Woerth de plus en plus loin dans le foutage de gueule

cashRésumons la dernière révélation de Mediapart (Quand Eric Woerth déclarait à sa banque vivre avec 112 euros par mois)  : « Lors d’un emprunt réalisé en 2008 pour sa campagne des municipales, Eric Woerth, obligé comme tout un chacun de transmettre l’état de sa situation financière à sa banque, n’a pas déclaré d’impôts sur le revenu, a certifié gagner seulement 3 000 euros par mois, et avoir comme revenu disponible à peine plus de 100 euros mensuels. Dans le contrat signé, il certifie pourtant ses comptes « complets, exacts, sincères et véritables. » Or, le site d’information calcule qu’en additionnant son indemnité de maire de Chantilly et son salaire de ministre, il gagnait alors « au moins 16 000 euros » par mois. Le ministre étant toujours en vacances, la première réaction vient de son « entourage », très complaisamment cité hier matin par Le Figaro : « Contacté par l’AFP, l’entourage d’Eric Woerth a assuré lundi que le prêt avait été « souscrit dans des conditions normales comme tous les prêts électoraux« , soulignant qu’il avait été « remboursé également à des conditions normales et classiques ». Hors sujet : Mediapart n’a jamais écrit le contraire ! « Ce prêt est adossé à la garantie de remboursement de l’Etat après validation des comptes de campagnes (…) et non aux revenus du candidat« , a-t-on ajouté de même source« , relaie encore la Pravda sarkozyste. Hors sujet là encore : garantie de remboursement par l’Etat ou pas, « le ministre était tenu, en vertu du contrat qu’il a lui-même signé, de déclarer l’intégralité de ses revenus ainsi que le montant de son impôt sur le revenu« , rétorque Mediapart, dans un second article judicieusement titré Woerth et le Crédit agricole : Mediapart persiste et prouve : « Eric Woerth et le Crédit agricole ont remis en cause l’exactitude des documents publiés par Mediapart, et qui montrent qu’en 2008, le ministre, candidat aux municipales, avait fait une fausse déclaration sur ses revenus et ses impôts lors d’un emprunt sollicité auprès de sa banque. Mediapart maintient ses affirmations, publie les documents qui font preuve et précise comment il les a obtenus. » Implacable ! Mais poursuivons la lecture de la première réaction de l’entourage woerthien dans Le Figaro : « Le Crédit Agricole connaît parfaitement la réalité des revenus d’Eric Woerth, celui-ci étant client de longue date de cette banque », a-t-on encore précisé, dénonçant un « acharnement » contre le ministre. » Hors sujet pour la troisième fois : la banque remet au ministre-maire un formulaire à remplir où il est censé déclarer l’intégralité de ses revenus, client de longue date ou pas, au lieu de quoi il les minore drastiquement. En quoi révéler ce fait et s’interroger sur sa motivation constituerait-il un « acharnement » ? Si acharnement il y a, c’est bien celui que met Woerth a ainsi accumuler les casseroles ! « Sauf erreur, depuis quand quelqu’un qui cherche un prêt bancaire minore-t-il ses revenus ?« , a demandé son entourage, estimant que « chaque Français comprendra à nouveau l’absurdité de ces allégations », conclut enfin Le Figaro. Réponse de Mediapart, en forme de retour à l’envoyeur  : « La question est si pertinente qu’elle en appelle une autre en réponse : serait-ce parce que l’emprunteur cherche à dissimuler des revenus ou des impôts dont il sait qu’ils seront transmis à la Commission nationale des comptes de campagne et donc consultables par tous ?« 

L’entourage du ministre n’en reste pas à cette première réaction, achevant de se discréditer complètement en affirmant dans un communiqué ultérieur à l’article du Figaro, relayé à son tour par un deuxième papier du quotidien  : « les revenus mentionnés correspondent aux revenus arrondis perçus en bhtant que maire. Il s’agit d’un prêt lié à des élections municipales, c’est donc tout à fait cohérent« . L’auteur de l’article, Bastien Hugues, avait bien commencé : « Chaque semaine continue d’apporter son lot de révélations à propos d’Éric Woerth. Après avoir été mis en cause dans l’affaire Bettencourt, dans la vente de l’hippodrome de Compiègne, dans la succession fiscale du sculpteur César ou encore pour des remises de légions d’honneur controversées, le ministre du Travail se voit cette fois reprocher une déclaration de revenus troublante« , écrit-il en effet dans son introduction, avec une hardiesse rare dans les colonnes de la Pravda sarkozyste. Las, il conclut l’article sans une remarque sur l’énormité proférée, laissant le mot de la fin à l’entourage ministériel : « Sauf erreur, depuis quand quelqu’un qui cherche un prêt bancaire minore-t-il ses revenus ? Chaque Français comprendra à nouveau l’absurdité de ces allégations… », reprend-il, avant d’ajouter : « Et le cabinet du ministre de conclure : « La liberté de la presse est un dogme fondamental mais elle n’est ni la liberté d’insinuer, de manipuler, ou d’amalgamer comme en témoigne jour après jour l’acharnement que subit Éric Woerth« . Reprenons, pour bien se pénétrer de son insondable imbécillité, l’allégation du cabinet : « les revenus mentionnés correspondent aux revenus arrondis perçus en tant que maire. Il s’agit d’un prêt lié à des élections municipales, c’est donc tout à fait cohérent« . D’abord, « l’indemnité d’un maire d’une ville de 11 000 habitants s’élève à 2400 euros. L’ancien ministre du budget aurait donc « l’arrondi » très approximatif« , puisqu’il a déclaré la somme de 3000 euros, remarque Mediapart. Mais surtout, que penser de l’affirmation que la déclaration établie pour l’obtention d’un prêt destiné à des élections municipales ne devrait mentionner que les revenus de maire ? Outre qu’elle viole le contrat signé par Woerth, s’engageant à mentionner tous ses revenus, raisonnons par l’absurde : imaginons un salarié parisien qui possède un appartement sur la Côte, qu’il loue. Voilà qu’il sollicite un prêt en vue de réaliser des travaux dans ledit appartement. Dans la déclaration de revenus qu’il remet à sa banque, ne mentionne-t-il que les revenus qu’il tire du loyer perçu, en se justifiant ainsi : « Ce que je gagne à Paris n’a rien à voir, le prêt est pour l’appartement de la Côte » ? C’est pourtant ce que prétend le cabinet de Woerth. On le voit, le ministre pratique le foutage de gueule à un niveau rarement vu.

Sa banque également : « L’agence régionale du Crédit Agricole Brie Picardie a démenti lundi des informations du site internet Mediapart, selon lesquelles Eric Woerth aurait rempli une déclaration de revenu tronquée pour obtenir un prêt pour sa campagne municipale à Chantilly (Oise) en 2008. La banque n’exclut pas en conséquence de saisir la justice pour « violation du secret bancaire« , selon un communiqué adressé à l’AFP. Le Crédit Agricole Brie Picardie « apporte un démenti formel à toutes les allégations ou interprétations qui pourraient vouloir être tirées d’un document de travail purement provisoire et ne représentant aucun caractère contractuel« , indique la banque« , s’empresse de rapporter Le Figaro. Argument aisément balayé par Mediapart  : « ce dossier, signé et paraphé par le ministre, a été versé aux comptes de campagnes par le candidat lui-même ! Ce qui discrédite par ailleurs l’argument sur la violation du secret bancaire puisque, encore une fois, ces comptes de campagne sont consultables. Les explications de la banque sur le caractère non-authentique du document contredisent d’ailleurs celles du ministre puisque l’entourage d’Eric Woerth, après avoir qualifié nos informations d’ « absurdité  », n’a pas nié que le ministre avait fait de telles déclarations à sa banque. » Puisqu’il les a justifiées avec sa fable qu’une déclaration en vue d’un prêt pour Chantilly ne devait concerner que les revenus cantiliens… On le voit, tous ces gens sont dans le dpdéni systématique et disent n’importe quoi. Ne résistons pas, dans le même registre, à épingler Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l’UMP (Lefebvre était malade ?), auteur de cette saillie d’une violence que le mot déplacée ne suffit pas à qualifier. Cité par… Le Figaro, il « a dénoncé aujourd’hui « une fois de plus l’acharnement abject dont Eric Woerth est la cible. Ce comportement est proprement scandaleux tant il repose sur des montages farfelus, fabriqués de toutes pièces et qui n’ont qu’un objectif abattre un ministre qui fait bien son travail« , déclare M. Paillé dans un communiqué. « Outre l’atteinte évidente à la dignité d’un homme, le Mouvement populaire déplore l’abandon de toute forme de déontologie par ceux qui s’en rendent coupables et dont le seul but est d’assouvir des haines inexplicables« , conclut le porte-parole. » Promptement renvoyé dans les cordes par Mediapart, objectant du caractère officiel des documents  : « Nous n’avons (…) [pas] réalisé « des montages farfelus, fabriqués de toutes pièces » comme nous en accuse Dominique Paillé (…). Ce sont des documents qui ont été remis par Eric Woerth et son mandataire financier à la Commission [Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, NdA], en sachant très bien qu’ils pourraient être consultés par tout un chacun, comme la loi le prévoit. » Et Mediapart les a donc consultés et reproduits : quel acharnement abject !

Woerth et sa garde rapprochée sont fidèles à leur stratégie : pratiquer le déni de réalité, agresser les journalistes coupables de faire leur travail et surtout ne pas répondre à leurs légitimes questions. En l’occurrence, reprenons l’interrogation formulée par Mediapart, à l’intention des lecteurs pressés qui iraient droit à la fin de ce long billet : « nous avons cherché à joindre Eric Woerth pour savoir comment il justifiait cette déclaration tronquée, qu’il a paraphée et signée, alors qu’il lui était fait obligation de fournir « des renseignements complets, exacts, sincères et véritables » sur l’ensemble de sa situation financière et patrimoniale (…) serait-ce parce que l’emprunteur cherche à dissimuler des revenus ou des impôts dont il sait qu’ils seront transmis à la Commission nationale des comptes de campagne et donc consultables par tous ? (…) Mais Eric Woerth ne répondra pas à cette interrogation. Il a pris l’habitude depuis le début de l’affaire de ne pas donner suite aux questions des journalistes de Mediapart qui sollicitent ses explications avant parution des articles, et de tout nier en bloc après. Comme si les documents publiés n’existaient pas. Comme si les citoyens pouvaient se satisfaire de ses réactions outrées. » De même qu’il n’a toujours 3amispas consenti à expliquer en vertu de quoi il a décerné la Légion d’honneur à l’expert-comptable qui certifie ses comptes de campagne. Ni livré la moindre justification convaincante pour démentir les accablantes accusations pesant sur lui dans le cadre du bettencourtgate. Et ce type est toujours ministre de la « République irréprochable » de Sarkozy ! Il est vrai que s’il tombe et qu’est avéré le très vraisemblable financement illégal de la campagne électorale de ce dernier, c’est le président lui-même qui devrait partir… On comprend que l’UMP soit prête à tous les foutages de gueule, même les plus grotesques, pour le défendre à tout prix ! Mais ce faisant, c’est l’ensemble des citoyens français dont l’intelligence est insultée. Plus que jamais, on nous prend pour des abrutis. Jusqu’à quand ?

 

L’illustration représentant Woerth en Mister Cash provient de Cpolitic, illustrant un article revenant sur la scandaleuse loi – qu’il a pilotée – ouvrant les jeux d’argent au secteur privé, et la parodie de l’affiche du film Trois amis du blog Sarkozix.

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