Une économie mondiale planifiée

L’humanité à un moment décisif – 3e partie

« La race humaine est en train de devenir trop pour elle-même et trop pour le monde. » – William Saroyan, citation provenant du livre Mankind at the Turning Point (1974)

Le Club de Rome est un groupe de réflexion de premier plan composé d’environ 100 membres, dont des scientifiques, des philosophes, des conseillers politiques et de nombreux autres personnages qui se cachent dans l’ombre du pouvoir. Cette série d’articles décrit les principales conclusions du livre publié en 1974: Mankind at the Turning Point: The Second Report to The Club of Rome [1]. La première partie décrit leur désir pour le développement d’un système mondial totalitaire présenté sous l’euphémisme d’une société «organique». La deuxième partie décrit la nécessité de créer un nouveau système de valeurs pour assurer l’acceptation du gouvernement mondial à venir. Ce nouveau système de valeurs sera basé sur «une conscience du monde».

Mankind at the Turning Point a utilisé un modèle informatique absurde basé sur des facteurs exponentiels du système mondial dans une tentative de cacher leurs conclusions prédéterminées derrière le voile de la science. L’un des principaux scénarios élaborés par le modèle fut une analyse des prix du pétrole. Ce fut un choix évident en raison de l’importance du pétrole pour l’économie mondiale et de la crise du pétrole du Moyen-Orient qui a débuté l’année précédente (1973). La conclusion de cette analyse est qu’un prix optimal existe pour le pétrole. Un prix trop élevé favoriserait le développement d’alternatives et entraînerait des pertes à long terme pour les pays exportateurs. Un prix trop bas encouragerait l’utilisation abusive et l’épuisement des ressources qui se traduirait par des pertes à long terme du pays importateurs qui n’auraient pas suffisamment de temps pour développer des alternatives. Par conséquent, il existerait un prix «optimal» du pétrole et la seule façon de l’obtenir serait par la coopération. Naturellement, un prix optimal pourrait exister pour tous les produits et la seule façon d’obtenir ces prix passerait par une économie mondiale planifiée. Après tout, une économie planifiée fonctionnait si bien dans l’Union soviétique, pourquoi ne pas l’étendre au reste du monde?

Tiré de Mankind at the Turning Point:

«La conclusion ne s’applique pas uniquement au pétrole, mais à l’ensemble des ressources limitées – la nourriture, les engrais, le cuivre et ainsi de suite. La gamme de prix «la plus bénéfique» et le taux d’augmentation appropriée diffèrent pour chaque produit, mais un niveau optimal existe pour tous et doit être déterminé, puis à l’échelle globale, maintenu par tous les participants du système mondial – si nous voulons éviter les crises économiques récurrentes dues à des contraintes de ressources. » [Souligné par l’auteur] – 100

«En effet, rien de moins qu’une intégration complète de toutes les couches, à partir des valeurs individuelles en passant par l’écologie et les ressources minérales – et ce, à l’échelle mondiale – suffira pour apporter une solution aux crises alimentaires mondiales … » [Souligné par l’auteur] – 87

La redistribution de l’Industrie

Insatisfait de la maîtrise des prix des ressources, le rapport souligne également la nécessité d’une redistribution planifiée de l’industrie à travers le monde, en particulier en Asie du Sud.

«Le cinquième scénario – le seul moyen pour éviter une catastrophe sans précédent en Asie du Sud – requiert l’émergence d’un nouvel ordre économique mondial. La diversification industrielle devra être mondiale et soigneusement planifiée avec une attention particulière à la spécificité régionale. L’utilisation la plus efficace du travail et du capital, ainsi que la disponibilité des ressources, devront être évaluées sur une base globale et à long terme. Un tel système ne peut pas être laissée à la merci des intérêts nationaux étroits, mais doit s’appuyer sur des arrangements économiques mondiaux de longue portée… Mais la pression exercée sur la capacité de production alimentaire mondiale serait moindre si les habitudes alimentaires dans la partie riche du monde changeaient, en gaspillant moins.  » [Souligné par l’auteur] – 127

Système mondial d’allocation des ressources

Une économie planifiée entraînerait un gouvernement central puissant avec le pouvoir d’affecter des ressources à des régions qu’il décrèterait les plus méritants.

«Le moment est venu d’élaborer un plan directeur pour une croissance organique durable et le développement mondial fondé sur la répartition globale de l’ensemble des ressources limitées et d’un nouveau système économique mondial. Dans dix ou vingt ans d’ici, il sera probablement trop tard…»[Souligné par l’auteur] – 69

«La solution de ces crises ne peut être développée que dans un contexte mondial, avec une reconnaissance complète et explicite du système mondial émergeant et sur une base à long terme. Cela nécessiterait, entre autres changements, un nouvel ordre économique mondial et un système d’allocation des ressources mondiales.» [Souligné par l’auteur] – 143

Les horreurs de ce système proposé devrait être évidentes pour quiconque, mais pour ceux qui ne peuvent imaginer, voici une citation de L’impact des sciences sur la société (The Impact of Science on Society [2]) écrit par Bertrand Russell, qui était également un partisan d’un gouvernement mondial. La citation ci-dessous met en évidence l’un des avantages – selon Russell – d’un tel système d’allocation mondial.

«Pour faire face à ce problème [croissance de la population et diminution de l’approvisionnement alimentaire], il sera nécessaire de trouver des moyens de prévenir une augmentation de la population mondiale. Si cela doit être fait autrement que par des guerres, la peste et les famines, cela demandera une autorité internationale puissante. Cette autorité devrait distribuer la nourriture mondiale aux diverses nations en proportion de leur population au moment de la mise en place de l’autorité en question. Si par la suite une nation augmente sa population, elle ne devrait pas recevoir plus de nourriture. Le motif de ne pas augmenter la population serait donc très convaincant. La méthode préférée d’empêcher une augmentation devrait être laissée à la discrétion de chaque État.» – 124

[1] Citation de Mihajlo Mesarovic et Eduard Pestel, Mankind at the Turning Point: The Second Report to The Club of Rome (1974). ISBN 0-525-03945-7

[2] Citation de Bertrand Russell, The Impact of Science on Society (1952). ISBN 0-415-10906-X

* Texte basé sur le matériel original de Brent Jessop : « Mankind at the Turning Point, Part 3 – A Planned World Economy »

Traduction par François Marginean

8 pensées sur “Une économie mondiale planifiée

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    24 août 2010 à 0 12 58 08588
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    Un autre pavé dans la mare. Et pour la bonne cause. Votre excellent article me rappelle – latissimo sensu – ce débat sur un gouvernement central intangible dans le cadre de l’Union européenne et des conséquences qui en découlaient, notamment le transnationalisme. Merci

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    24 août 2010 à 1 01 31 08318
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    On parle de la même volonté de centraliser le pouvoir entre les mains de ceux qui disent vouloir créer un pouvoir central anti-démocratique.

    Merci de votre passage.

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    24 août 2010 à 1 01 33 08338
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    On se rend compte rapidement que lorsque l’équilibre est « planifié » par l’homme, un monde invivable en résulte.

    De plus, l’homme n’est pas capable de planification équilibrée; et tout système, établit pour défendre « l’ensemble », fini par détruire, successivement, chacun des individus composant ce système.

    André Lefebvre

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    24 août 2010 à 1 01 41 08418
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    Quel commentaire, André! La nature sait s’équilibrer, mais ses système sont si compliqué que lorsque l’homme tente de le faire, il finit dans la majorité des cas par tout dérégler! Votre observation est juste!

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    24 août 2010 à 15 03 53 08538
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    Bon article qui parle de sujet peut parler dans les médias!

    Le problème fondamental du Club de Rome, avec le WWF derrière et toutes les grosses pontes de l’oligarchie financière et de transnationales, de Conrad Black, à McGeorge Bundy, Rio Tinto, David Weil de Lazard, Oppenheimer de la Anglo-American, etc. (voir liste http://www.isgp.eu/organisations/1001_Club_members_list.htm ), c’est que fondamentalement, ils ont une idéologie malthusienne, réduisant l’homme à un simple animal, qui se reproduirait plus rapidement que les ressources disponibles, qui serait fixes et limitées pour l’éternité(1). Et bien sûr, ces messieurs à la peau blanche voient d’un très mauvais œil le développement de l’Afrique et l’Asie, comme Russel le mentionne d’ailleurs, car ils pensent qu’ils consommeraient toutes les ressources disponibles. Ils oublient que chaque bébé qui nait est non seulement une bouche à nourrir, mais aussi un réservoir de créativité, unique à l’homme dans nos connaissances actuelles, qui puisse un jour, comme Marie Curie et Einstein, découvrir un nouveau principe scientifique qui permet d’utilisé de nouvelles ressources jusqu’alors inexploitées ou mieux utilisées celles qu’on utilise déjà. Une rivière ne pouvait fournir de l’électricité il y a 400 ans, car on ne connaissait pas l’électricité; de même, les roches d’Uraniums ou de Thorium ne pouvaient fournir de l’énergie, car certains pensaient comme Newton, de manière erronée, que l’univers se composait d’atomes indivisibles, alors que Curie et Einstein montrèrent que l’atome était non seulement divisible, mais que matière était aussi énergie, ouvrant dans un premier temps la fission nucléaire et espérons bientôt la fusion nucléaire comme par l’ITER ou encore plus prometteur, par laser (voir le vidéo de Jean Robieux http://www.fusion-nucleaire.tv/ ), laser prévu par Einstein en 1917 et inventé il y a seulement 60 ans! Exemple d’erreur du club de Rome, il prédisait que vu l’augmentation des lignes téléphoniques en cuivre, cette matière s’épuiserait dans les trente ans… On inventa la fibre optique…
    Manque d’eau potable, comme dans le Moyen-Orient? Nous ne sommes pas des singes qui doivent se laisser mourir s’il manque d’eau ou chercher un autre lieu pour vivre. L’humanité totale touche à moins de 0.3% de l’eau sur la Terre! Ah, 97% de l’eau est salées direz-vous? On peut la dessaler; cela demande de l’énergie certes, mais la fission nucléaire peut le faire et avec la fusion sera encore mieux. Ça coûte cher? Mais combien coûte la guerre de tous contre tous à la HG Wells pour les ressources limitées? L’homme peut détruire la nature, mais peut aussi la transformer positivement en reverdissant les déserts (eh oui, la nature est loin d’être en équilibre fixe, ce qui aujourd’hui est désert du Sahara, hier était forêt luxuriante) au lieu de mettre des panneaux solaires inefficaces… Et réellement, ce n’est pas si cher, voir les trillions dépensés pour sauver Wall Street…

    Mais les terres pour l’agriculture sont forcément limités direz-vous, on ne peut pas en inventer… Combien peut d’imagination vous avez, n’avez-vous jamais observé les orchidées? Les racines poussent dans l’air… le lien? et bien, pour ceux qui pensent que les recherches spatiales ne servent à rien, apprenez donc qu’on se pencha sur la question de savoir comment faire pousser des plantes dans l’espace où on ne peut amener de la terre vue les coûts, on développa l’agriculture aéroponique, plus productive au m2 que l’agriculture traditionnelle, utilisant 90% moins d’eau, n’ayant aucun des inconvénients de l’hydro culture avec les parasites, etc. Bientôt on pourra réellement faire des agrovilles!! Et vlan, la théorie de Ricardo aux poubelles et la diminution de rendement; Henry C.Carey avait raison, la vraie valeur de l’agriculture n’est pas dans le sol, mais dans le travail que l’homme y met, ou plutôt dans le travail et l’invention que l’homme y met! Voir http://www.aeroponic.it/eventi.asp ou dans Wiki, voir Aeroponic, anglais le plus développé.

    Et manquera d’autres ressources? Bon sang! levez les yeux aux ciels et arrêter de penser petit comme un p’tit québécois née pour un p’tit pain : l’espace mes amis, voilà une aventure passionnante pour la nature et l’humanité!

    D’accord avec vous que ‘planning’ central n’est très bon, surtout quand va contre les États-Nations pour aller dans les mains d’une petite élite impériale, surtout si brime la créativité scientifique de l’homme et applique l’apartheid technologique aux pays pauvres sous prétexte qu’il manquera de ressources, mais non plus la poursuite des intérêts égoïstes de l’homme n’est des plus efficaces… (ie BP). On n’a qu’a voir le problème des forêts en Russie où en 2006 on a décentralisé et privatisé sa gestion… exactement ce que veut faire Sarkozy en Fr en démantelant l’Office Nationale des forêts. J’imagine que le meilleur se trouve entre les deux, l’impulsion de l’intérêt privée, seulement si elles coïncident avec l’intérêt public.

    ah oui… déjà long, mais ça n’existe pas l’équilibre fixe dans la nature comme certaine écolos peu scientifique le disent., elle tout le dans un déséquilibre dynamique. Voir l’excellent livre de Goerge Rossi du CNRS (2). De même de la théorie néo-classique d’économie qui emprunta son concept d’équilibre des marchés à la physique des années 1880s, aujourd’hui complètement dépassée, comme devrait l’être celle du néolibéralisme…

    (1) Chase, Allan. The Legacy of Malthus : The Social Costs of the New Scientific Racism. 1st ed. New York: Knopf : distributed by Random House, 1977.

    (2) Georges Rossi, L’ingérence écologique – environnement et développement rural du nord au sud, CNRS Editions, 2000, 2003 – ISBN 2-271-05794-9

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    24 août 2010 à 17 05 08 08088
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    @ Paul Rebelais

    Je vous suggère de vous inscrire au site, Ce qui prend peu de temps et évitera que vos commentaires,e restent en attente le temps d’une modération automatique qui en votre cas ne sera plus nécessaire dàs que vous serez inscrit

    Votre éditeur

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    24 août 2010 à 19 07 29 08298
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    « …mais ça n’existe pas l’équilibre fixe dans la nature comme certaine écolos peu scientifique le disent.,  »

    Vous avez parfaitement raison. L’évolution est tout simplement une recherche d’équilibre plus poussé. Ce qui signifie qu’il n’y a jamais équilibre parfait.

    Lorsque celui-ci sera atteint, l’évolution cessera; et on se rend compte, en regardant ce qui se passe autour de nous, que demain n’est pas la veille! 😉

    Amicalement

    André Lefebvre

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    25 août 2010 à 0 12 13 08138
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    @Paul Rabelais

    Décidément, nous sommes choyés! Voilà un autre superbe commentaire qui est porteur d’espoir pour l’humanité. Je suis tout à fait d’accord avec vous. Utilisons notre pouvoir créatif et notre imagination. C’est notre plus grande et plus belle capacité en tant qu’être humain. Si nous utilisions tout cet argent dépenser à détruire, à faire la guerre, bref l’argent militaire à des fins de recherches pacifiques, je suis CERTAIN que nous trouverions plusieurs solutions rapidement à plusieurs de nos problèmes actuels.

    C’est un problème de VOLONTÉ auquel nous faisons présentement face mondialement.

    Mais les gens s’éveillent et les choses vont changer plus vite qu’on le pense.

    Merci!

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