UNE morale et des millions de religions

 

PIERRE JC ALLARD  J’ai parlé la semaine dernière de l’urgence qu’apparaisse dans le monde une nouvelle morale qui tienne compte, entre autres, des vertus essentielles  « collectives » que sont devenues la solidarité et la tolérance,  mais sans sauter dans les bras des religions et encor moins tomber entre leurs mains… Est-ce possible ?… rappelons d’abord précisément la distinction a faire.

D’abord, l’éthique et la morale. Tout individu a des valeurs.  Ces valeurs sont les critères qui déterminent les décisions qu’il prend et donc les gestes  qu’il pose.  C’est cette combinaison unique de valeurs qui lui confére  son identité  et fait de lui une « personne » , avec sa propre « culture » différente de toutes les autres et peu ou prou distincte de la culture de référence à laquelle il dira et/ou on dira qu’il appartient.

Qu’il ait été affublé de ces valeurs par son éducation, ou que ce soit son expérience  qui l’ait conduit à les faire siennes, chacun veut voir son éthique  comme un tout bien  structuré. On ne peut pas, sans perdre la raison, se soustraire beaucoup ni lontemps à la contrainte de garder à sa propre éthique une cohérence interne.

On ne peut  pas vraiment TRICHER avec ce qu’on perçoit de sa propre éthique, car elle semble s’imposer,  as plus qu’on ne peut facilement se convaincre que ce que l’on voit n’existe pas. Mais on peut PÉCHER hardiment contre sa propre éthique, chacun pouvant s’en accommoder.

Quand on vit en société, un consensus peut donc s’établir sur une morale qui reflétera ce que l’on est tous d’accord pour respecter et que devra refléter la loi. Chacun sera un peu en porte à faux, mais le résultat sera un compromis  fonctionnel. Entre gens de même culture de référence, on peut y arriver.   UNE morale et une seule, en Occident, est un but raisonnable à atteindre.

Et la religion ?  La religion commence là où finit la raison.  Elle n’est pas soumise  à la  contrainte d’une cohérence interne, car elle s’appuie sur la foi. La religion, nous l’avons dit, met la foi au dessus de la raison et supprime donc la seule autorité qui pourrait arbitrer les  conflits entre croyants.  Pour cette raison, elle est un obstacle a l’évolution harmonieuse de toute société qui n’est pas composée de croyants d’un même religion.

Si la religion a ce travers, pourquoi même parler ici de religion ?  Parce qu’avoir une morale ne garantit pas qu’on la respectera.  L’individu, que ça nous plaise ou non, a prouvé au cours de l’Histoire qu’il avait besoin d’un modèle de rétribution du bien par la récompense et du mal par le châtiment ajoutant a celui visible un autre dans l’au-dela qui puisse pallier les insuffisances du premier.

Si l’individu en est empêché, c’est son éthique qui en souffre et nous avons, comme aujourd’hui, une société amorale où dominent progressivement les éléments immoraux. La « vertu pour la vertu » n’est pas un scénario, gagnant, si ce n’est pour une toute petite minorité … Le Stoïcisme n’a pas été une solution satisfaisante à la déchéance des dieux du pantheon romain…  La plebe est allé en masse vers Mithra et Jésus, qui promettaient une rétribution.

Le régime soviétique n’a pas maintenu longtemps non plus le dévouement à un monde meilleur de « lendemains qui chanten »t.  Quand on fait disparaitre cette fameuse « pie in the sky » dont se moquait les marxistes, on s’apercoit vite qu’entre deux « tartes sur la terre » tout le monde prend la plus grosse, la moins chère… et la plus facile a prendre.

Dans la situation présente, alors que notre  survie comme société dépend de l’avénement d’une nouvelle morale, pouvons nous penser que nous ferons l’économie de l’éclosion d’une nouvelle ferveur religieuse. ? Je ne le crois pas.  Sans la foi en « autre chose » – qui justifiera les notions de générosité et de paix en y accolant la promesse d’une récompense au-delà  du cours de cette vie – ils seront bien peu  nombreux à accepter de sacrifier une parcelle de celle-ci par simple respect du bien et amour des autres.

Est-ce à dire que nous devions attendre qu’une nouvelle religion conquérante déferle sur le monde, celle des Islamistes, des Fondamentalistes américains, ou de l’une ou l’autre des petites sectes qui, en ces temps d’Internet, pourraient prendre le « marché de la foi » au prix de quelques miracles et oraisons ?

Je pense, au contraire, que cette montée d’un fanatisme qui trouverait comme d’habitude son plein développement et donc toute sa malice dans une alliance étroite avec le pouvoir politique civil, peut être  contrariée.  Elle peut l’être par un effort pour que s’établisse  une morale universelle qui ne s’appuiera pas sur UNE foi et UNE religion, mais sur une myriade de croyances.. Autant de croyance, qu’il y a de croyants, chacun ayant  la sienne en ce qu’il voudra et y trouvant l’espoir – ou la menace – d’une retribution de ses œuvres.

Dieu ne peut-il pas avoir, pour ceux qui veulent le trouver, autant de facettes que peut en prendre leur foi ?  Or, ce Dieu que chacun bâtirait a son image serait le parfait « juge équitable » dont l’être humsin semble avoir besoin, pour que chacun puisse chosir de faire le bien plutôt que le mal sans se sentir floué.

Le danger des religions, c’est leur masse, vite critique, et l’énergie qu’elles peuvent canaliser dans toute direction, bonne ou mauvaise, au gré des caprices  de quelques individus.  La foi ne disparaîtra pas, ni le besoin d’un sens à cette vie,  prenant la forme d’une rétribution attendue.

Quand chaque croyant est littéralement un « libre penseur », toutefois, le danger disparaît.  Quand coexistent des milliers de religions, Il ne reste de significatif qu’un accord sur une morale qui fait consensus et dont tout dogmatisme a été extirpé.  C’est la grâce à se souhaiter.  Amen..

 

 

11 pensées sur “UNE morale et des millions de religions

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    29 octobre 2012 à 3 03 37 103710
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    Entièrement d’accord avec tout cet article. Merci.

    « Quand chaque croyant est littéralement un « libre penseur », toutefois, le danger disparaît. »

    C’est ce qu’on qualifie « d’Anarchie » parce que cela épouvante ceux qui refusent d’assumer leur pensée.

    Amicalement

    Elie l’Artiste

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    29 octobre 2012 à 9 09 08 100810
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    Une réflexion plus qu’intéressante qui ouvre des avenues par lesquelles les gens de bonne foi peuvent trouver un terrain fertile de convergence. Je me permets d’y ajouter une ou deux observations relatives aux liens pouvant ou non exister entre la foi, la religion et la raison.

    L’auteur précise que « La religion commence là où finit la raison. Elle n’est pas soumise à la contrainte d’une cohérence interne, car elle s’appuie sur la foi. » Il est évident qu’une telle affirmation repose sur la compréhension que l’auteur se fait de la religion, de la foi et de la raison. À introduire quelques variantes dans cette compréhension, nous pourrions en arriver à une conclusion différente.

    Si je dis, par exemple, que la foi et la religion peuvent être aux antipodes l’une de l’autre et que la raison doit être en toutes circonstances en mesure de se retrouver même dans ce qui lui apparaît un mystère. Un jour, j’ai réalisé que ma foi, plus elle s’imposait à ma vie, moins elle faisait de moi un être religieux et plus j’y retrouvais, dans cette foi, un prolongement de la raison.

    Lorsque ma foi, celle qui me lie au Nazaréen, m’incite à tout faire pour que la vérité, la justice, la solidarité, la compassion, la bonté deviennent réalité, je me retrouve en pleine complicité avec toutes les personnes de bonne volonté qui oeuvrent dans la même direction. Lorsque ma raison se retrouve sans issu devant les contradictions qui divisent le monde et qu’elle constate que les puissances, disposant de toutes les armes, aux ambitions de conquête sans limites, ne désisteront pas de leurs projets par eux-mêmes, que peut-elle trouver comme réponse?? Projeter l’intervention de forces de la nature ou celle d’êtres supérieurs plus puissants ne va pas contre la raison, mais lui ouvre des perspectives qui lui permettent de s’y retrouver.

    Pour me résumer, la foi et la raison doivent se complémenter de la même manière que les conclusions de l’exégète doivent s’ajuster aux conclusions de la science. Dans mon cas, je considère ma foi comme un complément tout à fait compatible avec ma raison.

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    29 octobre 2012 à 9 09 38 103810
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    Une réflexion plus qu’intéressante qui ouvre des avenues par lesquelles les gens de bonne foi peuvent trouver un terrain fertile de convergence. Je me permets d’y ajouter une ou deux observations relatives aux liens pouvant ou non exister entre la foi, la religion et la raison.

    L’auteur précise que « La religion commence là où finit la raison. Elle n’est pas soumise à la contrainte d’une cohérence interne, car elle s’appuie sur la foi. » Il est évident qu’une telle affirmation repose sur la compréhension que l’auteur se fait de la religion, de la foi et de la raison. À introduire quelques variantes dans cette compréhension, nous pourrions en arriver à une conclusion différente.

    Si je dis, par exemple, que la foi et la religion peuvent être aux antipodes l’une de l’autre et que la raison doit être en toutes circonstances en mesure de se retrouver même dans ce qui lui apparaît un mystère. Un jour, j’ai réalisé que ma foi, plus elle s’imposait à ma vie, moins elle faisait de moi un être religieux et plus j’y retrouvais, dans cette foi, un prolongement de la raison .

    Lorsque ma foi, celle qui me lie au Nazaréen, m’incite à tout faire pour que la vérité, la justice, la solidarité, la compassion, la bonté deviennent réalité, je me retrouve en pleine complicité avec toutes les personnes de bonne volonté qui oeuvrent dans la même direction.

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    29 octobre 2012 à 9 09 43 104310
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    @ Oscar

    Vous dites: « La foi et la raison doivent se compléter » Oui. « Prestet fides supplementum… »

    J’ai dit:  » La religion commence là où finit la raison « . Je devrais plutôt dire, en effet, que « la FOI commence là où finit la raison » Puisque nous avons tous les jours le spectacle de religions qui ne reposent plus sur la foi – c’est même leur manifeste destinée – et que pouvoir utiliser la foi hors du cadre d’une religion est EXACTEMENT ce que cet article propose.

    Vous voyez combien il serait utile que vous ne vous limitiez pas à des observations, mais que vous écriviez des articles sur cette question. D’ici un an, je crois qu’on parlera beaucoup de ce sujet.

    Pierre JC

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    30 octobre 2012 à 10 10 57 105710
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    Mot général à l’ensemble des Québequois, j’ose croire que personne de vous ou de votre famille n’aura à souffrir de la tempête qui se dirige vers vous.

    Soyez assuré de toute notre surveillance et amitiés les plus sincéres.

    Bien à vous tous,

    Le Panda

    Patrick Juan

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    30 octobre 2012 à 11 11 30 103010
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    @PJCA Je me permets de partager avec vous une analogie qui, pour le moment, représente bien ma compréhension de la foi en relation avec la raison. Je parle bien de la foi et non de la religion.

    Que diriez-vous si je vous disais que la foi est à la raison ce que le télescope est à la vision (oeil) ? Lorsque l’oeil aura atteint toute sa capacité de vision, le télescope ne sera plus nécessaire. Il en va de même avec la foi qui ne sera plus nécessaire lorsque la raison aura atteint toutes les limites des connaissances.

    Disons qu’il s’agit d’une analogie qui cadre bien avec ce que je pense. (I)

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    31 octobre 2012 à 10 10 22 102210
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    Bonjour, Pierre.

    Article très intéressant. Pour autant, je n’affirmerais pas que « la religion commence là où finit la raison » car je pense que les choses sont moins tranchées que cela. Certes, on peut écrire cela à propos des grands dogmes fondateurs, directement en rapport avec la foi des fidèles. Mais une religion n’est pas constituée que de cela : elle promeut également des règles de vie dont beaucoup ne manquent pas de bon sens et sont précisément fondées sur l’observation raisonnable de l’existant. Bref, les religions sont, à mes yeux, des objets intellectuels plus ou moins hybrides selon leur canons.

    Sur un autre plan, je remarquais il y a quelques jours (ou semaines, le temps passe si vite !) que les gourous (ou prophètes si l’on préfère ce terme) de la plupart des religions sont à l’origine du succès de celles-ci et des dogmes surl lesquels elles s’appuient. Cela vaut aussi bien pour Jésus que pour Mahomet ou Ron Hubbard ou encore John Smith. Amusant, non ? Et demain, qui sera le prochain dont la secte « réussira » ? John Doe ?

    Cordialement.

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    31 octobre 2012 à 12 12 40 104010
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    @ Fergus

    Je confessais 🙂 a Oscar, dans un commentaire précédent, que ce n’est pas la religion, mais la foi, qui commence là où finit la raison. (« Il faut se méfier des littéraires en politique »…)

    « ll promeut également des règles de vie dont beaucoup ne manquent pas de bon sens ».

    Oui, le but de ma présente série d’articles est d’inciter à un émondage qui enlèvera les bondieuseries et les dogmes, pour ne laisser qu’un tronc commun de ces règles de bons sens qui pourraient devenir une éthique universelle consensuelle,

    PJCA

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      2 novembre 2012 à 0 12 14 111411
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      « Oui, le but de ma présente série d’articles est d’inciter à un émondage qui enlèvera les bondieuseries et les dogmes, pour ne laisser qu’un tronc commun de ces règles de bons sens qui pourraient devenir une éthique universelle consensuelle, »

      J’espère qu’un jour, les gens cesseront d’être des « croyants groupés » et souvent imposer « une vérité ». La source de bien des guerres.
      Alors, dans un consensus réellement « terrestre », pourquoi ne pas choisir une morale et des règles de conduites et laisser à chacun sa « foi » dans une spiritualité?
      Tout cela est dû aux mauvaises interprétations des écrits des sages dans leur message spirituel mais également de conduite en société.
      Chaque religion a son « bon » tronc. Mais qui donc suit les enseignements de la conduite humaines si simple au fond, que l’on retrouve partout?

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    2 novembre 2012 à 23 11 24 112411
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    @ GP

    « pourquoi ne pas choisir une morale et des règles de conduites et laisser à chacun sa « foi » dans une spiritualité?

    OUI. dans mon artcle de dimanche le 4, qui conclura cette série, je suggérereai une façom concrète d’en arriver à ce résultat

    Pierre JC

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