Une société égalitaire

PIERRE JC ALLARD Cet article m’a été suggéré par un commentaire sur un article de Robert Bibeau, dans lequel un intervenant réclamant plus d’égalité se demandait si « la classe ouvrière renverserait le système impérialiste de reproduction élargie« .

Comme je suis de ceux qui réclament une meilleure distribution de la richesse – dans mon article de la semaine dernière sur ce site en particulier –  je me suis senti interpellé….

J’ai commencé  à concocter une réponse… De fil en aiguille j’ai pondu ce texte… puis j’ai pensé qu’il valait mieux en faire cet article plutôt qu’un trop long commentaire

La classe ouvrière ?  Je crois qu’elle n’existe simplement plus. Ou, pour le dire autrement, je crois qu’elle s’est dissoute dans autre chose.  Quelque chose de plus vaste qui tient le même rôle que tenait la classe ouvrière, – être exploitée par le 0,00001% de la population qui possède tout – mais qui n’est plus effectivement une « classe », car des facteurs identifiants autres que l’exploitation y ont pris une telle importance, que la solidarité « positive » découlant d’un sentiment d’appartenance  à une « classe » n’y existe plus.

Oh, bien sûr, dans ce « quelque chose de plus vaste » (qui regroupe tout le monde sauf le 0,00001 %  de vrais possédants ! )  il subsiste une possibilité de collaboration ponctuelle,  naissant d’un commun sentiment de victimisation.  Une  entente suffisante pour aller conduire ensemble des charrettes à la guillotine…  Mais il ne reste pas de solidarité POSITIVE sur laquelle on pourrait bâtir les assises d’un nouveau système social.

Il n’y a plus aujourd’hui de « classes », dans le sens d’unités discrètes d’individus en commune affinité sur le plan professionnel et économique. La réalité d’une économie tertiaire, c’est que les travailleur, n’étant plus interchangeables, ne se voient plus comme une classe, mais comme une longue théorie de petites fourmis, chacune se croyant subtilement différente, plus méritoire, souvent  supérieure aux autres.

Avec l’appartenance, la solidarité de classe est aussi disparue. Il prévaut maintenant entre travailleurs un individualisme bien affirmé, voire antagonistique, qui rend plus facile l’exploitation de tous, par ceux qui en profitent puisqu’ils peuvent mettre en place la version définitive du « divide ut imperat » classique.  ll va donc falloir faire « table rase » de la notion marxiste de « classes ».

Décourageant ? Oui… et non.  OUI ou NON

OUI, – désespérant – si on pense à l’équité et à la justice dans l’abstrait et en termes relatifs, car, si nous continuons à trouver notre plaisir à nous comparer et a nous vouloir mieux que les « Jones », nos voisins d’en face…. l’avenir sera bien triste.

En effet, le risque est grand que, prenant mieux conscience des limitations de la nature humaine et des contraintes que celles-ci nous imposent, nous cherchions alors à trouver un sens à la vie dans une infinie hiérarchisation. Loin d’aller vers un réduction des inégalités économiques et sociales, nous prendrons plaisir à les exacerber, les fourmis jouissant de « trouver les cirons trop petits »

Mais décourageant, NON, si nous supposons que renonçant à cette rivalité morbide issue d’une période où, dans l’humanité en pénurie, la lutte pour la vie était une réalité quotidienne, nous prendrons conscience de l’ABONDANCE que nous a apportée l’industrie puis l’automation. En ce cas,  Il n’y aura pas de désespérance, au contraire.

L’humain qui prend conscience de l’abondance ne perd pas toute agressivité, car  « hiérarchiser » est dans sa nature – et un aspect de sa danse rituelle de séduction-accouplement ! – mais l’aspect factice de la rivalité pour « posséder des choses » dans un monde d’abondance lui apparaît.

Il  voit que même soi-disant « pauvre », il vit mieux qu’un pacha et plus riche que Crésus. Il comprend qu’en termes absolus – et non relatifs – il va vers la satisfaction croissante de ses désirs et que l’écart RÉEL se rétrécit NÉCESSAIREMENT entre ce que la vie lui offre à lui et à son « exploiteur »

Nécessairement ?  Oui, car une consommation de masse est le corollaire de cette production de masse qu’a permise la machine et qui a permis la richesse. C’est ce qu’on produit en masse qui nous enrichit et on ne produit en masse que des choses qu’on peut consommer en masse.

On va donc vers des consommations REELLE équivalentes. Égalitaires. On peut satisfaire la vanité des riches en jouant sur la griffe et le label, mais c’est un simulacre.  Si  Dupont paye 5 000 $ pour une bouteille de Chateau Petrus, il n’en sortira pas plus d’ivresse que Dupond son voisin qui boira le gros rouge qui tache…  C’est un conditionnement qui leur fera croire à tous deux que le premier a eu des milliers de fois plus le second. On est dans le subjectif.

Totalement subjectif et on comprend que cette « inégalité » est artificielle. Un enfant, ou celui qui n’a pas été conditionné, ne s’en sentira pas lésé. Au-dela d’un certain seuil – assez bas – richesse et pauvreté ne divergent plus, mais en termes de consommation réelle convergent.  Le bien-être réel plafonne vite. On se ne distingue plus qu’au palier des illusions qui gratifient et qui motivent… Quand on parle d’enrichissement, c’est le plafond de richesse RÉELLE, qu’il faut viser et une société devient égalitaire dans la mesure où elle l’atteint.

La planete produit dejà bien assez  – environ USD$ 7000 par tête – pour les besoins essentiels de tous.  Le seuil de bien-être est atteint. Il ne s’agir plus  tant de s’enrichir que de prendre conscience que la richesse.  Ne pas croire que les riches enlèvent le pain des pauvres. Il y en a amplement pour tous.   Contrairement aux mythes diffusés, d’ailleurs, les matières premières sont encore surabondantes. Nous pourrions produire deux ou trois fois plus sans effort… Ce n’est simplement pas nécessaire.  Je reviendrai sur les concept de d’insatisfactions programmée et de simplicité volontaire.

Si nous sommes riches, d’où vient la pauvreté ? Les seules variables vraiment importantes  aujourd’hui  sont le travail… et les obstacles au travail créés par les jeux de la spéculation, La spéculation est un jeu pervers pour amuser les riches.  Les obstacles au travail sont des décisions politiques.  La pauvreté est une décision politique.

Pour une société égalitaire, il faut viser le plafond de la richesse réelle qui se mesure en satisfaction.  Ce qui en excède est du domaine d’un jeu dont vient tout le mal. Toute richesse qui excède de ce plafond des désirs réels a satisfaire n’a qu’une valeur vaine d’ostentation, à la Veblen… ou une valeur malsaine de POUVOIR injustifié.

Pour l’ostentation on a luxe futile qui n’est qu’illusion. Il ne coute rien et motive bien… Quant au pouvoir, ce ne sont pas des décisions économiques, mais politiques qui vont rétablir l’équilibre. On est à prendre ces décisions.  Posséder 10, 100. ou 1 000 milliards a désormais si peu d’importance que Bille Gates et les autres milliardaires se défont de leur argent… ayant mis à l’abri autrement le pouvoir qui s’y rattachait..  Nous en parlerons aussi une autre fois.

Ici, le message est que la marche vers la société égalitaire passe par la fin d’une lutte obsessionnele contre les inégalités qui ne mettent pas en cause le vrai bien-être: elles se résoudront d’un trait de plume au moment opportun. Il faut concentrer sur l’atteinte d’une égalité au seuil de satisfaction des besoins réels.  Cette satisfaction universelle est à portée de main. Seul nous interdit d’y accéder le jeu pervers de la « richesse pour rire ». C’est à ce jeu qu’il faut mettre fin. À tout prix.
Pierre JC Allard

 

Une pensée sur “Une société égalitaire

  • avatar
    1 octobre 2012 à 3 03 26 102610
    Permalink

    (Y)

    Les camarades Bibeau et Laurendeau m’ont bien préparé pour comprendre votre texte qui traduit bien ma pensée.

    « Seul nous interdit d’y accéder le jeu pervers de la « richesse pour rire ». C’est à ce jeu qu’il faut mettre fin. À tout prix. »

    Le mot est lâché :pervers ;-(

    Beaucoup se sont fait prendre par les « fleurs du mal. » Le retour en arrière est trop gros pour passer le chat de l’aiguille.

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