Vive la monnaie libre!

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Philippe David, publié sur le Minarchiste Québécois

Bon voilà le moment venu de discuter de monnaie. Dans mon billet «La destruction de la richesse», je vous ai montré les effets néfastes de l’inflation et comment cette inflation est responsable du cycle économique de boums et de récessions. Cette situation n’est pas inhérente au libre-marché, mais c’est plutôt l’intervention étatique dans la production de la monnaie qui est à blâmer. Nos problèmes actuels viennent en réalité de deux sources: le système bancaire avec banque centrale et réserves fractionnaires et la monnaie fiduciaire. Je me propose donc d’élaborer un peu sur le sujet.

L’argent et la richesse.

Il y a un sophisme économique persistant qui veut que plus on a d’argent, plus on est riche. C’est peut-être vrai du point de vue d’un individu en particulier (et encore!), mais c’est faux à l’échelle d’une économie. Dans une économie, la richesse provient de la quantité de biens produits et non de la quantité d’argent en circulation. Il est donc important de se souvenir que la masse monétaire ne devrait jamais être plus grande que la production de l’économie. Imprimer de l’argent ne produit pas de richesse. Si c’était si simple, il y a longtemps qu’on aurait éliminé la pauvreté.

Les banques centrales et les réserves fractionnaires.

Je ne tiens pas à me lancer dans des explications trop élaborées de notre système bancaire. Je vais donc essayer de me limiter à l’essentiel. Le principe de réserve fractionnaire veut dire que pour chaque dépôt, la banque peut prêter une partie ou la totalité de l’argent déposé sous forme de prêt. Par exemple, aux États-Unis, les banques doivent maintenir une réserve minimum de 10%, ce qui veut dire que pour un dépôt de $100, la banque peut prêter $90, tout en gardant votre dépôt original de $100 dans ses livres. Si la banque prête ces $90 à une autre banque, celle-ci peut également prêter 90% de cet argent, et ainsi de suite. Ce qui veut dire que chaque dépôt de $100 peut « créer » jusqu’à $1000 de crédit à partir de rien.

Avec la banque centrale comme chef d’orchestre, les banques forment un cartel qui détient le monopole de la création d’argent dans une zone monétaire donnée, avec le concours de l’état. Ce système permet une expansion monétaire coordonnée entre les banques.

La monnaie fiduciaire.

Depuis l’abandon de l’étalon-or par les États-Unis en 1971, toutes les monnaies sont fiduciaires. C’est à dire que leur valeur repose strictement sur la confiance envers l’émetteur de cette monnaie, en l’occurence le gouvernement. Le papier-monnaie n’a aucune valeur intrinsèque. Le problème avec ce concept, est qu’il impose très peu de limites sur la capacité d’un gouvernement à imprimer de la monnaie, alors qu’avec une contrepartie métallique, le gouvernement doit maintenir des réserves suffisantes de ce métal, ce qui a tendance à mettre un frein à la production monétaire. Le graphique ci-dessous illustre la croissance de la masse monétaire aux États-Unis depuis 1960. Notez comment l’expansion monétaire s’accentue depuis 1970 alors qu’elle était pratiquement plate avant.

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C’est juste pour démontrer l’effet limiteur de l’étalon-or sur la création de monnaie. Il y a dans l’histoire plusieurs expériences qui ont été tentées d’introduire une monnaie fiduciaire en papier, que ce soit la monnaie de carte de la Nouvelle-France ou les assignats et la monnaie de John Law en France, pour n’en nommer que quelques unes, elles se sont toutes soldées par des désastres économiques. Naturellement, ceux qui n’apprennent rien de l’histoire sont condamnés à la répéter. Alors qu’est-ce qui nous fait croire qu’on évitera le désastre ce coup-ci?

Des alternatives?

Sachant que la monnaie fiduciaire et les banques centrales sont à la racine du problème, c’est évident que nous devons revenir à une monnaie qui est plus solide, abolir les banques centrales et désétatiser la monnaie. Lorsque je mentionne ça dans des discussions, des rigolos me lancent « c’est ça! on va retourner au troc! ». Si c’était maintenant votre intention, laissez-moi vous dire que c’est une réflexion totalement ignorante et stupide. Réformer le système monétaire ne signifie pas un retour au troc! Et une monnaie qui n’est pas contrôlée par l’état n’est pas nécessairement moins fiable, car croyez-le ou non, ce n’est pas l’état qui a inventé l’utilisation de la monnaie, mais les gros méchants capitalistes et le libre-marché. L’état, y voyant un certain avantage, a tout simplement utilisé son pouvoir pour s’en attribuer le monopole, mais ce n’est pas pour votre plus grand bien, mais plutôt celui de la classe politique. Rappelez-vous aussi qu’au Canada, il n’y avait pas de banque centrale avant 1934. Que diable faisions-nous avant !?! Échanger des fourrures? Non, nous utilisions des notes émises par nos banques et convertibles en or ou en argent.

Pourquoi un système bancaire libre?

Croyez-le ou non, un des problèmes du système actuel est que les banques bénificient de trop de protection de l’état, ce qui leur permet de prendre plus de risques. Par exemple, le fait que vos dépots à la banque soient assurés par le gouvernement permet aux banque de maintenir une moins grande réserve, puisqu’elles n’ont plus à craindre de ruées. Sans cette protection, les banques devraient maintenir une réserve plus grande pour pallier une panique des déposants. Un dirigeant de banque y pense deux fois avant de se risquer à faire trop de prêts ou faire des prêts à risque si l’état n’est pas là pour le protéger de la faillite. Les banques seraient responsables des notes qu’elles émettent, elles auraient donc un intérêt à la prudence. De plus, sans banque centrale, les banques ne peuvent plus créer du crédit de façon coordonnée. Si une banque individuelle fait une expansion de crédit trop forte, elle devient vulnérable à ses compétiteurs qui peuvent démarrer une ruée sur cette banque.

Les économistes de l’école autrichienne sont pour la plupart, en faveur d’une monnaie étalonnée avec des banque qui maintiennent une réserve à 100%. C’est à dire qu’elle ne peuvent prêter que l’argent qu’elles reçoivent sous forme de dépôt à terme. Ce ne serait pas dans l’esprit libertarien d’imposer ceci par règlementation par contre, alors on se fierait aux forces du marché. Il est évident que dans un marché libre, je ne déposerais mon argent que dans une banque à 100% de réserve. Présumément, la majorité des gens feraient de même.

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