Une société tertiaire

Dès que des gens s’assemblent, on a une société. Quand ils s’assemblent, ils peuvent avoir un projet commun et ils DOIVENT partager certaines valeurs, mais ce qui nous intéresse ici, alors que nous parlons production, c’est qu’ils mettent aussi alors a profit leurs complémentarités et s’échangent des biens et services. Une société constitue, pour chaque sociétaire, une machine à rendre des services et un vaste souk. Il peut tendre la main et on lui donnera – ou on lui vendra – les biens et services que cette société peut offrir.

Ces biens et services sont les extrants de la production sous toutes ses formes, laquelle est traditionnellement divisée en trois « secteurs » : primaire, secondaire et tertiaire. Les biens sont dit primaires si c’est la nature qui nous les offre, secondaires s’ils sont produits par transformation de ces biens que nous offre la nature. Si, plutôt qu’un quelconque support matériel, c’est le bénéficiaire du service lui-même, ses circonstances ou son environnement qui sont transformés par le travail accompli, on parle de « services ». C’est le secteur tertiaire.

Nous avons dit, dans la section « Production: les biens », que le secteur secondaire était au coeur de la société, dite justement « industrielle » ; c’est dans le secteur tertiaire, au contraire, que se jouera le sort de la société postindustrielle qui est maintenant à se mettre en place. En deux siècles, environ, l’industrialisation a apporté l’abondance en biens matériels aux sociétés qui en ont profité. Cette abondance acquise, c’est de services que l’on a besoin.

Une société dont l’industrie a acquis la capacité – sinon toujours la bonne volonté – de produire pour satisfaire tous les besoins et les désirs légitimes de ses membres devient une société postindustrielle et est nécessairement une société d’économie tertiaire : une société où l’activité économique principale et prioritaire entre sociétaires n’est plus l’échange de biens, mais de services.

Les échanges de services liés au secteur tertiaire doivent, par définition,constituer l’activité économique principale d’une société post-industrielle ; les activités qu’on identifie au secteur tertiaire sont désormais les seules qui prolifèrent et le tertiaire tend à occuper une importance sans cesse croissante dans l’économie. Que se passe-t-il quand une économie devient ainsi « tertiaire » ?

Dans une économie tertiaire, une toute nouvelle dynamique se crée entre les sociétaires. L’individu, comme agent économique, demeure un travailleur et un consommateur, mais il doit apprendre à travailler autrement. À obtenir autrement, aussi, ce qu’il consomme, puisque cette nouvelle façon de travailler modifie le rapport de forces entre eux des sociétaires dans l’exercice par chacun de son double rôle de producteur et de consommateur.

Les paramètres de fonctionnement d’une économie tertiaire doivent tenir compte de ce nouveau rapport de forces, de même que de son impact sur la relation entre l’individu et la société et donc entre l’État et les citoyens. C’est en fonction du secteur tertiaire qu’une société postindustrielle s’organise.

Ce sont les services qu’une société peut mettre à la disposition de ses membres qui constituent le meilleur indicateur de son développement, ce sont la quantité et la qualité des services qu’on y consomme qui sont les meilleurs indicateurs de sa richesse et c’est l’universalité de l’accès à ces services qui est le meilleur signe de son évolution sociale et de la solidarité qui y prévaut.

Dans une société postindustrielle, cette primauté du secteur tertiaire est si écrasante, que cette gestion du secteur tertiaire y devient indissociable de la gestion de la société elle-même, laquelle on peut dès lors définir comme une « société tertiaire », de la même façon que l’essor de l’industrie avait donné naissance à sa propre société éponyme. Nous sommes en phase terminale de cette transformation de notre société industrielle en société tertiaire.

Le constat de la primauté du secteur tertiaire est d’une grande importance, car le modèle de gestion qui convient à une société tertiaire et que propose une Nouvelle Société n’est applicable que dans une société où ce secteur est accepté comme prioritaire. Si l’on tente d’adopter cette structure avant qu’une société ne se soit enrichie et ne soit devenue spontanément « tertiaire », on ne réussit qu’à créer un fonctionnariat pléthorique et à provoquer l’exode des cerveaux, symptômes de ces transformations ratées que l’on voit dans les pays sous-développés.

Dans les quatorze (14) premiers textes de cette section nous parlerons de l’économie tertiaire elle-même. Nous verrons comment la prépondérance du tertiaire constitue un élément-clef de l’évolution de notre société, détermine une nouvelle problématique du travail et de la consommation, exige un nouvel encadrement sociétal et impose que l’on confie un nouveau rôle à l’État.

Nous verrons d’abord comment il en résulte une nouvelle problématique de la production et de la distribution des services qui exige qu’on les produise et qu’on se les partage autrement. Ces considérations théoriques peuvent être fastidieuses à qui veut une description concrète de la société que nous sommes à aménager.

On peut donc passer directement au texte 15 puis aux suivants, dans lesquels nous identifions les composantes de ce secteur tertiaire protéiforme dont il faut prévoir la croissance indéfinie et la mutation constante. C’est dans ces textes que nous proposons, en tenant compte de leur spécificité, ce que nous croyons la meilleure façon de fournir à l’individu les services dont il a besoin.

Nous ne le ferons ici sommairement, car ces textes ont surtout pour but de servir d’introduction à d’autres sections de se site où nous décrivons, beaucoup plus en détails, les mécanismes ad hoc qui permettent d’acquerir et de rendre l’un ou l’autre ces services variés, dans une société où la priorité est devenue, justement, de recevoir et de profiter de ces services.

Pierre JC Allard

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