Verdict populaire : y aller de plus belle

 

J’ai retransmis ici le texte de Pierre JC Allard – écrit sur Vigile. Même si l’on parle ici d’indépendance du Québec, entre autres,  on y parle davantage d’une remise en question des sociétés occidentales. France, États-Unis, Europe entière, nous sommes presque momifiés dans une manière de faire qui refuse tout réel changement. Pour les gourus, faites votre propre copier-coller. Et de même en « éducation »… 

Les « changements », aux États-Unis, sont … pas de changement. Il n’y a sans doute pas que les États-Unis qui sont en déclin. 

Gaëtan Pelletier 

 

… et voici que l’on va devoir repartir. Reprendre et « y aller de plus belle »… Une de ces expressions fourre-tout pour faire comprendre l’incompréhensible, en associant des mots auxquels on prête un sens du dimanche, en espérant qu’a devoir cohabiter ces mots s’en feront un qui résoudra l’ambiguité.

Car y aller… mais aller où ? Et la beauté a-t-elle vraiment à y voir ? On sait seulement que c’est reparti. On croyait pouvoir souffler un peu, mais on se retrouve en marche et encore bien plus qu’hier. En marche forcée, parce qu’en quelques coups de feu un fou – ou plusieurs – ont ramené le résultat de ces élections du 4 septembre 2012 à leur juste mesure. Leur mesure qui est dérisoire au vu des questions qu’elles devaient trancher.

Les Québécois veulent-ils VRAIMENT scinder le Canada et affronter seuls le monde tel qu’il est devenu ? Un monde qui n’est plus celui d’avant que Neil Armstrong marche sur la Lune – quand les femmes et les pauvres gardaient “leur place” et les Noirs, les Bruns et les Jaunes la leur – mais un monde où les “indépendances” se font à coups de sales tours et de coups de fusils et rarement au profit de ceux qui partent du pied gauche en chantant.

Les Québécois veulent-ils remettre en cause une éducation qui tient encore plus du couvent des Oiseaux et du Petit Catechisme que des apprentissages à inventer qui sont INDISPENSABLES pour garder sur la piste, vers l’avenir qu’on veut, un progrrés technique qui autrement prend le mors au dents et s’en écarte, pour ensuite s’arrêter brouter du nucléaire, des OGM et des médicaments-poisons ?

Les Québécois veulent-ils que se resorbent les inégalités croissantes, sociales et financières, et risquer le déplaisir de ceux qui ont tout – et bien sûr le pouvoir – en distribuant pour ce faire le revenu, le travail et les responsabilités… ou veulent-ils que, peu à peu, on dérive d’une société de classes à une société de castes, avec un nombre de plus en plus grand d’inutiles dont le statut d’epsilonn sera programmé par apprentissage et qu’on maternera comme des bonsais, pour qu’ils demeurent des bibelots manipulés et ne grandissent jamais ?

Les Québécois vont-ils déguiser en tolérance leur pusillanimité à choisir une société de libre pensée et en prendre prétexte pour retourner vers un monde douillet où, de rosaires en mantras et en drogues diverses – aidés de curés, d’imans ou de gourous – chacun pourra rêver qu’il a trouvé sa voie vers un monde meilleur qui donnera son sens à celui-ci… auquel on renoncera alors à en en donner un ?

Nous avons au Québec, depuis pas mal de temps, des questions sérieuses auxquelles il faut répondre. Des questions qu’on évite, qu’on contourne ou dont on nous dit qu’elles n’existent pas. C”est en louvoyant autour de ces questions que ceux qui se prétendent les élites de notre société, peuvent couler les jours heureux qui leur restent à vivre, en laissant à ceux qui viendront après une dette énorme. Un déficit moral et intellectuel, une absence de ces valeurs et de cette simple solidarité, sans lesquelles une société ne peut pas exister. Ce sont ceux qui viendront après qui posent surtout les questions. Ce sont eux qui étaient dans la rue au printemps.

On a voulu les distraire. Faire oublier les vraies questions en montant le guignol de ces élections qui devaient être un procès bien ciblé des corruptions exemplaires, pour que la grisaille de l’ineptie qui leur sert de décor ne se voit plus. Pour que celle-ci paraisse encore plus grise. Plus tiède. Plus tolérable.

Mais il y a un moment pour vomir le tiède et les tièdes. Est-ce que nous n’étions pas tous conscients, mardi soir, de cette nausée que nous donnait le salmigondis indigeste des mêmes paroles creuses, interchangeables, qu’on nous servait et qui ne voulaient rien dire ?

Mardi, nous avons eu un résultat électoral nauséeux : une fin du débat citoyen qui laissait TOUTES les questions sans réponses. Nous écoutions un florilège de pseudo-conclusions qui mettait la table pour des comités, des palabres, des discussions, un verbiage qui laisserait encore tout le pouvoir aux plaideurs-partisans, sans que ne transparaisse la volonté du peuple-juge laissant espérer qu’on puisse AGIR.

C’est là, dans un moment de vide, qu’est venue apparemment de nulle part la Violence. Un Raminagrobis qui a mis les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre, car n’est-il pas évident, ce matin, que ces élections ne réglaient RIEN ? Que les discours de l’un comme l’autre des trois Petits Singes n’apportaient rien, étant dépourvus d’idées neuves qui auraient pemis un renouveau comme d’uns volonté ferme et inconditionelle d’accomplissement qui aurait projeté le Québec dans l’action ?

Ces élections ne pouvaient rien résoudre. Le destin s’est alors vêtu en drame pour nous faire toucher du doigt la plaie de l’insignifiance, au côté d’un projet que nous voulons croire ressuscité, mais sans trop savoir s’il n’est pas momifié. Il va falloir que nous reprenions cette démarche et que nous y allions de plus belle, pour aborder les vraies questions et apporter des réponses.

On devrait d’ores et déjà se donner une échéance. 3 mois ? 6 mois ? Un an ? On évitera ainsi que ceux qui attendent des réponses claires ne s’impatientent. Il y a des drames qui germent dans l’impatience.

Pierre JC Allard

Une pensée sur “Verdict populaire : y aller de plus belle

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    7 septembre 2012 à 9 09 20 09209
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    La démocratie qui s’est exercée, plus illusoire qu’efficace démontre les dangers liés aux modes: qu’elles ne soient que passagères et inutilement dispendieuses. Bien qu’on nous vende un tas de choses complètement inutiles, on nous a vendu la principale: l’idée qu’il faille ne pas s’attacher aux choses passagères…

    Ainsi de dictatures en oligarchies s’exerce la forme primitive de démocratie vouée à leur servir de tremplin incontestable, comme une moins pire misère dont nous aurions le choix et sur laquelle pour un temps et surtout illusoirement s’appuie notre pouvoir. You bet!

    On nous a piqué le soleil depuis un bail et nous marchons une bougie à la main, avançant sans grande assurance dans un monde peuplé d’ombres chinoises.

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