USA : La démocratie en phase terminale

En démocratie, seule une position de consensus permet une majorité. Plus se développe la psychosociologie qui permet de comprendre ce que le citoyen veut vraiment et que la séduction des foules remplace leur viol, plus les programmes politiques tendent donc vers le centre. Ils y tendront jusqu’à s’y rejoindre et à s’y confondre. Le pouvoir est au centre.

Parfois on en abuse. Quels que soient les agendas réels qu’ils dissimulent, tous les partis se maquillent en centristes et vise à une ambiguïté qui les rendra apparemment conformes aux désirs des électeurs. Sous leurs maquillages, ils sont méconnaissables. Leurs différences sont indiscernables. Les options devenant largement similaires, les choix deviennent aléatoires et l’on aura donc des résultats électoraux de plus en plus serrés. CQFD.

Ce blanc bonnet – bonnet blanc est d’autant plus ennuyeux que, quand les masques tombent, les promesses ne sont pas tenues. Il en sera ainsi jusqu’à ce qu’on ait corrigé les vices de la démocratie actuelle et mis en place une vraie démocratie qui obligera les candidats à dire ce qu’ils feront et les élus à faire ce qu’ils auront dit. En attendant, la démocratie offrant un produit qui bien souvent n’est pas livré. C’est le mal chronique de la démocratie. Elle prend ses pilules…

On peut juger la démocratie peu respectable, mais ce n’est pas une une raison pour ne pas la respecter. Accepter le verdict de la démocratie est le passage obligé vers un consensus social et la seule barrière qui empêche que toute frustration ne se transforme en violence. Si le processus démocratique est vicié, il faut le corriger et le site Nouvelle Société indique des mesures à prendre pour que la démocratie reflète de mieux en mieux la volonté populaire (Articles 6 et seq.)

En attendant que des changements profonds soient apportés, la démocratie doit pouvoir être respectée avec ces défauts. Parlez doucement, suivez les horaires de visites, apportez des bonbons. Rien de neuf, jusqu’à ce qu’on voit qu’elle semble aussi atteinte d’une maladie foudroyante, Jusque là, on en était insatisfaite, mais, tout à coup… ON N’Y CROIT PLUS. 41% des Américains croient que, d’une façon ou d’une autre, les résultats des scrutins sont trafiqués.

Les « exits-polls » on donné l’alarme. Cette démarche consiste à demander aux électeurs, à leur sortie des bureaux de scrutin, d’exprimer encore une fois leur préférence, de façon tout aussi anonyme, mais dans le cadre cette fois d’un scrutin non formel qui fera l’objet d’un dépouillement indépendant.

Aujourd’hui menés par des organismes non-officiels, les Exit-Polls ont valeur de sondage et ont la même crédibilité, ni plus ni moins, que ceux qui les réalisent et en diffusent les résultats. Quand les Exit-Polls de l’Ohio, aux élections Bush vs Kerry de 2004, ont divergé de 8% des résultats officiels, on a bien vu qu’il y avait là une impossibilité statistique.

On s’est voilé la face… car l’on n’en avait pas pour autant un argument de contestation des résultats. Comment savoir si l’erreur était dans les résultats officiels ou ceux des Exit-Polls ? Dans le doute, on doit faire confiance à l’État, n’est-ce pas ? Mais c’est un coup mortel à la démocratie.

Trafiquer le calcul des votes n’est pas la seule façon de tricher en démocratie, mais c’est celle qui peut susciter le plus d’amertume, parce qu’elle rend inutile toute la démarche de l’électeur. On ne l’a pas seulement trahi, on s’est moqué de lui.

Y a-t-il quoi que ce soit que l’on puise faire, TOUT DE SUITE, pour que la population accorde plus de confiance au résultat des scrutins ? La solution-miracle serait le vote par INTERAC. Le système qui permet la transmission d’argent à l’échelle planétaire fonctionne. Il est aussi infaillible qu’un système puisse l’être, car l’argent est chose sérieuse. Ne serait-il pas opportun qu’on accorde à l’expression démocratique de la volonté populaire la même importance qu’aux virements de fonds ? L’utilisation d’Interac pour la tenue d’un scrutin ne soulève AUCUN problème technique.

Moins efficace que le vote par Interac , mais plus conventionnel, il y aurait aussi la rationalisation des « Exit-Polls ». Supposons que les Exit-Polls soient réalisés de façon plus formelle, par des équipes composées de représentants de chacun des candidats faisant « voter » les électeurs à la sortie de TOUS les bureaux de scrutin et que les résultats soient aussi compilés par une équipe de représentants de tous les candidats et un arbitre impartial choisi par eux tous ?

Il n’y aurait aucune raison valable pour que le résultat qui découle de cette démarche ne soit pas le même que celui du scrutin officiel. Tout écart significatif entre les résultats des exits polls et les résultats du vote lui-même serait étonnant. Partout où cet écart apparatraîtt – et en ce cas seulement – il serait opportun de procéder à un recomptage des votes du scrutin officiel. Si les résultats ne sont pas conciliés, un nouveau scrutin devrait avoir lieu

Bien sûr, les Exit-Polls font double emploi. Ils servent de CORROBORATION. Ils jouent le même rôle que cette question apparemment saugrenue de votre ordinateur qui vous demande si vous êtes bien sûr de vouloir effacer un dossier ou initialiser votre disque-maître. Une question dilatoire, mais qui a évité bien des larmes.

Ne serait-il pas sage de demander aussi deux fois à l’électeur s’il veut bien « effacer » son gouvernement ou le conserver inchangé ? Pas parce que l’on croit que l’électeur va se raviser bien souvent entre l’isoloir et le trottoir, mais parce que le système de captage, de transmission et de compilation des résultats devient de plus en plus vulnérable au fur et à mesure qu’on l’automatise. Même si les résultats ne sont pas trafiqués, ils PEUVENT l’être et la confiance s’émousse.

Pourquoi ne pa faire le calcul deux fois ? Faire cette vieille preuve par 9 d’avant l’électronique ? Le respect de la démocratie vaut bien cette formalité. Cette corroboration devrait être automatique et elle devrait être mise en place partout.

Elle devrait l’être partout, mais tout particulièrement lors des élections américaines de novembre 2008, car nulle part ailleurs les systèmes ne sont aussi vulnérables, nulle part ailleurs un scepticisme larvé n’est maintenant aussi répandu. Nulle part ailleurs, surtout, les conséquences d’une fraude ou de la croyance en une fraude ne peuvent être aussi dévastatrices.

Jamais, ni durant la guerre du Vietnam, ni durant les procédures de destitution de Nixon, un président des USA n’a fait l’objet d’une telle haine et d’un tel mépris. Les opposants de Bush ne sont plus ses adversaires, ils sont devenus ses ennemis. Pour la première fois peut-etre, depuis la Guerre de Sécession, les forces de divergence aux USA deviennent plus fortes que les forces de convergence.

On ne devrait pas laisser planer de doutes quant à la légitimité des résultats de ce prochain scrutin, car seul un acte de foi dans le processus démocratique empêche une situation de guerre civile, dans un pays où pauvres et riches se divisent selon un clivage qui est aussi racial et ethnique. La situation économique s’aggrave de jour en jour… et ils sont tous armés ! Les USA que nous connaissons ne survivraient pas à un autre scandale électoral.

10 pensées sur “USA : La démocratie en phase terminale

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    1 février 2008 à 19 07 01 02012
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    On a jamais pu dire qui de la gauche et de la droite était plus proche du milieu !

    Vous avez mis le doigt en plein sur le bobo JC !

    Bon vous n’êtes pas le premier 😉

    « Il est déjà bien suffisant que les gens sachent qu’il y a eu une élection. Les gens qui votent ne décident rien. Ce sont ceux qui comptent les votes qui décident de tout. » – Joseph Staline

    Le journaliste d’enquête Greg Palast fût longtemps bien seul à s’en faire pour notre grande malade…

    CLIP / LYNCHING BY LAPTOP 2

    Le retentissant silence qui accueilli initialement ses trouvailles était des plus troublant…

    CLIP / BE CAREFUL WHAT YOU SAY

    J’avoue même avoir été agacé par la spectaculaire remonté de dernière minute de John Le Charest lors de la dernière farce électorale locale, mais j’ai réussi à rationalisé mes doutes en me disant que ce genre d’arnaque n’était pas nécessaire dans le plusss meilleur pays du monde. Ici, on élit des admirateurs de Bush et des obscurantistes chrétiens belliqueux avec toute la rigueur démocratique dont Mindfuck Inc. peut nous convaincre de jouir.

    Si voter pouvait vraiment changer quelque chose, ce serait illégal !

    On en voudrait aux anarchistes d’être si cynique si la réalité n’était pas si glauque.

    Pris entre le rouleau compresseur médiatique et la dure réalité économique ; qui a encore le temps de s’occuper de politique et d’y voir clair entre la détermination sociale à la Edward Bernays et l’opportunisme crasse de nos, soit-disant, élus ?

    « Les puissants se servent des institutions mêmes qui établissent la liberté de principe pour faire régner l’inégalité de fait dans le cadre de la loi. » – Jean Jaurès

    Bonjour chez vous 😉

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    1 février 2008 à 19 07 18 02182
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    MISE À JOUR

    Quelques tendres morceaux de réalité électorale amerloque en pâture !

    Désolé, pas le temps de traduire…

    NOTHING HAS CHANGED SINCE 2000 !

    Same system of abuse, same cronies companies doing the same crime, same old, same old… Check Palast’s latest : Space Invaders : Five Million Aliens for Hillary

    Continuous coverage at http://www.blackboxvoting.org

    « We hang the petty thieves and appoint the great ones to office. » – Aesop, c.550 B.C.

    NEW ENGLAND VOTING MACHINE FIRM HAS EXECUTIVE CRIMINAL RECORD

    Kansas GOP Chair Sends Email Boasting of Voter Caging, Reconfirming One of the Illegal Republican Voter Suppression Methods Greg Palast Has Been Telling Us About Since Election 2000 Crooks & Liars

    « L’avenir appartient aux imbéciles organisés. Ceux-ci l’emporteront toujours sur les intelligences inorganisées. » – Alexandre Sanguinetti

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    2 février 2008 à 15 03 02 02022
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    Vous commencez l’article par une réflexion générale sur la politique. Le centre qui mange tous les partis et quoiqu’ on élise la politique sera la même. Vous finissez par des recettes techniques pour des élections propres. Pourquoi une telle armada technique pour arriver au même résultat ?

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    2 février 2008 à 18 06 17 02172
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    Mon argument est le suivant.

    1. On a trouvé moyen de mettre le vrai pouvoir à l’abri des aléas du jeu électoral.

    2. Vidée de son sens réel, la démocratie n’est plus qu’un jeu et le pouvoir s’en désintéresse.

    3. Une classe de politiciens de petite envergure a pris la relève et en a fait le jeu le plus couru de la société. Mais le résultat qui est indifférent – et donc honnête – quand c’est le pouvoir qui s’en occupe, est transformé en une série d’arnaques grossières par les politicailleurs

    4. Le peuple qui ne voit pas la futilité essentielle de la démocratie voit très bien, au contraire, les petites arnaques… et y associe toute la turpitude de la gouvernance.

    5. Si on ne redonne pas à la démocratie les apparences de l’honnêteté, on aura une révolution. Si le pouvoir comprend le problème, il reprendra la situation en main… et l’exploitation des faibles par les forts continuera, comme toujours, et la contestation cessera, rassurée par un simple maquillage de justice.

    PJCA

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    2 février 2008 à 19 07 34 02342
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    Si j’ai bien compris votre argumentation, vous avez peur qu’une révolution survienne par un défaut de probité dans le déroulement des votes.
    Il faudrait pour générer une révolution que les gens pensent que ces bulletins de votes aient un réel pouvoir, ce qui n’est pas le cas. Le peuple sent bien que le pouvoir est ailleurs et participe a ce jeux sans illusions. La véritable révolution c’est la délocalisation du travail de production vers les pays pauvres ce qui a mon avis est un réel progrès pour le monde.

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    3 février 2008 à 6 06 31 02312
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    Pierre JC votre seul point N° 1 contient tous les autres.

    1. On a trouvé moyen de mettre le vrai pouvoir à l’abri des aléas du jeu électoral.

    Que vous sembliez le découvrir ne laisse pas d’étonner. C’est le résultat le plus ancien de l’oeuvre de Robespierre que des Hypocrite de nos jours se donnent les gants de conspuer. C’est en frappant un coup à droite : Danton et un coup à gauche Hébert qu’il trouva le moyen de se défaire des sections de la Commune de Paris et de son programme. Les vraies questions concernant le peuple : le pain , le salaire , les loyers….s’en trouvèrent mises hors débat.

    Depuis tous les dignes fils de l’Etat de gauche à droite dans l’unanimité ne parlent plus de la seule chose qui importe la répartition entre actionnariat et salariat des fruits du travail. On les voit au contraire dans une unanimité consternante abonder dans la proclamation d’une crise hypothétique alors que tous constatent que la richesse nationale des pays augmente et se multiplie. Cette complicité les conduit à remplir leur part dans la justification des retours en arrière et des aggravations des conditions de vie pour les plus modestes. Les plans de rigueur ont une origine : la pseudo gauche au pouvoir.
    Aussi comme le peuple se tint à l’écart de 1795 à 1830 comme « On » lui fit regretter de manière sanglante en 1830 et 1848 ….et encore en 1871…Le peuple se retire du champ et joue l’abstention ….
    Tous les parleurs ont le champ libre qui pour inviter les travailleurs à défendre le drapeau dans le plus pur style Versaillais de la bravitude ou à travailler plus pour gagner moins dans le nouveau style bling bling.

    Aujourd’hui bien sûr tous les discours de tous les camps se ressemblent au point de ne plus distinguer ces acteurs fantoches . Eux mêmes en embrouillent leurs textes et se l’échangent en inversant leurs rôles et leurs places sur la scène….Que voudriez vous que le peuple s’intéresse à ce spectacle….On étale un luxe insolent , on jette des milliards par les fenêtres de l’incompétence et on mégote des centimes aux malades.. !

    Pour finir l’utilisation du pronom« On » interpelle aussi . Ne sauriez vous point nommer qui cette indétermination désigne très précisément ? Vous les connaissez pourtant . Ce ne sont pas les pantins qui s’agitent sous le feux de la rampe mais ceux qui tiennent les ficelles des marionnettes du jeu d’ombres du pouvoir. Les directeurs / propriétaires des grands groupes qui dirigent le Monde , qui se la jouent parfois mécènes assurés qu’ils sont de passer inaperçus . Les affaires Clearstream , Enron , Banings, Société générale ..etc… ne sont que des épiphénomènes superficiels , l’écume de l’histoire…Ils conduiront la planète au chaos qu’ils s’inquiéteront encore de leurs dividendes…

    Cordialement à vous

    Vive la L R I

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    3 février 2008 à 11 11 59 02592
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    Je ne partage pas votre enthousiasme pour les délocalisations. C’est le travail qui produit la richesse et il faut que TOUT LE MONDE TRAVAILLE. Si EUX seuls travaillent et que NOUS consommons, nous les volons. .|

    PJCA

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    3 février 2008 à 12 12 31 02312
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    @ Le furtif : Ce que je cherche à découvrir, depuis une quarantaine d’années, ce sont de nouvelles façons de le dire… 🙂

    « On », aujourd’hui, c’est évidemment le réseau apatride des organismes financiers qui contrôlent l’argent et le credit, mais il n’en a pas toujours été ainsi et il est improbable que cette approche survive encore bien longtemps.

    La « compétence » est à remplacer le capital comme discriminant et, si vous pensez que ce sera mieux, je vous invite à une profonde et lucide réflexion sur les conséquences de cette évolution…

    « ON », c,est le plus foprt qui, hélas, sera toujours là, sous un autre masque, pour exploiter les plus faibles. Mon seul espoir est que la complexité croissante de la société creé une interdépendance qui assure le respect de tous. La LRI gambadera sur le corps des dieux déchus, quand tout le monde aura besoin de son prochain.

    PJCA

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    3 février 2008 à 13 01 57 02572
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    Pierre

    Le travail va enrichir les pays pauvres qui nous enrichira en retour. Ils vivent actuellement ce que nos pays ont vécu au début du siècle dernier et je préfère ça pour eux à notre charité style ONG. Les bonnes âmes qui plaignaient la pauvreté de la Chine ou de l’Inde sont les premiers à s’opposer à leur dévellopement au nom des droits de l’homme, de l’environnement ou des conditions de travail, une hypocrisie qui cache mal le désir de ne pas partager la richesse.

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    3 février 2008 à 14 02 06 02062
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    @ Pixel :

    « Le travail va enrichir les pays pauvres qui nous enrichira en retour. » Comment ? En achetant les produits dont nous n’aurons pas délocalisé la production ? Le rapport des « termes d’échanges » demeurera au niveau où nous le fixerons… et nous aurons légitimé une forme d’esclavage, ce qui est bien ce que nous sommes à faire….

    PJCA

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