Une histoire de deux théories de l’exploitation (1ere partie)

 

Dans un article précédent, j’ai déjà effleuré la théorie marxiste de l’exploitation. Aujourd’hui j’aimerais l’opposer à une théorie alternative, celle de l’école autrichienne d’économie. Comme vous verrez, et vous en serez peut-être étonnés, les deux théories ont un tronc commun. Là où elles divergent est sur la nature des exploitants et des exploités. J’entends vous exposer la théorie marxiste et ses failles dans la première partie et la théorie autrichienne dans la seconde.

Commençons donc par le noyau de la croyance marxiste:

  • « L’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes ». Selon Marx, C’est l’histoire de la lutte entre une classe dirigeante relativement restreinte et une classe d’exploités plus large. L’exploitation est économique. La classe dirigeante exproprie une partie de la production des exploités, une « plus-value ».
  • La classe dirigeant est unie par son intérêt commun de poursuivre sa domination. Elle n’abandonne jamais délibérément son pouvoir et ne peut être délogée que par la lutte qui dépend de la conscience de classe des exploités. C’est-à-dire à quel point les exploités son conscient de leur sort et sont unis avec les autres membres de leur classe en opposition à leur exploitation
  • La domination de classe se manifeste, dans les termes marxistes par des « relations de productions » particulières. Pour protéger ces relations, la classe dirigeante forme et dirige l’État comme appareil de coercition. L’État impose une structure de classe et favorise la création et l’entretien d’une superstructure idéologique destinée à fournir une légitimité à cette structure de domination de classe.
  • A l’intérieur, le processus de concurrence au sein de la classe dirigeante engendre la tendance à une concentration et à une centralisation croissantes. Un système polycentrique d’exploitation est progressivement remplacé par un système oligarchique ou monopolistique. De moins en moins de centres d’exploitation demeurent en fonction, et ceux qui restent sont de plus en plus intégrés dans un ordre hiérarchique. A l’extérieur, c’est-à-dire vis-à-vis du système international, ce processus interne de centralisation conduira (avec d’autant plus d’intensité qu’il sera plus avancé) à desguerres impérialistes entre États et à l’expansion territoriale de la domination exploiteuse.
  • Finalement, la centralisation et l’expansion de la domination exploiteuse se rapprochant progressivement de sa limite ultime de domination mondiale, la domination de classe sera de moins en moins compatible avec le développement et l’amélioration ultérieures des « forces productives ». La stagnation économique et les crises deviennent de plus en plus caractéristiques et créent les « conditions objectives » pour l’émergence d’une conscience de classe révolutionnaire chez les exploités. La situation devient mûre pour l’établissement d’une société sans classes, le « dépérissement de l’Etat », le remplacement du « gouvernement des hommes par l’administration des choses », et ilen résulte une incroyable prospérité.

Ces thèses sont parfaitement justifiables, mais malheureusement, elles sont déduite d’une théorie de l’exploitation qui est absurde. Pour Marx, des systèmes pré-capitalistes tels que l’esclavagisme et la féodalité sont caractérisés par l’exploitation. Ça va de soit. Évidemment, l’esclave n’est pas le propriétaire de son propre corps es se voit exproprié de tous les fruits de son labeur au profit de son maitre qui le lui fournit que sa subsistance et le seigneur féodal, en s’appropriant de terres qui ont été défrichées par les serfs par simple attribution royale, profite sur le dos des paysans. Il n’y a aucun doute qu’il s’agit d’exploitation et que l’esclavage et la féodalité entravent le développement des forces productives. Ni l’esclave, ni le serf ne produiraient autant qu’ils ne le feraient en l’absence d’esclavage ou de servage.

Par ailleurs, Marx maintient que rien n’est changé dans un système capitaliste. C’est à dire, si l’esclave devient un travailleur libre ou que le paysan décide de cultiver une terre qu’un autre a été le premier à développer et paie un loyer en échange du droit de le faire. C’est vrai que dans le chapitre 24 de Das Kapital, Marx démontre que la plus grande part de la propriété capitaliste initiale provient du pillage, de l’accaparement des terres et de la conquête; et dans le chapitre 25 il décrit le rôle de la force et de la violence dans l’exportation du capitalisme au Tiers-monde. C’est essentiellement correct, et dans la mesure où ça l’est, je ne nierai pas le caractère exploiteur de ce capitalisme là.

Ce que Marx omet de mentionner, à travers son récit propre à inciter l’indignation du lecteur, est que même un capitalisme où l’appropriation originelle du capital serait la résultante de la première mise en valeur (ou homesteading, en anglais), du travail et de l’épargne; serait tout autant exploiteur. Comment est-ce exploiteur? Selon Marx, le capitaliste paie un certain montant d’argent en matières premières et en salaires pour produire un bien qu’il revend pour un montant supérieur, dégageant un profit, ou une « plus-value » qui est prélevée des salaires des prolétaires. En d’autre termes, le capitaliste paie l’équivalent de trois jours de travail au salarié alors qu’il en a travaillé cinq et s’approprie le reste. Donc, selon Marx, il y a exploitation.

Où est la faille dans cette analyse? Elle réside dans la raison pourquoi une travailleur libre accepterait ce genre d’arrangement. C’est parce que le salaire qui lui est payé représente une valeur actuelle, alors que les biens produits représentent une valeur future et que le salarié considère qu’un montant d’argent maintenant a plus de valeur que le même montant plus tard. Après tout, un salarié pourrait décider d’être travailleur autonome et ainsi récupérer la valeur totale de son produit, mais ça impliquerait bien entendu qu’il devra attendre que ce produit soit fabriqué et vendu avant de le récolter. Ça implique également qu’il devra aussi, avant de récolter les fruits de son labeur, payer pour les différents outils et matériaux nécessaires à la production. Accepter un salaire lui permet de vendre son travail, sans avoir à investir dans les autres facteurs de productions et sans avoir à attendre que le produit soit fini et vendu. Il préfère donc recevoir ce montant plus petit, en échange de ces avantages.

À l’opposé, pourquoi un capitaliste investirait-il dans une ligne de production, s’il ne retirait pas une valeur supérieure au montant investit? Pourquoi se priverait-il de ce montant pendant toute la période de production, alors qu’il pourrait tout aussi bien l’utiliser pour sa propre consommation? S’il doit payer les salaires des travailleurs maintenant, il faut que ça lui rapporte quelque part dans le futur, sinon pourquoi le ferait-il? Ceci fait aussi abstraction du fait que le capitaliste doit aussi fournir les autres facteurs nécessaires à la production, et que par conséquent, le travail du salarié ne pourrait compter que pour une fraction du produit final, puisque s’il travaillait à son propre compte, il devrait également assumer ces coûts.

Ce qui ne fonctionne pas dans la théorie marxiste de l’exploitation est qu’elle ne reconnait pas le phénomène de la préférence temporelle dans l’action humaine. Le fait que le travailleur ne reçoive pas la « pleine valeur » de son travaille n’a rien à voir avec l’exploitation, mais découle du fait qu’on ne peut pas échanger des biens futurs contre des biens présents sans payer une escompte. La relation entre le salarié et le capitaliste, contrairement à celle de l’esclave et de son maitre, n’est pas antagoniste, elle est plutôt symbiotique dans la mesure où chacun y tire un avantage. Le travailleur préférant recevoir un certain montant maintenant, alors que le capitaliste préfère la promesse d’un plus gros montant dans le futur.

Il va sans dire que si la théorie de l’exploitation marxiste est fausse dans son identification des exploiteurs et de la nature même de la méthode d’exploitation, toute les idées qui en découlent pour mettre fin à cette exploitation sont essentiellement incorrectes également. La semaine prochaine, je vous présenterai ce que les économistes autrichiens considèrent comme l’interprétation correcte de l’exploitation qui prévaut dans la société.

5 pensées sur “Une histoire de deux théories de l’exploitation (1ere partie)

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    22 avril 2011 à 8 08 25 04254
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    Le capitalisme de marx, est né avec l’usine et est mort avec l’automatisation totale de la production et des services

    C’est à dire que c’était faux dès le départ, ca n’a pas durée, ce n’est pas un système durable : l’exploitation du bétail humain

    Que faites vous des humains dès lors que leur travail est inutile ?

    L’humain ne vaut meme pas la balle pour le tuer !

    https://singularite.wordpress.com

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      22 avril 2011 à 8 08 27 04274
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      Aucun des capitalismes n’est la solution

      OUBLIEZ TOUT DE LA VALEUR, ET DE LA VALEUR TRAVAIL

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        24 avril 2011 à 7 07 52 04524
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        Philippe David est débile. Rien à faire avec cet imbécile.

        Je vais re-démontrer, encore une fois, aux yeux de tous ses lecteurs, qu’il y a un rapport d’exploitation entre le prolétaire et le bourgeois.

        Et facilement en plus…

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    23 avril 2011 à 17 05 22 04224
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    Je reprends ici le commentaire que j’ai fait sur le même article sur les 7 du Québec. Je souligne que les 7 sont un petit site sur lequel on émet des idées qui sont reprises ici sur Cent Papiers. C’est sur CentPapiers que vous aurez un vrai débat ( il ya 32 commentaires sur cet article sur les « 7 »

    =========== ( Commentaire pjca)

    Je ‘ai pas la même interprétation que Marx non plus et, surtout, je crois que la notion de classe perd son sens dès qu’on passe a une économie tertiaire. Mais pour ça, j’invite tout le monde a lire mon site au complet… sans trop avoir d’attentes qu’on le fera de mon vivant 🙂 .

    Sur le point précis discuté ici, toutefois, je pense que la « préférence temporelle » prend un tout autre sens, quand on comprend que, dans une société d’abondance, le capital investi a besoin de produire encore plus que le consommateur n’a besoin de consommer le produit !

    Voyez comment fonctionne maintenant la distribution et les ventes en bas du prix de revient ! La « préférence temporelle » peut prendre une valeur négative. Il faut en tenir compte en analysant l’exploitation.

    L’exploitation, a mon avis, va bientot disparaitre. On revient aux valeurs sures: l’extorsion ( au palier des matieres premieres) et la fraude (par le systeme monétaire).

    Pierre JC Allard

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    24 avril 2011 à 10 10 02 04024
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    «J’entends vous exposer la théorie marxiste et ses failles dans la première partie et la théorie autrichienne dans la seconde.»

    J’entends essayer vous voulez dire…

    «Commençons donc par le noyau de la croyance marxiste:»

    Ce n’est pas une croyance, mais une observation, d’où la différence entre le matérialisme et l’idéalisme, qui celui-là, vous afflige. Vous êtes le croyant, et les marxistes se content d’observer des faits, se cumulant et donnant naissance eux-mêmes, à des théories d’observation, et non des théories fumistes élaborées dans un isoloir telles que celles vomîtes par les p’tits pédants du Réseau Libârté Québec, faisant eux, fi des faits, des constatations et de diverses ratées de leur système capitaliste si chéri.

    «Ces thèses sont parfaitement justifiables, mais malheureusement, elles sont déduite d’une théorie de l’exploitation qui est absurde. Pour Marx, des systèmes pré-capitalistes tels que l’esclavagisme et la féodalité sont caractérisés par l’exploitation.»

    Cela n’a rien d’absurde, quand on regarde par exemple, le contexte précédant la révolution bourgeoise. Cette révolution a en effet octroyé des divins droits à des parties de la population qui déjà, se manifestaient en tant que privilégiés par le système précédant. On peut y déceler un gain pour une partie de la population seulement, et un semblant de changement pour le reste de la population, qui sera dite «libre d’entreprendre» elle aussi, faisant là fi du fait qu’il faille d’abord et préalablement détenir du capital pour ce.

    Mais les capitalistes sont totalitaires, alors…

    «Où est la faille dans cette analyse? Elle réside dans la raison pourquoi une travailleur libre accepterait ce genre d’arrangement. C’est parce que le salaire qui lui est payé représente une valeur actuelle, alors que les biens produits représentent une valeur future et que le salarié considère qu’un montant d’argent maintenant a plus de valeur que le même montant plus tard.»

    Ce n’est pas là, une faille. Au contraire, il vient ajouter à l’argumentaire de Marx, que le travailleur a besoin d’une valeur actuelle, pour subvenir à ses besoins.

    Donc, le travailleur n’est pas si libre que cela, il doit travailler pour obtenir, non pas une valeur ajoutée à son travail, mais ce dont il a besoin pour subvenir à ses besoins ou ceux de sa famille.

    Le travailleur «libre» accepte cet arrangement, sur les modalités de son exploitation bien existante ne vous en déplaise, parce qu’il n’a d’autre choix que de le faire, parce qu’il n’est pas dans la condition préalablement requise pour «entreprendre librement». Car nous le savons désormais, toutes et tous n’ont pas les mêmes conditions, parce que toutes et tous n’ont pas non plus, les mêmes conditionnements. Ils n’ont donc pas toutes et tous la même valeur de force de travail à offrir, pour diverses raisons éloquentes, qui semblent dépasser votre faible capacité à réfléchir.

    Et tout ce qui distingue l’exploitant de l’exploité, dans ce modèle économique, c’est précisément le taux de richesse préalablement nécessaire à l’entreprenariat des uns face aux autres. Moi par exemple, j’ai de très bonnes idées d’entreprise, que je ne soumettrai jamais à des banquiers soucieux d’y faire leurs profits au passage soit dit en passant, mais pour avancer ces idées et les mettre en pratique, c’est pourtant ce que je devrais faire, parce que je ne possède pas le capital nécessaire à l’élaboration de mes idées qui est malheureusement dans ce système capitaliste, un pré-requis.

    Bref, vous simplifiez le rapport entre l’exploitant et l’exploité à; Un des deux veut son «nanan» tout de suite, sans délais. Or, vous omettez de préciser vous-même que, des deux, l’un a ce besoin criant d’user de ces capitaux sans délais, de sorte qu’il puisse manger, boire, etc.. Et de l’autre côté, vous avez l’investisseur qui n’a pas ce souci, de trouver de quoi manger ou boire, etc..

    Ce n’est pas naïvement que vous agissez de sorte que vous tentez de dissimuler le rapport d’exploitation sous de faux jugements que vous portez contre les uns, pressés de «flamber» leur capitaux, contre d’autres, «soucieux de les faire fructifier». C’est en réalité, deux possibilités qui s’affrontent, parce que ces deux différentes réalités existent et qu’elles sont contradictoires, en effet.

    Bref, l’exploitation du prolétaire par le bourgeois demeure une réalité, bien que les deux classes n’aient pas les mêmes priorités. Quand on baigne dans le fric petit pédant, on ne se soucie pas de savoir ce qu’on mangera demain. Le prolétaire, lui, n’a pas l’insouciance de faire fructifier son capital, mais bel et bien une obligation de manger, de boire et de vivre. Vous pourrez toujours accuser les uns d’être nuls en calcul, et d’être trop bêtes pour faire fructifier leurs capitaux de départ, mais la réalité est que ces deux classes n’ont pas les mêmes obligations de départ non plus, et que toutes et tous n’ont pas les préalables requis, comme un conditionnement à la comptabilité par exemple, ou comme un conditionnement qui réveillerait chez eux, une soif de faire fructifier des capitaux au nom de dogmes entretenus par les mieux nantis d’u système dont les dés sont pipés par eux, et pour eux.

    «Après tout, un salarié pourrait décider d’être travailleur autonome et ainsi récupérer la valeur totale de son produit, mais ça impliquerait bien entendu qu’il devra attendre que ce produit soit fabriqué et vendu avant de le récolter.»

    Et ça impliquera surtout, qu’il devra en avoir assez pour l’investir, sans souffrir de famine ou de soif. Or, toutes et tous n’ont pas ce préalable requis. Et vous en faites et en en faisant fi, vous tombez dans le totalitarisme.

    Et par ailleurs, tout ce que vous dites jusque là ne dissout en rien l’observation faite par Karl Marx, quant à l’exploitation des uns par les autres, quant à l’exploitation du labeur des prolétaires par les bourgeois, détenteurs des moyens de production par lesquels ils exploitent précisément ce labeur.

    Car après tout, ce rapport a bel et bien lieu! Que vous aimiez cette observation ou non.

    «Ça implique également qu’il devra aussi, avant de récolter les fruits de son labeur, payer pour les différents outils et matériaux nécessaires à la production.»

    Ce qui n’est précisément pas possible, puisque le capital de départ de chacun diffère, selon les conditions de chacun, issues elles, des conditionnements de ces chacun. Bref, toutes et tous ne peuvent pas s’approprier les moyens de production, ceux qui permettent la fructification de la valeur des capitaux investis, parce qu’à la base, toutes et tous n’ont pas le même départ, parce qu’entre autre, ce système économique est loin de répartir la richesse. Toutes et tous n’ont donc pas le capital préalablement nécessaire à cet investissement, à cette «libre entreprise». Bien au contraire, et Marx l’observait déjà dans son époque, les moyens de production permettent de concentrer chez ses détenteurs, la richesse créée par les prolétaires y étant exploités de leur labeur. Il y a donc concentration de la richesse au sein de la minorité apte à se payer des moyens de production, par lesquels celle-ci pourra ensuite exploiter le labeur d’autrui, recueillant là, une part des capitaux fructifiés par la conjugaison de la force de travail des prolétaires et les outils nécessaires, ces moyens de production. Bref, l’exploitation s’explique elle-même, entre autre, par l’exploitation.

    Ce que Marx observait jadis il y a près de deux siècles, on l’observe encore aujourd’hui, chez les divers propriétaires des grands moyens de production. Quand un clown, sur le labeur de ses acrobates qui prennent des risques à sa place, peut se payer des voyages dans le Cosmos, y a de quoi être en mesure de parler de concentration de la richesse au sein du propriétaire de l’entreprise…

    «Accepter un salaire lui permet de vendre son travail, sans avoir à investir dans les autres facteurs de productions et sans avoir à attendre que le produit soit fini et vendu. Il préfère donc recevoir ce montant plus petit, en échange de ces avantages.»

    C’est vous qui dites qu’il «préfère». Pas lui.

    Autrement dit, ça donne ceci : Le prolétaire n’a donc pas le choix, faute d’absence de capital préalablement nécessaire à l’entreprenariat, de se soumettre au diktat de ceux qui possèdent le capital nécessaire pour s’approprier ces moyens de production, qui viendront, conjugués à sa force de travail, faire fructifier le capital investi par ce lui qui en avait préalablement les moyens nécessaires.

    Bref, plutôt que de constater que celui qui n’a pas les moyens d’investir se refuse carrément à l’investissement, les marxistes observent qu’il n’en a tout simplement pas les conditions nécessaires, faute de conditionnements forts différents de ceux qui en ont les moyens. C’est précisément là toute la différence entre vous et nous. Vous croyez que le prolétariat préfère se languir sans sa pauvreté, alors que nous observons, nous marxistes, qu’il n’a d’autre choix que de se faire exploiter, faute de pouvoir exploiter via un investissement de capitaux qu’il ne détient tout simplement pas.

    Donc, selon monsieur David, c’est parce que je veux mon «nanan» tout de suite que je n’entreprends pas, et non pas, parce que je n’ai pas ce capital à investir. C’est pathétique et bel et bien digne d’un capitaliste borné et croyant à son affaire, comme un apôtre de Raël croit aux balivernes de ce dernier.

    Et néanmoins toute cette explication, qui en vaut selon moi le détour, le rapport d’exploitation entre la classe prolétaire et la bourgeoisie résiste aux débilités proférées par monsieur David. Tout ce qu’il indique, en vérité, c’est que la vache exploitée pour son lait préfère sa traite que de traire ses semblables, parce qu’elle préfère ne rien faire. Or, la vache n’est pas capable de traire les autres vaches, mais n’en est pas moins exploitée par celui qui tire profit de sa propre traite. Le rapport d’exploitation existe donc bel et bien, même si les capitalistes s’en moquent éperdument, et même s’ils résument cette exploitation au désir de l’exploité de ne pas en faire plus que ce qui est nécessaire.

    Et ajoutons sur ce, que le prolétaire exploité de père en fils, n’a d’autre conditionnement que celui-là alors que les fils de riches, comme monsieur David, sont très jeunes soumis à des conditionnements tout autres, visant à leur céder une approche différente face au capital, une approche mercantile.

    Mais en rien ici, monsieur David ne peut nier le rapport d’exploitation. Tout ce qu’il pourra prouver au bout du compte, c’est que le prolétaire accepte de se faire exploiter, et qu’il est lui-même négociateur des modalités lui étant imposées via son exploitation.

    Karl Marx avait donc raison d’observer une exploitation entre ces deux classes que sont les prolétaires et les bourgeois.

    «À l’opposé, pourquoi un capitaliste investirait-il dans une ligne de production, s’il ne retirait pas une valeur supérieure au montant investit?»

    Voilà! Toujours l’«opposé»! Jamais d’observation! Monsieur David se fiche éperdument de comprendre comment les capitaux se concentrent au sein d’une minorité, il se contente de voir les intérêts des uns face à ceux des autres. Or, dans un système capitaliste, le capital se concentrera toujours au sein de cette minorité qui possède les moyens d’exploiter le labeur d’autrui.

    Et ici, M. David ne nie pas le rapport d’exploitation, mais l’excuse par la soif de profit des mieux nantis, qui «peuvent entreprendre». Et de sorte, il qualifie ceux qui n’ont d’autre choix que de se faire exploiter pour en tirer un capital nécessaire à leurs besoins primaires, de paresseux tant intellectuels que physiques. Or, nous, marxistes, observons que toutes et tous dans le prolétariat n’ont pas les préalables nécessaires à l’entreprenariat et qu’en de tels cas, la main des mieux nantis est toujours requise, et elle y gagne toujours.

    Par exemple, un prolétaire ayant les moyens d’étudier en la matière de gestion, et ayant assez de courage pour aller quémander des capitaux aux banques en guise d’investissement de départ, fera néanmoins, justement, appel à la bourgeoisie, qui celle-ci, tirera profit des intérêts sur le prêt qu’elle concédera au prolétaire. Bref, ce capital de départ est indéniablement nécessaire, voire indispensable à l’élaboration des moyens de production par lesquels l’exploitation du labeur d’autrui devient possible et potentielle.

    Dans un système capitaliste, divisé en classes et où les richesses ne sont pas réparties, le capitaliste aura certainement l’attitude répertoriée et normalisée par les «Philippe David» de ce monde, ne se contentant ceux-là, que d’excuser l’inexcusable, dans un monde où les contradictions ne cessent de se multiplier. Il aura donc, certes, intérêts à exploiter son prochain, par lequel (conjugué aux moyens de production dont il aura fait l’acquisition via un capital préalablement nécessaire…) il obtiendra fructification des capitaux qu’il investira, et qu’il investira parce qu’il possédera à tout de moins, en guise de condition préalable à l’entreprenariat.

    Et d’emblée, notons que monsieur David tente de donner un caractère «normal» au fait que le capitaliste fasse inévitablement des profits sur ce qu’il investit. Or, dans ce constat pseudo-scientifique, M. David omet de préciser que le capitaliste est issu de conditionnements, qui expliquent sa condition, préalablement nécessaire, celle-ci, à l’entreprenariat.

    Autrement dit, M. David ne fait même pas le constat qu’une mauvaise répartition des richesses est à l’origine du «capitaliste», et il ne fait que reconnaître le dû de son investissement, en parfait totalitariste qu’il se fait.

    «Pourquoi se priverait-il de ce montant pendant toute la période de production, alors qu’il pourrait tout aussi bien l’utiliser pour sa propre consommation? S’il doit payer les salaires des travailleurs maintenant, il faut que ça lui rapporte quelque part dans le futur, sinon pourquoi le ferait-il?»

    La suite de sa diatribe n’est que la reconnaissance du droit du capitaliste de parasiter la vie et le labeur des autres, parce que le «capitaliste» en a les moyens. Tout bonnement. Ce n’est bref, rien d’autre que d’affirmations, d’autant plus qu’il n’est pas en mesure de reconnaître les faits, dont par exemple, celui qui explique l’enrichissement d’une minorité au sein de cette société capitaliste.

    Et ce faisant, reconnaissant le droit des capitalistes de faire des profits, il reconnait sans le «reconnaître», ironiquement, le droit d’exploiter le labeur d’autrui. C’est pathétique et pitoyable, pour un type qui se tuait à nier l’existence d’un rapport d’exploitation entre les prolétaires et les bourgeois. Tout ce qu’il est en mesure d’affirmer ici, c’est que l’exploité est consentant, bien qu’exploité pour de «bonnes causes», celle de l’enrichissement personnel de la minorité parasitaire bourgeoise. Cré Philippe David!

    «Ceci fait aussi abstraction du fait que le capitaliste doit aussi fournir les autres facteurs nécessaires à la production, et que par conséquent, le travail du salarié ne pourrait compter que pour une fraction du produit final, puisque s’il travaillait à son propre compte, il devrait également assumer ces coûts.»

    En fait, ces coûts seraient inexistants dans une société socialiste. Ces coûts sont en réalité sous le capitalisme, le boulet des salariés. Leurs chaînes. La dette nationale l’est également, puisque nous sommes à même de constater que personne au monde ne rembourses ces foutues dettes qu’on nous épingle en guise couperet.

    La réalité évidente, c’est que le bourgeois investit parce qu’il a le capital nécessaire pour ce et que le salarié se salarie parce qu’il n’a aucun autre choix que de se faire exploiter son travail pour subvenir à ses besoins dignement, humblement.

    Et d’autant plus que, cela nous coûterait moins cher collectivement, de se donner des moyens de production, que d’attendre après le bourgeois apte à investir, parce que ce dernier a le «nanan» quémandé et que les conditions d’exploitation de son prolétariat le satisfassent. Nous en sommes devenus à la remorque de ceux que monsieur David reconnait comme méritants de nos labeurs, de nos maladies et de nos divers besoins. Pour les «Philippe David», il ne faut surtout pas remettre en question leur mérite, il faut au contraire reconnaître leur légitimité, en remerciant leurs investissements dans notre asservissement. Pathétique.

    La réalité, c’est que c’est le système capitaliste qui concède aux capitalistes les richesses créées par les salariés, et le système dépend ensuite de ces mêmes, où le capital s’est entassé indéniablement via un système qui ne visait rien de moins. Bref, les capitalistes riches de capitaux pillés sur le labeur d’autrui deviennent de facto les seuls potentiels acteurs du capitalisme, une pièce de théâtre écrite pour eux, et surtout, par eux.

    De toute façon, 1 + 1 = 2. Qui peut donc entreprendre, sauf celui qui en a les moyens? Et en cela, c’est une reconnaissance que seuls les capitalistes peuvent «nous sauver»…, dans CE SYSTÈME!

    Ainsi, plutôt que d’observer que Péladeau a exploité tellement le labeur d’autrui que cela lui donne les capitaux nécessaires à l’entreprenariat, il faudrait selon monsieur David le remercier de ses investissements, sans se demander d’où ses capitaux sont issus. M. David et ses amis capitalistes voudraient qu’on soit aussi bêtes que dans l’époque «duplessiste», mais ce n’est pas le cas, et ça ne risque plus d’être le cas pour bien des années je crois.

    Les capitalistes ne sont pas nos sauveurs, au contraire. Ce sont nos exploitants et monsieur David est un de leurs laquais. C’est pourquoi il voit en eux, des sauveurs, des investisseurs de nos sociétés, plutôt que des profiteurs étant les seuls potentiels investisseurs de nos sociétés, dans le système économique appelé le capitalisme.

    On patauge ici en plein totalitarisme.

    «Ce qui ne fonctionne pas dans la théorie marxiste de l’exploitation est qu’elle ne reconnait pas le phénomène de la préférence temporelle dans l’action humaine. Le fait que le travailleur ne reçoive pas la « pleine valeur » de son travaille n’a rien à voir avec l’exploitation, mais découle du fait qu’on ne peut pas échanger des biens futurs contre des biens présents sans payer une escompte. La relation entre le salarié et le capitaliste, contrairement à celle de l’esclave et de son maitre, n’est pas antagoniste, elle est plutôt symbiotique dans la mesure où chacun y tire un avantage. Le travailleur préférant recevoir un certain montant maintenant, alors que le capitaliste préfère la promesse d’un plus gros montant dans le futur.»

    Foutaises.

    Et le capitaliste n’en est pas moins un exploitant du labeur des prolétaires, qu’il exploite via le profit qu’il dégage de leur labeur, conjugué à des moyens de production qui ne sont accessibles qu’à ceux qui détiennent préalablement le capital nécessaire à cet investissement, qui n’a rien de pacotille, dans un monde capitaliste où les richesses ne sont pas réparties selon les mérites.

    Le travailleur salarié a des besoins immédiats, alors que le mieux nanti répond déjà à ses besoins immédiats, en plus d’avoir un surplus au point de pouvoir en investir une bonne part. Elle est là, la différence. Les conditions de chacun sont différentes, en fonction de leurs conditionnements. Un fils de riche aura autant plus de chance de pouvoir investir un capital préalablement nécessaire à ce, que le fils d’ouvrier dont ce dernier a de la misère à faire joindre les deux bouts avec un salaire, par exemple, de crève-faim.

    Et rien ici, au contraire, ne vient démentir les observations de Karl Marx, sur l’exploitation du labeur des prolétaires par les capitalistes, qui usent des moyens de production qu’ils ont pu acquérir via une possibilité financière de le faire, pour tirer profit du labeur d’autrui.

    Monsieur David nous explique qu’il y a des pommes (bourgeois ou mieux nantis du système) par terre, et qu’il faille conjuguer avec elles, plutôt que de se demander d’où elles proviennent et d’observer autour, s’il n’y a pas un pommier dans les parages (système capitaliste).

    Philippe David est totalitaire et voudrait qu’on le soit avec lui. Alors en chœur, disons-lui que le prolétariat a assez donné et qu’il a assez faire vivre les parasites qu’il entend ici défendre.

    «Il va sans dire que si la théorie de l’exploitation marxiste est fausse dans son identification des exploiteurs et de la nature même de la méthode d’exploitation, toute les idées qui en découlent pour mettre fin à cette exploitation sont essentiellement incorrectes également. La semaine prochaine, je vous présenterai ce que les économistes autrichiens considèrent comme l’interprétation correcte de l’exploitation qui prévaut dans la société.»

    Le problème, c’est que votre observation ne fait aucun sens, et qu’elle ne vise qu’à émettre une bonne opinion des mieux nantis, sans expliquer d’où provient leur enrichissement. Bref, vous faites tout ce que vous savez faire pour arguer dans le sens de votre modèle d’exploitation des masses au profit de la minorité parasitaire que vous défendez ici bec et ongles, du totalitarisme.

    1- Il y a un rapport d’exploitation entre salariés et employeurs et vous êtes incapable de l’infirmer.

    2- Il y a un enrichissement chez les propriétaires des moyens de production, issu de l’exploitation du labeur et des besoins d’autrui et vous êtes incapable de l’infirmer.

    3- Il y a un système expliquant la répartition maladroite des richesses sur cette Terre appelé «capitalisme», qui explique que seule une minorité de gens peuvent devenir les acteurs potentiels de ce même système, dépendant évidemment du capital comme une voiture dépend du carburant à essence.

    4- Bien que vous arriviez à démontrer que le prolétaire soit en partie consentant de sa propre exploitation, vous n’arrivez pas et n’arriverez jamais à nier cette exploitation, laquelle explique entre autre, toujours plus de concentration de la richesse au sein d’une minorité parasitaire, la bourgeoisie.

    Et dernièrement, cette couche pleine est aussi pertinente que l’ensemble des œuvres de Richard Martineau ou d’Éric Duhaime, ce nostalgique d’Augusto Pinochet et ce participant à l’occupation illégale de l’Irak, dans le but d’enrichir d’avantage les grosses pétrolières qui le font vivre.

    Et pour achever le tout, vous êtes aux mamelles de la minorité parasitaire bourgeoise ce que vous dites que les «BS» sont aux mamelles de l’État!

    No Parasan!

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