Veuillez mourir poliment, s’il-vous-plaît

Yan Barcelo, 10 septembre 2010

Le Québec vit à l’heure de la mort «digne ». Lors d’une des rencontres de la commission chargée d’explorer toutes les nuances et les euphémismes de ce mot, une dame qui entend aller en Suisse se faire euthanasier dans quelques années disait qu’on n’était pas responsable de notre entrée dans ce monde, mais qu’on pouvait au moins assumer la responsabilité de notre sortie.

Alors voici qu’à la « dignité » de mourir, certains entendent y ajouter la « responsabilité » de mourir. Et c’est justement ce thème qui m’inquiète dans ce débat. Car j’entends des gens autour de moi parler de personnes qu’ils connaissent et dont la vie, selon eux, ne vaut plus la peine d’être vécue : alzheimer, sénilité avancée, confinement à un lit d’hôpital, etc. Et après une courte description de la condition de ces vieillards amenuisés, ces personnes concluent immanquablement avec quelque chose comme : « Moi, je ne veux pas finir comme ça. Qu’on me fasse mourir avant. »

Évidemment, c’est ce qu’une légalisation de l’euthanasie va permettre de faire : qu’on les achève à l’heure de leur choix. Est-ce à dire qu’ils veulent prendre la responsabilité de leur mort? Certains vont se gargariser de ces belles paroles, mais dans les faits, ce qu’ils prévoient demander, c’est que quelqu’un d’autre prenne cette responsabilité, que quelqu’un d’autre – un médecin, plus probablement – accomplisse le geste de les achever. Le plus doucement possible évidemment. La douleur fait tellement peur.

Mais si ces gens veulent vraiment prendre la responsabilité de leur mort, il y a une façon très simple d’y parvenir: ils peuvent se suicider par surconsommation de pilules ou ils peuvent se laisser mourir de faim ou de froid, ou les deux, comme cela se pratiquait dans certaines cultures. Ce n’est évidemment pas facile, mais qui a dit que prendre ses responsabilités est facile.

On va objecter, bien sûr, que certains n’ont tout simplement pas la possibilité physique de s’emparer d’une bouteille de pilules pour mettre fin à leurs jours. Mais tout le monde a la possibilité de ne pas manger et de refuser toute nourriture et tout breuvage. Pas facile, j’en conviens, mais pour une personne qui a vraiment perdu la volonté de vivre, un tel geste devient plus facile, presque allant de soi.

C’est la seule forme de « suicide assisté » légalisé auquel je serais prêt à souscrire : le privilège qu’a chacun de se laisser mourir si tel est son choix, sans que personne intervienne. Si quelqu’un veut mettre fin à ses jours dans les derniers milles de sa vie, qu’on n’intervienne pas : qu’on ne cherche pas à le gaver, qu’on ne lui injecte pas des solutions nutritives, qu’on le laisse simplement s’éteindre à sa guise. C’est sa mort, il en prend l’entière responsabilité et il exécute l’action pour lui-même.

Ce serait un peu l’équivalent du non-acharnement thérapeutique. Plusieurs pensent que le fait de débrancher une personne d’un appareil médical qui la tient en vie est l’équivalent d’une euthanasie ou d’un suicide assisté. Pas du tout. Il s’agit tout simplement de ne plus maintenir en vie par des moyens extérieurs un organisme qui n’a plus les moyens d’assurer par lui-même sa survie. L’interruption de se nourrir pourrait devenir un équivalent du non-acharnement thérapeutique.

Qu’une personne se laisse mourir de cette façon n’obtient pas nécessairement mon assentiment. Mais elle emporte mon admiration, car elle prend en main sa mort dans un geste authentiquement digne, en silence, sans regimber, seule avec son destin. En comparaison, ces gens qui demandent à d’autres de les achever, le plus souvent parce qu’ils ont peur de se sentir diminués ou d’avoir mal, eux me font pitié. Eux manquent de dignité.

Or, qu’on demande à d’autres – essentiellement des médecins, qui ont fait serment de servir la vie, ou des infirmières – de mettre fin à la vie de personnes qui le leur demandent, je suis en désaccord total. Pour deux raisons. Tout d’abord, pour une raison fondamentale et a priori : la conscience morale s’y objecte fermement et un tel geste est de l’ordre du meurtre. Ensuite, il y a une raison sociale : tous ces gens à qui je référais plus tôt et qui disent qu’ils ne veulent pas « finir comme ça » constituent une opinion publique de plus en plus prévalente.

Et cette opinion, si on lui ouvre la porte avec une légalisation de l’euthanasie, risque de devenir un impératif social. La grand-maman alzheimer dans un CHSLD sera considérée comme menant une vie « indigne » à qui il faudra assurer une fin « digne ». Et il y aura une pression omniprésente pour qu’elle fasse de la place, d’autant plus qu’elle coûte cher au « système », un système qui aura de moins en moins les moyens de payer. Imperceptiblement, on va passer de la possibilité de se faire tuer à la responsabilité et au devoir de se faire tuer. Et ceux qui refuseront seront jugés impolis d’abord, puis franchement malcommodes et contestataires.

On va me dire que je manque beaucoup de compassion à l’endroit de ceux qui sont saisis d’une condition de vie en déchéance ou indigne, ou qui sont saisis de douleurs excessives en parcours de maladie. Pas du tout. Je sais combien des conditions de vie peuvent devenir pénibles et éprouvantes, et je sais combien on peut perdre tout espoir. Mais voici ce que je me dis : il ne m’appartient pas de juger pour moi-même que ma vie ne vaut pas la peine d’être vécue, encore moins pour autrui.

Et dans la grande économie de la vie et de l’univers, nous ne savons strictement pas ce qu’il en est. Seule une vie spirituelle profonde et nourrie peut nous donner une réponse intime à ce mystère. Que nous demandions aujourd’hui d’être achevés comme des chevaux au nom d’une quelconque perte de qualité de vie montre seulement l’abîme de perte de sens dans lequel nous avons sombré. Notre culture est incapable de nous fournir un sens à la douleur et à la mort. Et si nous sommes incapables, chacun pour soi, de leur trouver un sens, comment espérer y trouver un sens pour autrui.

Quant à ceux qui souffrent de douleurs excessives, s’ils ne peuvent absolument pas les endurer, il y a aujourd’hui des sédatifs très puissants qu’on peut mettre à leur disposition. C’est ce qu’on fait d’ailleurs. Mais c’est au prix d’une perte de lucidité franchement navrante. Cependant, je pose la question suivante. On nous demande d’avoir de la compassion pour ceux qui souffrent en mettant fin à leur vie pour abréger leurs souffrances. Mais à quelle souffrance voulons-nous vraiment mettre fin? La leur? Ou la nôtre, celle que nous ressentons face à notre impuissance? Notre compassion est-elle réelle ou n’est-elle qu’un autre masque de notre égoisme?

36 réflexions au sujet de « Veuillez mourir poliment, s’il-vous-plaît »

  1. Entièrement d’accord avec cet article. Sauf sur un point:

    Les médecins ne font plus aucun serment; et c’est là mon inquiétude.

    Les grandes vérités dans cet article:
    1) Si quelqu’un veut mettre fin à ses jours dans les derniers milles de sa vie, qu’on n’intervienne pas

    2)la conscience morale s’y objecte fermement et un tel geste est de l’ordre du meurtre.

    3) on va passer de la possibilité de se faire tuer à la responsabilité et au devoir de se faire tuer.

    4) il ne m’appartient pas de juger pour moi-même que ma vie ne vaut pas la peine d’être vécue, encore moins pour autrui.

    5) Que nous demandions aujourd’hui d’être achevés comme des chevaux au nom d’une quelconque perte de qualité de vie montre seulement l’abîme de perte de sens dans lequel nous avons sombré.

    6) Notre culture est incapable de nous fournir un sens à la douleur et à la mort.

    7)Mais à quelle souffrance voulons-nous vraiment mettre fin? La leur? Ou la nôtre, celle que nous ressentons face à notre impuissance? Notre compassion est-elle réelle ou n’est-elle qu’un autre masque de notre égoisme?

    André Lefebvre

    • @André Lefebvre
      Êtes-vous bien certain que les médecins ne font plus le serment d’Hippocrate? J’espère vivement que vous avez tort, mais… est-ce bien vrai?

      Merci pour vos commentaires et cette facon de faire ressortir les temps forts de ma réflexion.

  2. Très beau texte, que j’apprécie beaucoup. Ici en Belgique, on a vôté une loi « pour l’euthanasie » : ça m’a fait bondir. Atant j’aurais apprécié une loi contre l’acharnement thérapeutique (on ne veut plus laisser un patient mourir, on le réanime, même s’il est usé et s’est éteint paisiblement, et même si la famille a demandé qu’on ne réanime pas! Ce fut le cas pour ma mère, heureusement pour elle, toute force avait quitté son corps, et son coeur n’a pas repris, idem pour l’hospitalisation, que j’avais refusée d’office : vous m’appelez d’abord! On a fait l’inverse, on allait investiguer sans tenir compte des examens qu’elle avait déjà subi en extérieur la semaine précedente : j’ai signé une décharge, maman s’est éteinte 2 jours plus tard dans son sommeil, d’une longue maladie neurologique évolutive qui la paralysait petit à petit…
    J’ai travaillé en hôpital, j’ai vu comment on investigue sans parfois faire la preuve de la moindre humanité, en oubliant que la première personne qui doit avoir la volonté ou le non désir de s’accrocher à la vie, c’est celle qui souffre, pas le personnel, pas le médecin, pas la famille!
    Oser regarder la mort en face, savoir qu’elle est là, et qu’elle est inéluctable(seule certitude que nous avons sur cette terre, d’ailleurs), respecter ce que la personne désire, et ne pas la déresponsabiliser en l’infantilisant : nous on sait, vous vous laissez faire… Au contraire, l’accompagner dignement jusqu’au bout du chemin…
    C’est peut-être cela être vraiment humain, non?

  3. Merci M. Yan Barcelo

    Vous nous exposez vos préoccupations qui se rapportent à l’utilitarisme pouvant mener à une forme d’eugénisme indirect cautionné par le droit.
    Sachant que l’étique est soumise à ce dernier, il est impérieux d’y apporter une réflection au dessus de toute superficialité.

    D’entrée, vous introduisez la notion de Dignité qui connait un débat philosophique et principalement juridique sur l’équivocité de sa définition fourre-tout. Ainsi, l’usage du concept de « dignité » pour restreindre les libertés est présentement contestée en droit.

    « La dignité constitue aujourd’hui la menace la plus directe contre la philosophie des Lumières et l’idée républicaine, l’arme fatale contre nos libertés. Ériger cette notion philosophique et morale, éminemment subjective et relative, en norme juridique est une folie. On voit déjà depuis plusieurs années que c’est au nom de la dignité des individus et des groupes que des militants narcissiques et hystériques ont obtenu la multiplication des incriminations pénales de harcèlement moral et sexuel, de discriminations et propos sexistes, homophobes, handiphobes, etc., aboutissant à un arsenal répressif menaçant notamment les libertés d’expression et de la presse. C’est encore au nom de la dignité humaine qu’est revendiquée une euthanasie «très active», et ce n’est pas non plus un hasard si les décisions juridictionnelles récentes les plus intellectuellement indigentes et tirées par les cheveux ont été rendues sur le fondement de cette notion fourre-tout et galvaudée. » Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l’université Rennes

    Le débat publique actuel s’inscrit dans une vague de critiques contre notre système actuel de santé et on écarte d’emblée le fait qu’«on insulte la dignité quand on ne se donne pas les moyens de l’honorer.»

    Vous portez aussi à notre attention la question de la liberté de choix.
    On peut se demander si le moribond est libre dans la détresse, la douleur, la souffrance, la dépendance physique ou psychique et l’angoisse de la mort prochaine. Vos appréhensions sont pleinement justifiés et soulèvent ici un problème d’éthique sous-jacent.

    L’éthique, comme l’écrivait Paul Ricoeur (Soi-même comme un autre) , c’est la recherche d’une vie bonne pour soi et pour les autres.

    Vous m’obligez à relire Ricoeur. Ce qui est assez ardu, vous en conviendrez, pour un amateur comme moi, mais nécessaire pour poursuivre cette réflection.

    Au plaisir.

  4. je vous invite tout d’abord à lire cet article d’une journaliste que je respecte beaucoup.

    http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/michele-ouimet/201009/11/01-4314697-delivrez-nous-de-nos-souffrances.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_opinions_377155_accueil_ECRAN1POS1

    Je respecte les points de vues divergeant mes je ne peux qu’avoir la chair de poule lorsque je lis votre texte.

    Si un jour, votre santé vous abandonne graduellement pour finir un jour à vivre une souffrance si terrible, que chaque respire est un coup de poignard au coeur. Votre mobilité est réduite à néant, vous êtes aussi mobile qu’une roche et vous n’avez aucun espoir d’en sortir. Et le plus terrible, vos facultés cérébrales sont parfaitement intacts, vous êtes parfaitement lucides de chaque seconde de cet enfer. Vous voyez vos proches lorsqu’ils vous visite. Ils souffrent avec vous et ne savent pas quoi vous dire, il n’y a pas d’encouragement possible, pas vraiment de blagues à faire pour détendre l’atmosphère. Mes grâce a des personnes de foi comme vous, il est digne de continuer à souffrir jusqu’au bout, vous n’avez pas le droit d’exiger de mourir facilement. Voyons, il faut souffrir pour gagner son ciel!! C’est l’enseignement chrétien. Vous avez surement des choses à vous faire pardonner. Pouvoir mourir doucement avec assistance et amour n’est pas dans votre moral chrétienne. Pourtant, non seulement votre souffrance serait délivrée, mais aussi celle des autres qui la subissait avec vous. Je parle au vous en espérant que vous puissiez vous mettre quelques secondes dans la peau de cette personne, qui pourrait être véritablement vous dans l’avenir sans que je vous le souhaite bien sûr ;-)

    Au nom de lois divines, les hommes de foi on décidé que la vie ne nous appartient pas, elle appartient à son créateur, l’ultime propriétaire de la vie. Et qu’il y a un apprentissage dans tous les passages de la vie. Dit comme cela, c’est bien beau… Mais la vrai vie, se déroule en dehors des beaux discours, en dehors de l’intellect. Et Dieu n’existe pas, il n’est qu’une représentation. Les lois cosmiques existent par contre, l’univers est fascinant et d’une complexité qui dépasse la représentation extrêmement simpliste d’un Dieu et d’une morale.

    Êtes-vous pour l’avortement M. Barcelo?

  5. M.Barcelo,

    Il me serait fort périlleux d’expliquer les raisons pour lesquelles je suis d’accord avec vous concernant l’euthanasie car il en va du sens spirituelle(foi) de la chose.
    J’invite donc ceux qui le veulent bien a reflechir sur ce proverbe;
    Délivre ceux qu’on traîne à la mort, ceux qu’on va tuer, agis pour qu,on les épargne.

    Aurevoir

  6. Comme toute chose dans la vie, la mort doit etre d’abord abordée et traitée sur le plan spirituel, étant donné que c’est le plan de l’esprit humain qui est d’abord esprit comme son nom l’indique. Vous l’avez d’ailleurs mentionné dans votre article.

    Votre argumentation est sensée, logique et profonde.

    Merci pour ce bel article.

  7. @Sylhon, Denis G., Alain B. et Momo
    Merci pour les éléments de réflexion que vous ajoutez à mon texte. Ils en élargissent et en approfondissent la portée. J’apprécie tout particulièrement les choses que vous dites au sujet de votre mère, Sylhon, et qui confirme la crainte que j’ai de voir la « compassion » et l’impératif de la « dignité » céder le pas aux impératifs froids et inhumains des bureaucraties médicales et gouvernementales. Le vrai débat, c’est là qu’il se situe. Pour nous faire avaler la couleuvre de la mort planifiée que préparent bureaucrates et leurs maîtres de la finance, on nous fait saumurer dans les discours lénifiants de la « compassion » et de la « dignité ». Mais c’est un écran de fumée pour que la population en vienne à accepter comme allant de soi l’élimination des vies. Après ca, les tâcherons de « la mort sur demande » pourront tranquillement se mettre au boulot.

    @Iota
    Je ne connais pas votre quotient de compassion et vous ne connaissez nullement le mien. Alors, je vous invite à ne pas faire porter la discussion sur le plan personnel.

    La compassion est une composante impérieusement nécessaire dans l’accompagnement des mourants, mais elle ne peut constituer un élément de décision. Que j’aie de la compassion ne justifie nullement ni que j’interrompe la vie d’une personne, ni que je ne l’interrompe pas. Les justifications, ou les interdictions, pour interrompre la vie sont ailleurs. Et comme vous le saisissez très bien, elles se situent dans le registre métaphysique – ou spirituel.

    Pourquoi au nom de la compassion me donnerais-je le droit de tuer quelqu’un plus que je ne m’en donnerais le droit au nom de la colère ou de la haine? Quelle autorité supérieure la compassion – ou même la préservation de la « dignité » – donne-t-elle pour décider de tuer?

    Qu’on le veuille ou non, devant le vaste mystère de l’après-vie, nous sommes tous également ignorants. Nous ne savons pas s’il y a une après-vie qui soit la récompense des actes et décisions de celle-ci, ni s’il n’y en a pas. Si on savait avec une absolue certitude qu’il n’y en a pas, alors je vous proposerais qu’on s’y mette allègrement et qu’on charcute toute cette population mourante ou handicapée qui sollicite notre « compassion » ou notre impatience. Mais voilà, nous ne savons pas. Nous ne savons pas. Et devant cette incertitude, devant la simple possibilité qu’il y ait une après-vie syntonisée à nos engagement moraux et spirituels en cette vie, je préfère prendre le parti de la vie et du besoin de la préserver jusqu’à son ultime terme, aussi amer et désespérant puisse-t-il sembler.

    Vous n’êtes pas d’accord. C’est votre droit le plus entier. Alors quand vous arriverez à votre terme, si vous croyez que votre vie ne vaut plus la peine d’être vécue, prenez vos responsabilités jusqu’à leur aboutissement logique: laissez vous mourir en refusant tout support normal de la vie: manger, boire et, finalement, respirer. Ne demandez pas à quelqu’un d’autre de vous assassiner pour vous. L’appareil législatif ne peut que très-très mal accomoder une telle requête. Et s’il le fait, j’appréhende au plus haut point la nouvelle barbarie qui pourrait s’installer dans son sillage.

    Vous parlez de la vie paralysée qui ne vaut plus la peine d’être vécue. Là encore, tout dépend de la vitalité spirituelle de la personne. Avez-vous lu le livre « Le scaphandre et le papillon », ou vu le film, qui raconte la vie d’un homme totalement paralysé dont le seul contact avec le monde est le clignement de son oeil gauche? Il tenait tout particulièrement à continuer de vivre malgré sa condition « d’enterré vivant ». Tout le contraire de cet autre paralytique dans le film « La mer intérieur » (dont je ne suis pas certain du titre) qui voulait en finir avec sa vie. Je vous réfère au journal La Presse de cette fin de semaine qui donne justement le témoignage de deux personnes totalement impuissantes qui demandent seulement qu’on les aide à poursuivre leur vie.
    La compassion dont vous parlez, on la ressent en grande partie à l’endroit du désespoir que pourrait ressentir une personne totalement immobilisée, pas nécessairement à l’endroit de sa condition immobilisée. Or, les trois personnes auxquelles je réfère (« Le scaphandre et le papillon » et les deux qu’on trouve dans La Presse) ne sacrifient pas au désespoir, bien que leur condition très handicapée sollicite énormément notre compassion. Or, au nom de cette compassion – je répète ma question – en quoi sommes-nous justifiés de les achever?

  8. @Iota
    Je n’ai pas répondu à votre dernière question. Mes excuses. Suis-je contre l’avortement? Évidemment. Car là encore, je me situe du côté de la vie et non du côté de tout ce discours rachitique de la « culture de la mort » qui argutie autour de la qualité de vie de la mère ou de l’enfant à venir. Cela veut dire que je privilégie par-dessus tout qu’on fasse venir les enfants au monde et qu’on encourage au maximum l’adoption ou l’éducation en orphelinat. Condition difficile? Sans doute. Mais qui a dit que la vie était facile?

    Est-ce que mon opposition à l’avortement et à l’euthanasie sont absolus et sans recours? Nullement. Je peux très bien imaginer des situations de douleur et de contradiction extrême où l’un ou l’autre sont tout à fait justifiés. Mais alors, qu’on en décide au cas par cas et, au besoin, en cachette, loin de la portée du législateur. Pour tout ce qui concerne le législateur, je tiens à ce qu’il soit irrévocablement du côté de la vie. Car malheur à nous s’il devait un jour verser du côté de la mort.

  9. @ M. Barcelo

    Je suis en accord avec le principe du cas par cas du deuxième paragraphe de votre dernier commentaire.

    Voici la même réflection par Ricoeur;

    « A-t-on oublié la réflexion d’Aristote sur l’équité confiée au sage lorsque la loi, trop abstraite et trop générale, ne peut plus prononcer une parole de justice dans une situation concrète marquée par l’urgence et la détresse ? » Paul Ricoeur, « Accompagner la vie jusqu’à la mort », Revue JALMALV, n° 64, mars 2001, p. 10.

    En effet, malheur à l’humanité si l’on ouvre la porte du Droit aux prémices de l’eugénisme par dignité et compassion.
    Après la Dignité, le Mérite.
    Les grandes campagnes médiatiques sur l’utilité des assistés sociaux, des malades, des infirmes, des aliénés contriburont dans l’opinion publique à sournoisement les considérer comme indignes et non-méritoires à la vie.

  10. La ligne sous le texte annule le lien;

    voir Google: serment d’hyppocrate et cliquez sur le premier.

    Vous trouverez le serment ancien et les différents nouveaux incluant ceux adoptés au Québec, changés en 1982 et encore 1999.

    André Lefebvre

  11. Que de « belles » réflexions :-)
    Je voudrais qd même insister sur l’acharnement thérapeutique, qui est même, quelque part, enseigné dans les écoles : on hydrate, on réanime…
    Ma grand-mère, elle, avait décidé de ne plus vivre, elle a dit à ma tante le lundi matin : cette semaine-ci, c’est fini : le jeudi elle s’éteignait, elle s’est endormie peu après notre dernière réunion de famille du dimanche et la coupe de champagne (elle l’adorait) difficilement bue, mais bue avec joie, et après cet aveu à sa fille « la plus forte », j’ai même « rêvé » qu’elle venait m’embraser et me dire au revoir la nuit du mercredi au jeudi. Elle avait connu les derniers « bons moments » de sa vie, et s’est endormie, sans plus se réveiller…
    Savez-vous qu’hydrater un mourant contre sa volonté prolonge ses souffrances? Si le cerveau est deshydraté, l’esprit se déconnecte de la souffrance, et apparemment, la personne meurt doucement, sans souffrir (ce fut comme cela durant des siècles, et c’est encore comme cela chez les peuples dits « primitifs », qui ne le sont peut-être pas, finalement)
    Maintenant, pour ce qui est de l’aspect législatif, je suis aussi tout à fait d’accord avec vous. légiférer est très dangereux, mais condamner les personnes qui sont acculées à l’acte d’avortement, par exemple, ce n’est pas une solution non plus. Croyez-moi, ces personnes gardent un profond sentiment de culpabilité durant toute leur vie, et pensent souvent à l’enfant qu’elles n’ont pas eu (parce qu’elles étaient dans une situation telle qu’il leur était impossible d’assumer cette grossesse), certaines même, ne peuvent plus jamais enfanter, alors qu’aucune cause physiologie n’explique ce fait.
    L’homme est encore loin d’avoior compris les mystères de la vie et de la mort et ferait bien d’arrêter de jouer à l’apprenti sorcier, sa pensée est trop linéaire, trop rigide, et il se croit souvent investi d’un pouvoir sur la vie et la mort qu’il n’a absolument pas…
    Savez-vous que plantes et homéopathie fonctionnent magnifiquement chez les personnes ayant encore de la vitalité, mais ne fonctionnent plus chez les personnes que la vie quitte doucement?
    Peut-être serait-il grand temps de revenir à un monde où l’humain se place au centre des préoccupations, et l’argent loin derrière…
    Une société qui n’investit pas dans l’humain, est, à mon sens, une société perdue…
    Quad va-t-on enfin sortir de celle-ci, qui rend tant de gens malades?

  12. @Denis G.
    La référence à Ricoeur est particulièrement intéressante. C’est un philosophe que je connais de nom seulement, mais je suis heureux de trouver chez lui un allié.
    La note que vous faites : « après la dignité, le mérite », quel beau coup. En effet, je ne doute pas qu’on glissera très rapidement de l’un à l’autre, ou plutôt qu’on en viendra très vite à confondre « dignité » et « mérite ». Or, quel mérite restera-t-il aux indigents, aux handicapés et aux « p’tits vieux »?

    @Sylhon
    Ce que vous apportez comme information au sujet de l’hydratation et de la déshydratation est extrêmement intéressant. Voilà un sujet qu’il vaudrait éminemment la peine d’explorer scientifiquement: la déshydratation est-elle une défense contre la douleur? Si vous avez d’autres informations sur cette question, je vous serais très reconnaissant de m’en communiquer les références ou de me les faire parvenir.

    Par ailleurs, vous dites « condamner les personnes qui sont acculées à l’acte d’avortement, par exemple, ce n’est pas une solution non plus ». Je suis d’accord avec vous que ce n’est pas une « solution ». Par contre, il faut que le législateur soit conséquent. S’il en venait à refuser l’avortement – ce qui n’est plus le cas, mais devrait l’être, je crois – il n’aurait pas le choix de sévir contre ceux qui y recourent. Mais faut-il comprendre par là que les peines doivent être uniformes? Évidemment non. Il faut être bien conscient que dans les questions d’avortement, comme pour les questions d’euthanasie, nous sommes dans une zone charnière où nous faisons face, d’une facon particulièrement aiguë, au vaste inconnu de la vie et de la conscience. Il faut que la loi réflète ce territoire flou dans lequel il y a beaucoup de gris. Comprenez bien, il faut que le législateur soit irrévocablement du côté de la vie. Mais faut-il pour cela écraser de tout le poids de la loi une femme abandonnée de son conjoint, de ses parents et de ses amis qui, dans un geste de désespoir, va se faire avorter ou encore procède d’elle-même à un avortement. Bien sûr que non. Par contre, à l’endroit de femmes qui ont recours à l’avortement « pour des raisons de carrière » ou pour tout autre raison relativement superficielle, alors oui, que la loi sévisse, et durement.

    Vous dites que beaucoup de femmes portent toute leur vie la culpabilité d’un avortement. Pas d’accord. C’est l’équivalent de dire que tous les meurtriers dans nos prisons portent la culpabilité de leurs crimes. Ce n’est certainement pas le cas. Que le criminel, comme la femme qui avorte, porte la marque indélébile de son geste, une marque qui attend d’exploser dans la conscience par la morsure insupportable du remords, sans doute. Mais on sait combien les gens résistent à l’aveu de leur culpabilité, même à eux-mêmes – surtout à eux-mêmes – justement pour éviter la sensation éprouvante et sans issue du remords. Or, vis-à-vis le criminel qui est repentant, on peut considérer que la justice puisse être plus indulgente, mais pas nécessairement. Car le remords, s’il est exprimé, devient suspect, même s’il est authentique. Demandez aux gens qui siègent sur des comité de libération conditionnelle ce qu’ils en pensent. Et le vrai remords, de toute facon, demande l’expiation. Le châtiment de la loi amène-t-il une expiation complète? Pas nécessairement, mais il est une condition incontournable et nécessaire du processus de la loi. Car on sait tous quelle est la futilité d’une loi dépourvue de dents.

    Encore une fois, messieurs, je vous remercie pour votre précieux apport à cet échange.

  13. Bon! Voici le texte de 1992 qu’un médecin récite en place et lieu de l’ancien serment d’Hippocrate:

    « Serment professionnel des médecins, en usage au Québec depuis le 15 décembre 1999 [4]:

    J’affirme solennellement que :

    Je remplirai mes devoirs de médecin envers tous les patients avec conscience, loyauté et intégrité ;

    Je donnerai au patient les informations pertinentes et je respecterai ses droits et son autonomie ;

    Je respecterai le secret professionnel et ne révélerai à personne ce qui est venu à ma connaissance dans l’exercice de la profession à moins que le patient ou la loi ne m’y autorise ;

    J’exercerai la médecine selon les règles de la science et de l’art et je maintiendrai ma compétence ;

    Je conformerai ma conduite professionnelle aux principes du Code de déontologie ;

    Je serai loyal à ma profession et je porterai respect à mes collègues ;

    Je me comporterai toujours selon l’honneur et la dignité de la profession. »

    Remarquez qu’on dit que c’est une « serment professionnel » quant, en réalité, ce n’est qu’une « affirmation solonnelle ». Il n’y a aucun serment d’impliqué dans ce texte.

    Remarquez également que la promesse « Je serai loyal à ma profession et je porterai respect à mes collègues » surpasse certainement en importance cette loyauté envers le patient qui n’est qu’esquissée.

    Je ne comprends pas que cela n’inquiète pas tout le monde.

    André Lefebvre

    • @André Lefebvre
      C’est en effet très court comme proclamation et je ne vois là pas même l’ombre d’un serment « hippocratien ». Et comme vous dites, le patient est bien marginalisé dans cette promesse de « remplir mes devoirs de médecin envers tous les patients ». Les engagements envers la profession et les collègues semble l’emporter sur tout. Dérangeant, en effet. Merci pour ce matériel.

  14. Dans la mort digne, il s´agit d´une lutte contre la souffrance , contre une mort souffrante et longue lorsque la maladie est incurable. Tout le monde a le droit à une vie heureuse, au bonheur, mais aussi à une mort non douloureuse et rapide que sa vie ait été heureuse ou non.
    Plaidoyer pour la souffrance avec moults sophismes est inacceptable et antichrétien, monsieur Barceló.
    Il ne s´agit pas, comme vous le suggérez , d´une espèce de génocide, mais d´éviter une souffrance innécessaire.
    Je suis certain, que face à une grande souffrance, vous demanderiez vous mème à mourir; comme tout le monde. Ne jouez pas aux héros nietzcheins.
    Ou alors consultez avec le pape ou l´êveque de Canterbury si vous prétendez être le parteparole du christianisme.

  15. @anonyme
    Ouf! Jusqu’où n’irons-nous pas dans les proclamations de droits de toutes sortes. Voici que vous proposez le droit à une mort non douloureuse et rapide. Eh bien, je soupconne que des gens se chargeront bientôt de combler votre droit, en tout cas votre droit à la mort. Sera-t-elle sans douleur? C’est à voir. Et heureuse? Si vous ne pouvez pas assurer votre propre bonheur, aucun droit ne le fera pour vous.

    Enfin, vous êtes très ambitieux à mon endroit en me distribuant dans le rôle de porte-parole du christianisme. C’est un rôle que je n’ai jamais réclamé et je suis certain que ni le pape ni l’évêque de Canterbury n’y consentiraient.

  16. @ Yan:

    Merci!
    Très bon texte!

    @ sylhon:

    Votre témoignage est très touchant.

    Moi aussi j’aimerais vraiment avoir plus d’informations par rapport à ce sujet:

    Ce que vous apportez comme information au sujet de l’hydratation et de la déshydratation est extrêmement intéressant. Voilà un sujet qu’il vaudrait éminemment la peine d’explorer scientifiquement: la déshydratation est-elle une défense contre la douleur? Si vous avez d’autres informations sur cette question, je vous serais très reconnaissant de m’en communiquer les références ou de me les faire parvenir.

    L’idée de Yan (se laisser mourir et refuser toute alimentation/traitement), doit être explorée.

  17. Je ne me souviens plus vraiment où j’ai lu ça… Mais je suis certaine de l’avoir lu. Chez les animaux aussi, cela se passe comme cela : ils ne s’alimentent plus, s’isolent et s’éteignent dans une espèce de coma.
    Mais j’ai pu constater à maintes reprise auprès des patients que ceux qui refusaient de s’hydrater et de manger tombaient dans un état appelé « pré-mortem », et où, franchement, ils étaient paisiblement endormis, et ne ressentaient plus de souffrances qd on leur apportait les soins d’hygiène de base. Il y a 25 ans, j’ai eu à plusieurs reprises des personnes âgées qui avaient une fracture de hanche et qu’on opérait pas, car ils étaient dans cet état « pré-mortem ». Ils s’endormaient et s’éteignaient paisiblement…
    Je dois dire que ceux que j’ai vu le plus souffrir sont ceux qu’on soignait d’un cancer! la morphine prolonge parfois leur vie, et ne les empêche pas fiorcément de souffrir. Je me souviens d’une dame, une nuit, qui s’agrippait à moi en hurlant qu’ « ils » venaient la chercher, qu’il y avait du sang sur les murs, etc. Même si elle n’avait pas l’air d’avoir de souffrance physique, elle avait une sérieuse souffrance morale. Ce fut la pire nuit que j’ai passée, à la rassurer constamment, en lui tenant la main…
    J’ai aussi connu un monsieur qui avait une tumeur de la langue et qui a refusé tout traitement. J’ignorais qu’il était gravement malade (il était mon voisin), pourtant, travaillant au scanner à ce moment, des cancéreux, j’en voyais à longueur de journée. Il est décédé brutalement, un matin. C’est à ce moment que j’ai appris la maladie dont il souffrait, il tirait encore les rats au jardin quelques jours plus tôt! Qd je vois les personnes traitées, opérées, je me dis que, si c’était moi…
    Maintenant, chacun est libre d’accepter ou de refuser un traitement, mais la manipulation est forte dans nos médecines occidentales, et l’humain souvent bafoué… Les médecines « douces » souvent poursuivies comme « sectaires », pourquoi? Etre trop humain, ce n’est pas bien? Refuser le dogme médical établi et renier l’industrie pharmaceutique qui est derrière, c’est un délit?
    Chimiothérapie chez des patients moribonds, qu’est-ce que ça apporte sinon des souffrances supplémentaires????
    De toute mon expérience professionnelle, je constate que les personnes chez qui on ne s’est pas « acharné » ont souvent moins souffert que les autres. Mais bon, chacun est libre de décider de ce qui est le mieux pour lui, en son âme et conscience. C’est surtout cela que j’aimerais passer comme message, et l’interventionnisme à outrance n’amène pas forcément de bonnes choses : nous sommes des êtres vivants, des êtres humains, non? Le minimum que nous pouvons espérer c’est une forme de respect, respect de la vie, respect de nos droits et de nos choix thérapeutiques, sans être infantilisé ou renié en tant que personne?

  18. @Sylhon
    Merci pour votre réponse. Elle apporte un peu plus d’eau à mon moulin.

    Vous écrivez: « De toute mon expérience professionnelle, je constate que les personnes chez qui on ne s’est pas « acharné » ont souvent moins souffert que les autres. »

    À partir d’une expérience restreinte, c’est ce que j’ai cru constater aussi. En choisissant de ne pas lutter à tous prix contre une maladie, il me semble que des personnes auraient grandement atténué leurs déboires et souffrances ultérieures. Un ami cancéreux qui a subi une chimiothérapie, et qui se détériore aujourd’hui à petit feu très lent et éprouvant, me disait que la médecine affirme connaître un taux de succès croissant avec ce type de thérapie (le succès veut dire essentiellement qu’on réussit à prolonger la vie). Par contre, souligne-t-il, la médecine ne nous dit pas que ces traitements affaiblissent tellement l’organisme que les gens meurent chemin faisant d’une foule d’autres maladies: infections diverses, pneumonies, etc.

    Bien sûr, toute la sagesse consiste à savoir dans quelle mesure il est bon de combattre une maladie et quand il faut combattre. Quoiqu’il en soit, vous soulevez là tout un pan relatif à la mort et à l’euthanasie qui manque d’être exploré et documenté, mais qui devrait l’être.

  19. Hors sujet (apparemment)

    Je viens de remarquer ce mail du Figaro censurant l´un de mes commentaires au sujet du dernier livre de Stephen Hawking. En fait, c´est une erreur, le commentaire a été publié:

    Bonjour xxx yyyy,

    Votre message a été modéré. Votre contenu ne respecte pas la charte de modération lefigaro.fr.

    Concileo : modération refusée
    Lire la charte de modération lefigaro.fr
    Message posté le 14/09/2010 à 04:13
    Sur l’article :

    «L’univers est né sans Dieu» : Hawking crée la polémique .

    Rappel de votre message :

    Remarquons que le big bang où tout se passe très vite, à la millionème de seconde, souvent, contredit le principe de l´évolution darwinienne (dans sa version athée) où tout se passe très lentement. Ce sont des tempos très différents. Hawking fait une affirmation qui n´est pas une affirmation scientifique. Aucune équation physique dit que Dieu fusse nécessaire. Aucune ne dit le contraire non plus. L´affirmation de Hawking est en cela parfaitement gratuite, non scientifique en tous cas. On peut se souvenir de son humour lorqu´il affirmait que la Terre était ronde, qu´il le savait parce qu´il en avait fait le tour. Il se pourrait cependant que la Terre soit deux morceaux de parallélépipèdes unis par un cylindre autour duquel Hawking aurait tourné, le faisant croire que la terre était ronde et non un double parallélépipède uni par un petit cylindre.
    Vous voyez bien que Hawking peut faire des affirmations qui pourraienet être fausses. Et c´est en cela que consiste, à mon avis, son humour. Cette fois, c´est , par contre , une déclaration gratuite pour journaux de type tabloide plutòt que pour journeaux scientifiques.
    Cordialement,
    L’équipe d’animation de la communauté Mon Figaro
    (Merci de ne pas répondre à ce mail. En cas de besoin, reportez-vous à la charte de participation du Figaro.fr http://www.lefigaro.fr/charte_moderation/charte_moderation.html)

    Et voici l´article du Figaro:
    http://www.lefigaro.fr/sciences-technologies/2010/09/06/01030-20100906ARTFIG00757-l-univers-est-ne-sans-dieu-hawking-cree-la-polemique.php

  20. @Anonyme
    Merci pour cette référence à l’article du Figaro sur le livre de Hawking. Évidemment, comme vous le signalez, c’est hors sujet, mais le matériel est intéressant néanmoins. Comme astrophysicien, Hawking est un homme remarquable. Comme métaphysicien, il est plus que nul. Il est étonnant qu’un homme aussi intelligent puisse encore baragouiner de telles inepties sur un sujet dont l’évidence est pourtant limpide: la science, sur son terrain propre, n’a rien à dire ni pour ni contre Dieu. Si elle veut se prononcer là-dessus, elle sort de son orbite propre et verse dans la métaphysique et la théologie. Et là, Hawking a encore la morve au nez. Si Hawking tient un tel propos, c’est plus probablement parce qu’il veut relancer le débat idéologique anticlérical qui prévalait déjà à l’entreprise de Darwin. Cela n’a strictement rien à voir avec la science et son statut de scientifique lui donne peut-être du prestige et de la crédibilité, mais il ne l’empêche pas de dire des âneries.

  21. Bien que les débordements dans le cas de l’euthanasie thérapeutique sont fort envisageable de la part de l’état, je dois dire que cette pratique est pour ma part la meilleure solution jusqu’à ce jour.

    Premièrement, un patient en fin de vie souffre et ce malgré les sédatifs. J’ai vu mon père mourir d’un cancer du cerveau dans une chambre d’hôpital (je devrais dire une grange d’hôpital) puisque ce qui faisait office d’une porte pouvant nous permettre un semblant d’intimité ressemblait à un boxe d’écurie mais enfin…

    Le médecin de mon père, lui a fait à croire qu’ils allaient changer sa médication (à nous aussi) pour qu’il puisse mourir chez-soi tel son désir. Mais la suite des chose fut tout autre, que de transparence dans notre merveilleux système….

    On a ensuite placé mon père dans une chambre sans porte complètement fermé, avec des murs où la peinture décollait et près de toute la circulation de l’étage par le personnel.

    Pourquoi au moins nous n’avions pas eu une chambre pour soins palliatifs ? Bonne question, mais ce que j’ai remarqué c’est que les chambres pour les patients en phase terminale (qui était libre contrairement à ce que l’on nous a dit) était au fond du corridor et celle où mon père a été confiné près du poste d’observation où les fonctionnaires syndiqués oups, les infirmières s’occupait à remplir leur paperasse… je vous laisse en tirer vos propres conclusions.

    Imaginez, on exigeait de nous, parents et amis de porter des gants et de ridicules robes d’hôpital afin d’éviter de transmettre des germes à mon père… qui était en phase terminale d’un cancer. Vu les conditions navrantes dans lesquels il était confiné, attraper un virus qui l’aurait achevé aurait été une véritable délivrance.

    Deuxièmement, la médecine contre certaine maladie n’offre rien de mieux que de prolonger une condition insupportable et dans le meilleur des cas, vous serez un cobaye humain pour qu’une pharmaceutique avide de fric finisse grâce à votre corps par trouver un moyen pour prolonger davantage ladite souffrance (la guérir est bien moins payant bien entendu).

    La journée où le système économique en lui même se trouverait largement modifié, où une vie humaine vaudra plus qu’une vulgaire cote à la bourse ou le fond de pension d’un médecin-fonctionnaire, cette journée là peut-être je deviendrai contre, mais en entendant ne rêvons pas en couleur Star Trek ça reste encore que de la science-fiction.

    C’est pourquoi dans de tel condition, qui relève de la médecine de brousse, je dis oui à l’euthanasie bien que dégueulasse, peu poétique et surtout contre la morale chrétienne (comme l’avortement d’ailleurs) cette pratique relève de la pire des solutions pour des patients en fin de vie hormis toutes les autres.

    Monsieur Barcelo, le jour où dans votre lit d’hôpital on vous retournera à tous les 20 minutes parce « qu’il faut suivre le protocole décrété par l’établissement et l’ordre professionnel » et que l’on vous donnera des sédatifs ne faisant que vous faire taire alors que vous souffrez en silence, le jour où on vous mentira seulement pour vous permettre d’aller à l’abattoir humain puisque c’est comme ça que ça se passe chez nous, le jour où on vous fera vivre les pires douleurs atroces au nom d’idéologie barbare et venant d’une ère révolue vous changerez probablement d’idée. La société, notre système de santé et notre système économique ne peut malheureusement pas nous promettre mieux, elle ne peut non plus me faire croire qu’elle réussira à ne plus faire souffrir un patient en phase terminale. Alors je ne vois pas vraiment d’autres solutions à cour et moyen terme.

  22. Jean-François,
    Ce que vous racontez rejoint ce que j’ai vécu de l’autre côté de la barrière, en tant que soignante…
    C’est pour cela que je suis contre l’acharnement thérapeutique, et pas forcément pour l’euthanasie : souvent, le patient ignore qu’il est libre de ses choix thérapeutiques…
    Il est possible de refuser les traitements et de finir ses jours plus près de chez proches que dans une chambre d’hôpital totalement impersonnelle.
    Ce fut le cas pour ma mère et ma grand-mère, retées le plus longtemps possible à domicile, puis en résidence dans une maison de repos toute proche où je pouvais leur rendre visite à loisir, et où elles sont toutes les deux décédées. Bien que pour maman, cela a été plus dur de faite admettre de ne pas hospitaliser et réanimer, comme je l’ai expliqué. Et j’aime autant vous dire que le fait d’être une soignante assez entêtée et respectée a un peu aidé aussi :-) . Mais on ancre tellement dans la tête des gens qu’il faut « sauver des vies », qu’ils ne voient pas que la personne est en fin de vie, et qu’il faut la laisser partir, tout simplement, puisque toute force s’en est allée…
    Les traitements font souvent souffrir, ils annihilent parfois les dernières forces de l’organisme, mais on ne peut pas le dire, c’est mal vu, c’est anticonformiste, dans notre monde si « moderne » et déshumanisé….

  23. Très bien sylhon.Merci pour avoir compris, merci pour le dire.Parce que la mort est aussi quelque chose de naturel et que l´acharnement thérapeuthique peut ne servir qu´à faire souffrir.

  24. « Pourquoi au nom de la compassion me donnerais-je le droit de tuer quelqu’un plus que je ne m’en donnerais le droit au nom de la colère ou de la haine? Quelle autorité supérieure la compassion – ou même la préservation de la « dignité » – donne-t-elle pour décider de tuer?  »

    Parce que au nom de la compassion, c´est celui qui veut cesser ses souffrances qui vous le demande; alors que si vous tuez quelqu´un par haine ou par colère, c´est contre sa volonté.

    La différence est ABSOLUE!!!

  25. Anonyme, bien entendu…
    Mais comme on « manipule » quand même beaucoup le patient dans le milieu médical occidental, on pourrait lui faire avaler que seule l’euthanasie le soulagerait, aussi. Je me méfie terriblement de loi « pour » aussi…
    Même si parfois, ça arrive, il faut que ce soit dans une relation de totale confiance et que ce soit le patient qui l’ai demandé auparavant, et encore…
    On parlait d’Hawking : c’est un bel exemple d’une personne qu’on aurait pu « euthanasier », vu son état de dépendance physique, et pourtant, ce monsieur écrit encore des livres, mène encore des réflexions (même si on peut ne pas être d’accord avec lui), trouve encore du plaisir à la vie, même si son corps l’a lâché!
    A la limite, pas d’acharnement thérapeutique et donc, aussi, débranchement des personnes en comas dépassé…
    Outre cela, c’est la personne qui décide de s’endormir et de ne pas se réveiller, sans qu’on intervienne, bien évidemment…
    Car, je radote un peu : on a du mal à admettre que la mort soit l’issue de la vie, sous nos civilisations « évoluées » , et c’est bien dommage, quelque part, car le passage, auprès des siens, ou à tout le moins, dans un endroit où on se sent en paix, peut-être un grand moment pour la personne mourante aussi bien que pour l’entourage.
    même à l’hôpital, des personnes isolées, sans visite, je les accompagnais sur leur dernier chemin, et leur tenir la main, leur parler, leur rafraîchir doucement le front, les lèvres, leur permet de quitter cette vie paisiblement…
    Enfin, c’est ce qu’il me semble avoir constater en tout cas.

  26. « Car, je radote un peu : on a du mal à admettre que la mort soit l’issue de la vie, sous nos civilisations « évoluées »  » Vous ne radotez point, au contraire. Il faut voir la mort comme une culmination naturelle de la vie. Je suis tout à fait d´accord avec vous qu´il ne faut pas faire de l´acharnement thérapeuthique.
    Et, cela est extraordinairement important: les malades ont le droit de refuser des traitements médicaux qu´ils considèrent abusifs ou mauvais pour eux.
    Il faut parler avec les patients pour savoir s´ils souffrent trop, etc…Mais tout le monde, n´est pas ausi humain que vous, sylohn.
    Pour le cas de Stephen Hawking, rappelons qu´il a besoin d´une infirmière particulière 24 heures/jour et que si je me souviens bien il s´est marié avec elle!!!! Stephen Hawking a eu une chance inouïe: il a trouvé un personne comme vous, sylohn, qui a été capable de l´aimer, de voir au delà des limitations de notre malheureux corps (quand il ne répond pas).
    Mais cela n´arrive pas avec un grand pourcentage des patients graves qui peuvent se retrouver seuls et souffrants. Rappelons que le cas de Hawking, bien que ce soit un cas grave, est un cas sans souffrance physique. Dans les cas où la souffrance physique et morale, s´ajoute à l´impossibilité d´utiliser son corps et que l´on dépend des autres et que les autres peuvent de plus ne pas t´aimer , il vaut bien mieux mourir, comme moyen d´arrêter les souffrances. Dans les cas où il y a l´immense chance que l´amour s´y mêle (Hawking marié avec son infirmière); mais remarquons tout de même les limitations pour les autres malades, puisque l´heureux mariage d´authentique amour (c´est vraiment ça l´amour) de Hawking avec son infirmière montre bien que ces malades ont besoin de soins et d´amour les 24 heures; ce qu´ils n´obtiennent jamais dans nos hôpitaux.
    Pour les cas où il y aurait des abus et où l´on voudrait se défaire de tous les malades d´une manière systématique, en les convaincant, comme vous le dites, que mourir systématiquement c´est mieux; il ya le personnel, les infirmières , les méd3ecins, pour parler avec les patients. Je ne crois pas que beaucoup de patients accepteraient de mourir, s´ils n´etaient vraiment pas au plus mal. Car mourir fait peur. Il serait intéressant de demander a Hawking, de nous dire, sincérement, que croit-il qu´il serait advenu de lui, s´il n´eusse pas trouvé une professionnelle: un infirmière pour lui tout seul, les 24 heures, pour s´occuper de lui, pour l´aimer.
    Imaginez maintenant les malades très souffrants, qui ne peuvent se valoir d´eux mêmes, et qui voient bien qu´ils sont de trop, qu´ils gênent, et pire que tout, qu´ils ne sont pas aimés…
    Et il n´ya pas que la souffrance physique. C´était Balzac qui faisait dire au père Goriot (je crois) , devant ses fils, devant sa propre famille: « coupez moi la tête, laissez moi seulement le corps »….

  27. « Outre cela, c’est la personne qui décide de s’endormir et de ne pas se réveiller, sans qu’on intervienne, bien évidemment… »
    Cela existe-t-il? Des personnes qui sont capables de s´endormir pour ne pas se réveiller?
    Je ne le savais pas. Ce sont des personnes, si cela existe, très très chanceuses.

  28. Ma grand-mère l’a fait, anonyme, et j’en ai connu beaucoup d’autres, qui, usées, lasse de la vie qu’elles sont contraintes de vivre au bout du chemin, décident de ne plus lutter et de s’endormir, de ne plus boire, de ne plus manger, et de s’endormir, doucement, définitivement…
    Oui, il y en a beaucoup, j’en ai connu pas mal dans ma carrière, ce n’était pas des cancers, c’était des fractures, des traumatismes, et un grand âge…
    Le problème avec notre médecine actuelle, c’est que « tout bien portant est un malade qui s’ignore » : on vous cherchera quelque chose, et on finira bien par trouver une quelconque pathologie parce que votre corps vieillit, et on finira par vous convaincre que vous devez absolument vous soigner, prendre des pilules, faire des examens, et vous le croirez, la nature humaine est ainsi faite!
    Ca me rappelle de nouveau une anecdote concernant ma grand-mère :
    Elle était diabétique, avait été opérée d’un cancer colo-rectal mais ignorait sa pathologie réelle (on lui avait dit que c’était un abcès, et nous avions refusé la radiothérapie, sachant qu’elle comprendrait tout de suite, et qu’elle ne guérirait pas : elle n’est pas décédée de son cancer, il n’est jamais réapparu),et avait fait un infarctus durant cette opération : son coeur était donc resté fragile.
    Un jour, elle souffre de douleurs précordiales (douleurs dans la poitrine), elle appelle son médecin traitant, qui lui fait un électro cardiogramme (heureux temps où il ne fallait pas recourir aux spécialistes pour ce faire), l’ausculte, et prescrit un séjour hospitalier de 24 heures sous monitoring cardiaque afin d’être sûr qu’il ne s’agit pas d’un infarctus discret à l’électro (ça arrive, hélas)
    On appelle une ambulance (il valait mieux qu’elle voyage couchée), je la suis à l’hôpital, qui était celui où elle avait été opérée, pas celui où je travaillais : grand mal m’en a pris (elle aurait préféré être près de moi, mais comme son dossier était dans l’autre…)
    On l’a mise 3 jours en hospitalisation provisoire sans monitoring cardiaque, on l’a mise ensuite transférée en médecine interne pour « mise au point ». Un jour, j’arrive aux visites avec des mots croisés (elle adorait ça), elle me dit : non, remets tout ça, je ne vois plus bien…
    Je m’inquiète, et j’apprends que : « je suis allée chez l’ophtalmologue, elle m’a dit qu’il fallait m’opérer de la cataracte parce que je ne vois plus assez!!!! »
    Le comble : rentrée pour une suspicion de problème cardiaque, elle risque de se retrouver sur une table d’opération!!! (ça se faisait sous anesthésie générale, à l’époque)
    Je bondis hors de la chambre, vais demander à parler au médecin de service. Qui m’explique que ma grd-mère n’avait pas de menace d’infarc :ben alors, pourquoi la gardait-on?, qu’on « met au point son diabète » : pas d’accord, chez elle, elle mangera comme elle aime, dans les limites du raisonnable, ça ne sert à rien de modifier un traitement bien adapté à son domicile, et de surcroît, je râle sec sur cette histoire de cataracte « subite »
    Le lendemain, grand-mère est rentrée chez elle (tiens?), elle n’a jamais été opérée de cataracte, et a continué à lire et faire ses mots croisés :-)
    Comme quoi, on peut faire avaler n’importe quoi à des personnes seules et affaiblies, hors de leur milieu habituel, même les plus « volontaires » (j’aime autant vous dire que grand-mère avait du tempérament, et ne se laissait pas si facilement influencer!)

    Voilà, je déplore que notre système de santé soit devenu une machine à prescrire examens et pilules, et que le côté humain, la prévention soient autant négligé .
    Il faut différencier la véritable prévention : hygiène de vie, alimentation, etc. du dépistage systématique de maladies. Ce sont deux approchez totalement différentes, et la seconde aurait plus de raisons d’être (mais moins sytématiques) si la première était mieux mise en pratique: c’est le contraire qui arrive, et c’est bien dommage !
    Mais je m’égare du sujet, je suis désolée…

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