Vous avez demandé la police ?

Après les épisodes très médiatisés par le pouvoir de la mort d’un gendarme, et des évènements de Grenoble, la police s’interroge aujourd’hui, et inquiète parfois.
Une bavure ne condamne pas toute une corporation, tout comme le meurtre d’un gendarme ne devrait pas condamner toute une communauté.
Chaque corporation à son lot de moutons noirs, et la généralisation est trop simpliste.
C’est pourtant ce qui se passe aujourd’hui, des deux cotés de l’institution.
Mais comment en est-on arrivé là ?
Est-ce du à la diminution drastique des effectifs policiers ? Au manque de formation du corps policier dans son ensemble ? Ou à la situation de rejet et de détresse sociale des populations de banlieues ?
Il semble que ce soit un peu les trois à la fois.
Depuis 2002 on assiste à une forte baisse des effectifs policiers, (lien) (entre 3000 et 5000 suppression de postes annuels) et en même temps à une multiplication des caméras de surveillance. lien
Pourtant, l’on sait, d’après plusieurs enquêtes que la prolifération des caméras de surveillance, loin de freiner la délinquance, ne l’empêche pas, voire l’accélère, ainsi que le prouvent plusieurs enquêtes menées en Angleterre, (lien) Australie, et même à Toulon. lien
Déjà en mars 2004, l’institut d’aménagement et d’Urbanisme de la Région Ile-de-France contestait leur utilité :* »d’un point de vue strictement quantitatif, la vidéo surveillance ne traduit pas une baisse significative de la délinquance… ».
Pour être tout à fait juste, l’efficacité des caméras de surveillance est au moins effective pour le porte monnaie des fabricants, puisque le marché oscille entre 1 et 1,5 milliards d’euros et que Brice Hortefeux à décidé en 2009 d’en tripler le nombre en passant de 20 000 à 60 000 en 2011. lien (une caméra installée coute entre 10 000 et 30 000 €.)
Jean Pierre Petit, de l’association « souriez, vous êtes filmés », déclare « c’est une véritable panoplie totalitaire (et au ¾ illégale) si nous ne réagissons pas ». lien
Le nombre des gardes à vue a explosé, passant depuis 2001 de 13% à 67% en 2007. lien
Il a été de 800 000 en 2009. lien
S’il faut en croire Pierre Marco, commandant de police affilié à l’Unsa, ce serait du à la politique du chiffre réclamée en haut lieu.
Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas demandé « il faut substituer une culture de l’aveu à une procédure de la preuve ». lien
Quant aux gendarmes, ils sont en colère et descendent même dans la rue pour le dire.
Qu’il s’appelle Michel Bacque, adjudant chef à la retraite qui vient de déchirer symboliquement sa carte de retraité de la gendarmerie et témoigne : « dans l’indifférence générale, dans un silence digne de la grande muette, nous sommes en train d’assister à un enterrement de haute classe, celui de la gendarmerie nationale (…) ne nous voilons pas la face, le mot gendarmerie est toujours cousu sur nos vestes, mais ça n’a plus rien à voir ». (lien) ou qu’il soit l’anonyme « vieux commandant de la Gendarmerie » qui s’indigne lors du passage de Sarkozy à Valence, la police ne va pas bien :
« Ce mardi 3 mars, à 11h l’empereur Sarkozy était chez nous dans la Drome. A l’heure ou il faut se serrer la ceinture, il aura encore claqué des millions d’euros pour sa propagande : 1265 gendarmes déployés ! (…) il a invité 3000 personnes (des sympathisants de l’UMP) pour un petit vin d’honneur (…) dire que la France est au bord de la faillite et lui, il nous met une balle dans la nuque ». lien
Les bavures s’accumulent, tel ce SDF handicapé qui prenait le métro sans billet, qui a pris pour çà 2 mois de prison ferme, ou des jeunes tabassés et arrêtés sans motifs, des policiers qui paniquent et qui tirent, qui se dénomme eux même « des macs ».
Comme le disait le regretté Abbé Pierre, « est-ce que Sarkozy s’inquiète de votre sécurité, ou de la sienne ? ».
Cette vidéo de 12 minutes, réalisée par une équipe de FR3 fait un constat accablant de la situation.
« Sa politique est basée sur l’ordre et la répression policière mais l’insécurité ne cesse d’augmenter depuis son arrivée au ministère de l’intérieur »
Depuis près de dix ans, il va provoquer les exclus des banlieues, les menaçant de karchérisation, avec comme seul résultat, une augmentation de la délinquance.
Comme le disait pas Maître Jean Marie Burguburu, président de la commission internationale de l’ordre des avocats de Paris : « les difficultés que traversent notre société ne seront pas résolues par des mesures mal adaptées de l’étranger ou inspirées de régimes sécuritaire » lien
Le club « Droits, Justice et Sécurités » composé de professeurs de droit, d’un anicien directeur général de la gendarmerie nationale, et ancien procureur de la république de Paris, et plusieurs chercheurs ne dit rien d’autre :
« Aujourd’hui, alors qu’il a été 5 ans ministre de l’intérieur, puis trois ans président de la république, et superministre de l’intérieur, la réalité le rattrape et son discours est condamné à bégayer. Malgré toutes ses proclamations solennelles et martiales, les Français constatent, sur la durée, une dégradation constante de leur situation et un véritable abandon du service public de la sécurité, particulièrement dans les banlieues et les quartiers en difficulté. Cet échec du « premier flic de France », c’est celui de toutes les chimères qui ont nourri son discours en matière de sécurité. Cet échec c’est la sanction d’une politique et d’une stratégie fondées sur des idées simplistes…mais fausse ! »
Dans son livre, Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS sociologue et écrivain (violence et insécurité-Fantasmes et réalités dans le débat français- éditions la découverte) nous fait découvrir que l’augmentation des vols avec violence et les coups et blessures volontaires s’explique d’abord par une révolte contre les institutions et l’on mesure les conséquences d’un amalgame absurde entre les délinquances les plus bénignes et celles qui sont plus graves, truquant ainsi les statistiques.
« Le nombre d’homicides en France en 2009 s’élève à 819, soit moitié moins qu’en 1989 (…) 80% des actes se font dans le cercle des connaissances (…) quant aux viols ils sont majoritairement un phénomène familial ».
L’insécurité est donc en grande partie le fait d’un « bourrage de crane ». lien et dans celui de la communication.
Par ces temps de crise, il est utile de rappeler que le budget communication du gouvernement à explosé passant entre 2008 et 2009 de 5,7 à 22,4 millions d’euros. lien soit une hausse de 292%.
Aujourd’hui, face a cette manipulation dérisoire et surtout dangereuse, qui voudrait opposer des français aux autres français, une pétition est lancée :
« Nous sommes tous français », et on peut la signer sur ce lien.
Comme disait mon vieil ami africain : « Là où est le cœur, les pieds n’hésitent pas à aller ».

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