytechnique de Turin, et doute donc de la présence d’amiante et d’uranium, alors que ce rapport est public, et de plus consultable sur Internet.

Sur la base d’un seul sondage réalisé sur le site de Seghino di Mompantero, il n’hésite pas a affirmer que « LTF n’a montré aucune trace de matériaux dangereux » lien

Etrange personnage qui accepte, sans la moindre hésitation, les rapports produits dans le cadre d’infrastructures ferroviaires, alors qu’il a toujours mis en doute les rapports de la DDE sur le réseau routier lors de l’autoroute A51.

Mais laissons cet élu dans ses contradictions, d’autant que dans son camp, d’autres opinions se font jour.

Emmanuel Coux, membre d’EELV s’exprime clairement dans cette vidéo contre le projet, ainsi que Thierry Dupassieux (EELV) ( lien) suivi de Noël Communod, conseiller régional EELV qui affirme : « il est temps que nous prenions une nouvelle position » (lien) Benoit Clair, secrétaire régional d’EELV Savoie concluant : « il faut réévaluer les capacités d’utilisation des lignes existantes en les améliorant et en allant au bout de ce que l’on peut faire en terme de capacité ». lien

Quant au radon et à l’uranium, D. Ravagnati expert dans ce domaine, et auteur d’un livre « dépôts uranifères italiens et leurs minéraux », confirme l’existence de cette présence radioactive dans le secteur concerné par le projet. lien

La CRIIRAD signale d’ailleurs des missions de reconnaissance à St Michel de Maurienne. lien

Du coté italien, une société australienne exploite une mine d’uranium au pied des Alpes. lien

Et puis la présence de minerais d’uranium en Maurienne est connue de longue date, (lien) de nombreux spécialistes s’accordant pour dire qu’il y a de nombreux filons d’uranium dans les Alpes, principalement dans le massif du Mont Blanc, de quoi même envisager une exploitation  rentable. lien

J’ai d’ailleurs pu personnellement constater cette présence d’uranium, lors d’une rencontre franco italienne, les NoTav nous ayant invité en compagnie d’une délégation de l’Union Européenne.

Un bloc d’uranium, extrait d’un sondage dans le secteur du tunnel a été mesuré grâce à un compteur Geiger en présence des autorités, associations et presse invités.

Alors afin d’éviter ces difficultés, LTF a envisagé de modifier l’emplacement du tunnel prévu afin de réduire la longueur de traversée de minerais d’uranium ou d’amiante (lien) (page 78 du rapport) admettant implicitement l’existence du problème.

Le choix de LTF est de mettre tous les déblais du tunnel de base dans une ancienne carrière, celle du « Paradis », au col du Mont Cenis.

Cette carrière est un ancien site d’extraction, situé en aval du Barrage du Mont Cenis, dépendant de la commune de Lanslebourg,

Le CBNA (Conservatoire Botanique National Alpin) a réalisé un inventaire botanique très complet et précis sur ce site, et suite à une étude de 1999, 7 espèces botaniques protégées ont été identifiées :

La Saponaire jaune, espèce présente en France uniquement dans ce secteur, la Koelérie du Mont Cenis, la Primevère du Piémont, la Pulsatille de Haller, le Saule à dents courtes, le Saule glauque, et le Saxifrage fausse diapensie.

Les marmottes y sont abondantes, ainsi que le Faucon crécerelle, le Chocard à bec jaune, le Rouge-queue noir, l’Accenteur Alpin, le Circaète Jean le Blanc, le Tarier pâtre, la Bondrée apivore, le Grand Corbeau, le Pipit spioncelle et le Traquet motteux.

Ce site est situé en ZNIEFF de type 1 et en limite du périmètre d’un APPB. lien

D’après l’ingénieur consultant de LTF, Jacques Burdin la quantité de déblais déposés dans cette « carrière » du Paradis serait de l’ordre de 8,5 millions de tonnes.

Pour déplacer ces matériaux, LTF envisage d’utiliser un « tapis roulant géant » allant de la sortie du tunnel jusqu’au site de dépôt, sur le même modèle de ce qui a été fait pour la descenderie de Villarodin-Bourget. lien

On imagine avec stupeur le risque que représenterait cette solution lorsque des vents violents, ou de la pluie, viendraient disperser ces poussières d’amiante et d’uranium dans tout ce secteur magnifique des Alpes.

En 2007, LTF avait envisagé une autre solution : mettre les déblais d’amiante dans des trains spéciaux, et  les envoyer en Allemagne du Nord.( lien) ce qui aurait pu leur déplaire, connaissant leur attachement à la cause environnementale.

Du coté des élus de Maurienne, on s’inquiète à juste titre de ces dépôts de déblais potentiellement dangereux, et la municipalité de Villarodin-Bourget a saisi le Tribunal Administratif de Grenoble « à l’encontre de tout arrêté valant DUP (Déclaration d’Utilité Publique) et défense des intérêts de la commune ». lien

D’autres élus ont protesté en vain. lien et lien

Mais pour Louis Besson, ardent défenseur du projet, avec d’autres élus savoyards, Lyon Turin doit se faire.

C’est, affirme-il « une chance pour l’Europe » sans réaliser que c’est avant tout un drame pour la Maurienne, l’Avant-Pays savoyard, le Nord-Isère, et pour les belles mais étroites vallées italiennes déjà saturées d’infrastructures.

Il veut aussi avoir sa nouvelle gare TGV en plein cœur de Chambéry, et tant pis si 25 milliards d’euros au moins sont gaspillés dans l’affaire.

Avec l’ampleur de la crise financière actuelle, une autre crainte se fait jour : Elle consisterait à penser que la croissance puisse être relancée par des grands chantiers, comme cela a été le cas en Allemagne en 1929, à une époque, ou l’ensemble des grands travaux se faisaient à la pioche, et non pas avec des tunneliers, créateurs de peu d’emplois.

Bien sur les promoteurs du projet agitent la promesse de ces emplois en Maurienne, donnant des chiffres largement exagérés.

Un article du « Dauphiné libéré » annonçait carrément 30 000 emplois, la réalité ayant vraisemblablement un zéro de moins. lien

De plus l’expérience de l’autoroute de Maurienne à démontré que ce type de chantier, suite à la sous-traitance, déplace beaucoup de  main d’œuvre bon marché, laquelle a sa cantine, et ses hébergements en mobil home, n’influant que très peu sur l’économie régionale.

Lors du chantier autoroutier, il y avait entre 1500 et 3500 ouvriers, dont la majorité n’était pas de la main d’œuvre locale.

Il suffit de prendre l’exemple de l’EPR français, où, sur les 3200 emplois, (2500 sur d’autres sources) le ¼ seulement est de la main d’œuvre locale, (lien) 1000 sont de la main d’œuvre étrangère (lien) largement sous payée, exploitée, (lien), travaillant jusqu’à 15 heures par jour (lien) quasi de l’esclavagisme. lien

Comme dit mon vieil ami africain :

« Si tu affirmes sans preuves, on te contrediras, sans preuves aussi »

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L’image illustrant l’article provient de « memoclic.com »

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