Woerth à nouveau convaincu de mensonge

Quel que soit le caractère accablant des informations qui se sont succédé ces dernières semaines à la suite de la révélation par Mediapart de l’affaire Bettencourt, Eric Woerth, toujours en poste au sein du gouvernement contre toute légitime attente démocratique, ne connaît qu’une attitude : nier, encore et toujours, systématiquement, contre l’évidence. Nous vous livrions dans notre dernier billet sur le sujet un digest sur le mode « si vous avez raté le début » qu’il est utile, pédagogiquement, de reprendre ici : « la pratique de distribution d’enveloppes en liquide par les Bettencourt à des politiques est confirmée par nombre de témoignages, dont celui de leur ancienne comptable, qui accuse nommément l’ancien trésorier de l’UMP – en même temps que ministre du Budget et époux de la directrice des investissements de la société gérant la fortune de l’héritière de L’Oréal ! – d’en avoir touchée une, de 150 000 euros, dont 100 000 provenant de comptes suisses dissimulés à l’administration fiscale française (à la tête de laquelle on trouvait alors le même Woerth).

Dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom, un ministre au coeur d’un tel imbroglio de conflits d’intérêts aurait démissionné depuis belle lurette et un juge indépendant mènerait l’enquête. En Sarkozie, modèle de république bananière, Woerth est toujours au gouvernement et les investigations sont menées par un procureur hiérarchiquement soumis au pouvoir, qui refuse contre l’avis d’une Cour d’appel à une magistrate d’accéder à une pièce à conviction cruciale, les enregistrements clandestins de conversations entre la milliardaire et son conseiller financier ayant déclenché toute l’affaire, enregistrements dans lesquels il est lui-même cité et compromis, ledit procureur, cerise sur le gâteau, ne cachant pas son amitié personnelle avec le chef de l’Etat ! » Ajoutons que le président lui-même est la pièce de domino juste derrière Woerth, les enveloppes en liquide ayant servi à financer illégalement sa campagne présidentielle, ce qui devrait le contraindre à quitter le pouvoir !

Le dernier épisode de l’affaire avait ajouté deux lourdes accusations au passif du ministre : la comparaison des agendas du gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, et de l’ex-comptable indique la remise d’une enveloppe par la première au second juste avant un rendez-vous avec Woerth : « Le rendez-vous « Patrice et trésorier  », inscrit dans l’agenda de la comptable, le lendemain de la remise d’enveloppe, ne laisse-t-il pas entendre clairement qu’il s’agissait de remettre à Eric Woerth, en tant que trésorier de l’UMP, les 50 000 euros remis la veille ?« , interrogeaitMarianne. Voilà qui devrait intéresser un juge d’instruction, mais le pouvoir, par le truchement du procureur Courroye-de-transmission, refuse toujours d’en nommer un !

Dernier élément enfin, Libération révélait l’intervention du ministre dans la succession César, au profit d’un autre donateur du Premier cercle, le club des plus gros contributeurs de l’UMP, Alain-Dominique Perrin, exécuteur testamentaire de César. Fidèle à sa stratégie du déni, Woerth avait balayé l’accusation, etlibéplumedepresse vous avait laissé là. Il est temps d’opérer la mise à jour : depuis, Libération, sous la plume de l’ami Karl Laske, estrevenu à la charge pour démonter point par point les protestations ministérielles : « Le ministre du Travail a fait deux communiqués, hier, pour contester les informations deLibération sur son intervention dans le contrôle fiscal de la succession du sculpteur César, en 2008. « Sur ce sujet comme sur d’autres, il ne suffit pas de prétendre qu’il y a une « affaire » pour que ce soit le cas », a souligné le ministre. Pas d’affaire César, donc. Mais de nouveaux indices qui montrent la situation de conflit d’intérêts dans laquelle se trouvait Woerth lorsqu’il cumulait les fonctions de ministre du Budget et de trésorier de l’UMP.

Une lettre d’Eric Woerth, datée du 24 avril 2008, dont nous avons publié des extraits hier, prouve que le ministre a pris la décision de faire opérer par ses services un dégrèvement, à hauteur de 27 millions d’euros, sur la succession de César. Il avait déclaré « n’avoir jamais déclenché » et« jamais empêché de contrôle fiscal ». Selon nos informations, le coup d’éponge sur le redressement César fait suite à des discussions directes du ministre avec Alain-Dominique Perrin (…). « Contrairement aux insinuations et aux erreurs de l’article du journal Libération, tout a été fait dans le respect du droit fiscal », a indiqué le cabinet du ministre hier dans la matinée. » Mais ni Libération ni personne n’a dit le contraire ! Simplement,Woerth a prétendu n’être jamais intervenu sur une succession. Or, dans le respect du droit fiscal ou pas, il est bien intervenu. Il a donc menti.

« Dans ce dossier, Eric Woerth, lorsqu’il était ministre du Budget, a strictement suivi la proposition de l’administration fiscale, qui elle-même tirait les conséquences d’une décision de justice », a-t-il assuré. (…) Dans l’après-midi, le cabinet d’Eric Woerth s’en est pris violemment à Libération.« Depuis un mois et demi, Libération essaie de monter de toutes pièces de soi-disant dossiers en ayant recours à la même tactique de l’amalgame, de l’insinuation et de la déformation des faits », a assuré le ministre. « L’article sur César n’est qu’une nouvelle preuve de cette volonté de déstabilisation qui conduit le journal Libération à un acharnement inacceptable. » Alain-Dominique Perrin, lui, a suivi l’escalade verbale, en déclarant que « la lettre communiquée par Libération est bidouillée »« Elle est tronquée. C’est un travail de faussaire », a-t-il ajouté. Libération a donc choisi de la mettre en ligne intégralement sur son site Internet. Ces réactions indignées n’effacent pourtant pas les questions posées par ce nouveau dossier. (…) cartoonLe cabinet d’Eric Woerth assure que le ministre n’a fait que signer « un projet de courrier » émanant de l’administration. « En résumé, il s’est simplement contenté d’entériner l’analyse de ses services, elle-même fondée sur une décision de justice. » Il maintient donc sa doctrine officielle : pas d’intervention.

Pourtant, sa lettre adressée à l’avocat de la succession livre une autre version. Son attention, explique-t-il, a été appelée sur la situation fiscale de César et de la Société civile des ateliers de César (Scac) par l’avocat de la dernière compagne de l’artiste. Ce dernier « sollicite la révision du passif fiscal successoral », en s’appuyant sur le non-lieu délivré dans l’enquête pénale sur les œuvres manquantes. Eric Woerth annonce qu’il « ressort de l’examen approfondi » du dossier que le « rehaussement au titre des œuvres manquantes » ne peut être maintenu.Il répond donc à une demande précise et décide d’un dispositif d’allégement et d’effacement de la dette fiscale, à hauteur de 27 millions d’euros. Il annonce que l’administration devra prononcer « dans les formes réglementaires » ces décisions. Celles-ci tarderont d’ailleurs à être répercutées et annoncées par les services. Selon un autre courrier en notre possession, ce n’est que le 14 mai 2009, plus d’un an après la lettre du ministre, que l’avocat chargé de la succession annonce avoir reçu un courrier de la direction générale des impôts « qui, compte tenu de l’importance des dégrèvements correspondants, devrait […] permettre de clôturer le dossier fiscal de la succession César ».

menteurOn voit là encore la pitoyable défense de Woerth : « amalgames« , « insinuations« , « déformation des faits« , « acharnement inacceptable« , ne cesse-t-il de geindre. Or Libération présente des faits précis et le ministre, hormis ses feintes indignations, est bien incapable de les démentir de façon probante ! Rebelote avec le dernier épisode en date, d’hier, révélé par Mediapart : « Eric Woerth a déjà été mis en cause pour avoir remis en 2008 la Légion d’honneur à Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, alors que ce dernier employait son épouserappelle L’Express, titrant sur Une nouvelle légion d’honneur suspecte pour Eric WoerthLe 13 juillet 2008, Bernard Godet, un expert-comptable qui avait certifié deux mois plus tôt les comptes de campagne municipale d’Eric Woerth à Chantilly (Oise) a été nommé officier de la Légion d’honneur sur le contingent du ministre du Budget de l’époque, selon Mediapart. Deux mois plus tard, le même comptable aurait certifié les comptes du micro-parti du ministre, baptisé Association de soutien à l’action d’Eric Woerth. « Dans ces conditions, Bernard Godet a-t-il pu, en 2009, quelques mois après avoir reçu la Légion d’honneur, se plonger dans les comptes 2008 du parti de poche du ministre et les certifier (c’est-à-dire évaluer leur sincérité et leur régularité) en toute indépendance ?« , s’interroge le site d’information. »

Qui cite les dispositions du code de commerce régissant la profession : « le commissaire aux comptes évite de se placer dans une situation qui compromettrait son indépendance à l’égard de la personne ou de l’entité dont il est appelé à certifier les comptes, ou qui pourrait être perçue comme de nature à compromettre l’exercice impartial de cette mission« . Pour le moins embarrassant ! Et comment Woerth réagit-il, cette fois encore ? « Le ministre « ne souhaite pas apporter de commentaire à une énième provocation sans fondement, utilisant toujours les ressorts de la calomnie« , a déclaré son entourage« , rapporteL’Express. « Provocation sans fondement » ? « Calomnie » ? Mais Woerth a-t-il ou n’a-t-il pas remis cette Légion d’honneur à l’expert-comptable qui a certifié ses comptes deux mois plus tôt, avant que ce dernier ne les certifie ensuite à nouveau ? Le voilà une nouvelle fois confondu ! Il ne faut pas lâcher prise, malgré les diversions hystéro-vichysso-sécuritaires du chef de l’Etat, qui s’efforce à tout prix de faire oublier l’affaire – comme il fera tout pour étouffer l’autre scandale d’Etat dans lequel il est au premier chef impliqué, le karachigate.

Woerth, qui multiplie dénégations infondées et mensonges, a-t-il perçu au nom de Sarkozy des enveloppes en liquide pour financer illégalement la campagne présidentielle de ce dernier ? Qu’un juge indépendant soit saisi pour faire la lumière, qu’on empêche Courroye d’insulter la justice de la République en classant l’affaire sans suite. Et que ce président illégitime quitte le pouvoir s’il est coupable, comme semble bien l’indiquer un faisceau de présomptions des plus convaincants !

L’affiche du film Menteur, menteur représentant Woerth est une parodie deCpolitic.

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