Vers la dictature financière

« L’Assemblée nationale a commencé mardi l’examen d’un projet de réforme constitutionnelle sur l’équilibre des finances publiques », annonce l’AFP : « le ministre du Budget, François Baroin, a prévenu la gauche que « ceux qui voteront contre auront la responsabilité » d’une mauvaise gestion des finances publiques, alors que la France s’est engagée à ramener son déficit public de 7 à 3% du PIB d’ici à 2013″. Eh bien ceux qui voteront pour porteront la responsabilité de l’instauration de la dictature financière ! Parce qu’on sait bien que la réduction des déficits publics n’est bonne qu’à justifier le désengagement de l’Etat, la casse du service public, les privatisations et les coupes claires dans les budgets sociaux, et qu’on n’y songe plus au moment d’accorder des cadeaux fiscaux aux privilégiés, des exonérations de cotisations sociales aux entreprises, de renflouer les banques ou d’envoyer l’armée en Libye ! Que signifie ce projet d’interdire les déficits dans la Constitution ? « Cette mesure est une attaque d’une extrême gravité contre le salariat (93% de la population) mais n’aura aucune incidence sur les banques qui portent pourtant l’entière responsabilité de l’augmentation de la dette publique au cours des trois dernières années, analyse Jean-Jacques Chavigné pour Démocratie & socialisme. Qui peut imaginer un seul instant, en effet, que si les banques nous replongeaient dans la même galère qu’il y a trois ans, Sarkozy ne serait pas le premier à leur offrir les centaines de milliards d’euros dont elles auraient besoin pour financer leurs créances toxiques, garantir les dépôts de leurs clients et leur éviter la faillite ? Qui peut penser qu’il n’augmenterait pas aussitôt le déficit public pour satisfaire les besoins des banques ? (…) La dette publique sert, en effet, de bélier à Sarkozy et à son gouvernement pour imposer les « réformes » néolibérales qu’ils n’avaient pas encore pu nous infliger. Avec la retraite à 62 ans, les deux ans de travaux forcés qu’il essaie de nous imposer ne sont qu’un avant-goût de ce qu’il nous concocte. La privatisation de pans entiers de l’assurance-maladie, du secteur hospitalier, de la dépendance, des retraites est au menu de son plan d’austérité. La diminution des emplois publics, la destruction de l’Éducation nationale s’accentueront. Les collectivités locales pourront toujours moins financer les prestations sociales qu’il leur incombe de prendre en charge. » Du côté du Parti de gauche, on proteste que « les causes des déficits structurels sont uniquement recherchées du côté des dépenses alors que les réductions des recettes de l’Etat en sont en grande partie responsables. Le groupe Camdessus (groupe de travail mis en place pour préparer cette contre-réforme, NdA) concède que le retour à l’équilibre ne peut pas être envisagé de façon réaliste comme une perspective de court terme. D’après lui, ce contexte appelle la mise en place d’un cadre institutionnel qui puisse nous préserver, à l’avenir, de la propension aux déficits tout en permettant une adaptation aussi fine que possible aux fluctuations de la conjoncture. “Le redressement des finances publiques ne doit pas être l’engagement d’un gouvernement mais de la Nation. Il doit s’inscrire dans la durée et, pour cela, la gouvernance de nos finances publiques doit être modifiée. C’est pourquoi je souhaite la mise en œuvre d’une réforme constitutionnelle.” Cette conclusion est une négation pure et simple de la démocratie : l’orientation du gouvernement actuel serait imposée aux gouvernements suivants. Le peuple n’aurait plus le droit de changer de politique. » Le Parti ouvrier indépendant est également vent debout : « Demain, la Constitution pourrait ainsi être opposée aux droits des organisations syndicales à représenter les intérêts de la classe ouvrière et à négocier sur la base de ses revendications. Ce serait donc une atteinte d’une gravité exceptionnelle contre la démocratie ».

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