Une Allemagne ambiguë

En dépit de leurs déficits, les Etats sont donc priés de ne pas tailler dans leurs dépenses afin de permettre à leurs économies de poursuivre leur timide croissance. Pourtant, quasiment seule à émerger de ce lot, l’Allemagne s’obstine dans la voie inverse – celle de la prudence et de l’austérité fiscales et budgétaires – qui lui réussit tout de même formidablement bien…

Progression de la croissance (attendue à 2% cette année) et diminution du chômage (actuellement de 7.5%) sont effectivement les verbes conjugués au quotidien par un pays qui se paie même le luxe de se fixer un objectif d’équilibre budgétaire sur les six années à venir. En fait, cet objectif est même gravé dans le marbre de sa Constitution puisque cet amendement, qui force ainsi les dirigeants du pays à équilibrer les comptes publics à l’horizon 2016, implique un déficit structurel annuel maximum de 0.35% du P.I.B.!

Nous avons tous quelque chose à apprendre de l’Allemagne, ces statistiques économiques forcent effectivement respect et admiration et ce même pour ceux qui – comme moi – se font les critiques réguliers de son évident manque de solidarité Européenne. Comment fermer les yeux sur l’indice IFO y reflétant le climat de confiance du milieu des affaires publié en fin de semaine dernière et ayant fait un bond à 106.2 pour Juillet contre 101.8 le mois précédent?

La publication de cet IFO, qui recense les conditions et anticipations au sein de 7’000 entreprises du pays, a ainsi autorisé à son Président d’affirmer que « l’Allemagne connaît une atmosphère de fête »! Ce pays renoue aujourd’hui incontestablement avec sa position de pré éminence et de toute puissance économiques un temps estompées par les coûts de sa réunification. Pour autant, comment détourner les yeux de ces divergences grandissantes – et inquiétantes pour l’avenir – entre ce pays en pleine prospérité et les laissés pour compte du rêve Européen qui, pour le moment, se borne à n’être qu’un rêve Allemand?

Performance quasi exclusivement redevable aux exportations (tout récemment encore dopées par la baisse de l’Euro), ces retombées se limiteront à son strict cadre national tant que ce pays ne stimulera pas sa demande intérieure car ces parts de marché supplémentaires conquises par son secteur à l’exportation se traduisent simultanément en pertes sèches pour les pays d’Europe périphérique. Ainsi, au milieu de cet Océan Européen dominé aujourd’hui par la crise et toujours hanté par le spectre pour certains pays du défaut de paiement, l’Allemagne, elle, jouit d’une industrie qui tourne à plein régime sachant que ses travailleurs, ouvriers et salariés sont motivés et exhortés à réduire ou à ajourner leurs vacances afin de produire plus…

Précisément, l’Allemagne contemporaine donne de plus en plus le sentiment désagréable d’un retour en force à une économie dirigée et planifiée.

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