Yes, we can’t (2)

Yes, we can’t (2)

Yan Barcelo, 4 février 2010

Je poursuis cette semaine avec les changements législatifs, réglementaires et structuraux qu’il serait nécessaire d’effectuer pour s’assurer qu’une crise financière et économique comme celle qu’on a connue ne se reproduise pas.

Élargir la couverture réglementaire. – Dans l’univers financier, seules les banques commerciales sont soumises à une réglementation élaborée, quoique insuffisante. La crise nous fait constater que plusieurs autres joueurs non-réglementés ou faiblement réglementés, ce qu’on a appelé aux Etats-Unis le shadow banking, ont en fait une portée systémique : banques d’affaires, fonds de couverture, compagnies d’assurance, véhicules d’investissement hors-bilan (Special Investment Vehicles ou SIV).

Certes, une compagnie d’assurance comme AIG (qui était le plus grand assureur au monde avant la crise) est réglementée dans ses activités traditionnelles d’assurance-vie. Pour chaque contrat d’assurance qu’elle souscrit, elle est tenue par la loi de mettre de côté une réserve de capital à fructifier correspondant à un certain pourcentage du capital-vie assuré. Mais cette compagnie, sous le coup d’une prodigieuse myopie intellectuelle, et surtout d’une soif de l’or débridée, s’est aventurée dans le domaine des swaps sur défaut (credit default swaps), pensant qu’il s’agissait d’une activité semblable à ses opérations d’assurance courantes. Catastrophique erreur! Or, pour les contrats CDS qu’elle signait, la compagnie ne mettait de côté aucune provision de capital puisque aucune réglementation ne l’y obligeait!

Cette insuffisance réglementaire entraîne un fuite de l’activité financière vers les secteurs les plus opaques qui échappent le plus à toute supervision. Or, toute réglementation future devrait s’applique non seulement aux banques mais à toute institution financière non-bancaire de façon à éviter « l’arbitrage réglementaire » auquel se livrait les acteurs du shadow banking. « If it quacks like a bank, and walks like a bank, then regulate it like a bank ».

Cet élargissement réglementaire doit également être géographique et englober les notoires « paradis fiscaux ». Le jeu d’arbitrage fait en sorte que plusieurs des activités les plus spéculatives se réfugient dans ces havres à réglementation minimale où elles échappent à toute supervision.

Écraser le levier. – Que ce soit par de simples prêts hypothécaires ou des dérivés financiers de haute voltige, il faut empêcher l’endettement d’atteindre les proportions démesurées qu’il a atteint. Comment? En soumettant tous les acteurs financiers à des exigences de marge ou de collatéral exigeantes de l’ordre de 20%, 25%, même 50%, selon le niveau spéculatif de l’outil financier que le joueur s’apprête à manier.

Car, une autre faute fondamentale à la source de toute la débandade financière tient au fait qu’on n’a jamais imposé aux acteurs un frais de transaction qui réflétait de façon réaliste la vraie mesure de risque que portaient surtout les instruments de haute voltige.

Hausser les ratios de capital. – Les ratios de capital d’environ 8% qu’on exige aux banques sont insuffisants et doivent être revus à la hausse. (Au Canada, ces ratios sont de l’ordre de 12%). Il faudrait implanter un mécanisme, comme on l’a fait en Espagne, qui ferait garantirait que les banques accumulent plus de réserves quand l’économie va bien, quitte à fléchir sous le ratio quand les choses vont mal.

Rémunérer jusqu’à quelle altitude? – Non seulement la rémunération des acteurs financiers est-elle démesurée et liée à des profits à court terme, elle est manchote : excessive quand tout va bien, au pire zéro quand ça va mal. C’est un modèle à revoir. Et l’idée que met de l’avant Obama, c’est-à-dire simplement plafonner la rémunérations, n’est certainement pas satisfaisante. L’impératif est de lier tout bonus à la performance de entreprise à long terme. Ainsi, on peut envisager des bonis qui, au lieu d’être payés annuellement, s’accumuleraient dans un compte sur plusieurs années, rétrécissant ou croissant selon  les rendements à moyen et à long terme des actifs dont l’acteur financier a responsabilité.

 Mais toutes ces mesures que je mets de l’avant ci-haut ne sont que des cataplasmes dont la valeur curative demeure mince. Elles s’attaquent aux symptômes de la crise, aussi éclatants soient-ils, qu’il s’agisse des dérivés et de tous les produits structurés issus de la titrisation. Pour vraiment guérir la maladie spéculative qui étreint nos économies depuis plus de trois décennies, il faut intervenir plus profondément. C’est-à-dire, opérer des changements structuraux dans l’ordre monétaire, à l’échelle nationale et surtout à l’échelle internationale.

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