Piquer le PLQ

Concernant le refus du Ministre de la Santé Yves Bolduc de permettre l’ouverture de piqueries supervisées, il est clair que c’est du calcul politique, électoraliste. Il ne faut pas se laisser berner, l’« ambiance » conservatrice dans laquelle baigne le Québec depuis quelque temps, au su et au vu des derniers sondages qui placent Stephen Harper et sa bande de réactionnaires dans une position assez confortable, n’en est pas étranger. Pas du tout.

C’est un bon indicateur de la position de l’électorat, et la preuve que le populisme est une manière comme une autre de mener les affaires gouvernementales. Même s’il est manifeste que l’instauration de ces centres serait un plus pour les toxicomanes, et la société, il semble d’autant plus payant de courtiser la fibre puritaine d’une partie de l’électorat pour investir dans le futur. Et ce futur ne concerne, s’il faut le répéter, que le Parti Libéral du Québec.

Serait-ce de la mimésis, étant donné que les conservateurs se battent pour faire fermer le seul centre canadien du genre, qui se trouve présentement à Vancouver? (Justement, mon collègue Pierre R. Chantelois discute de cette dérive conservatrice dans son billet d’hier.)

Alors, le PLQ est parfois, et surtout dans ce cas-ci, très loin de ce que son « L » présuppose, soit bien sûr l’adjectif « libéral », synonyme de tolérance, d’ouverture, et encore moins de la libéralité : « Acte par lequel une personne procure un avantage à une autre sans aucune contrepartie. » Les toxicomanes ne pourraient être comptés pour un groupe assez important d’électeurs…

Donc, ce qui est dit, entre les lignes, c’est que la seule place pour les toxicomanes est la prison, ou encore, s’ils peuvent croupir l’écume aux lèvres loin des regards dans un appartement crade à cet effet, et que la société n’a pas à se tremper dans cette lie, puisque s’ils sont dans cette détresse, c’est bien leur très grande faute, ils n’avaient qu’à ne pas faire ce choix.

Le problème, c’est que le choix n’existe pas dans leur cas, il n’y a que des circonstances, de la grande tristesse, des tendances et beaucoup d’inconsciences. Et pour la société, il n’y a que le choix entre la répression, au nom de principes éculés, et le soutien, avec toutes les possibilités que cela provoque. Mais quel est le démarreur de la rébellion déjà?

Entre celui d’un propriétaire d’une piquerie illégale, d’un gardien de prison ou d’un intervenant bienveillant, quel regard risque le plus d’allumer une étincelle positive dans les yeux du toxicomane?

(Photo : nikoumouke)

15 pensées sur “Piquer le PLQ

  • Ping : Piquer le PLQ « Renart L’éveillé / Carnet résistant

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    3 septembre 2008 à 15 03 33 09339
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     » Le Journal de Montréal dit avoir appris que M. Bachand sera le candidat conservateur dans la circonscription de Sherbrooke. Il profitera de la puissante machine politique de son grand ami et ancien compagnon d’arme Jean Charest, semble-t-il.  »

    Le PLQ qui par l’entremise de Charest aide les conservateurs à gagner au Quebec… ca repond un peu indirectement à ton questionnement non ? D’ailleurs est-il utile de rappeler que Charest est un conservateur ?

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    3 septembre 2008 à 16 04 07 09079
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    Renard, bonne réflexion. C`est ce que j`appelle un glissement vers un état policier. Tout ce règle avec la force et la répression, la prison. Je pense aussi comme vous à ce sujet:

    « Entre celui d’un propriétaire d’une piquerie illégale, d’un gardien de prison ou d’un intervenant bienveillant, quel regard risque le plus d’allumer une étincelle positive dans les yeux du toxicomane? »

    @Reblochon: Y`en a-t`il encore qui croit à l`illusion de la différence entre Conservateur et Libéral???

    Un beau cirque pour divertir la populace pendant que les vrais maîtres continuent d`implémenter leur agenda…

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    3 septembre 2008 à 16 04 16 09169
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    Le refus de Bolduc est un exemple de ce déni de la réalité qui envoie nos soldats crever en Afghanistan. Le même déni qui a amené Madame Palin a s’en remettre à l’abstinence pour gérer l’éducation sexuelle de sa fille… Le petit simulacre de tour au centre du Conservateur Charest est maintenant terminé.

    J’avais fait à l’époque un petit billet assez vitriolique sur la conversion de Charest, car l’apostasie alors était encore l’exception. Maintenant, toutes les idées et idéologies sont acceptées comme de simples outils de marketing, des mises en situations pour une bévue, un scandale… quelque chose d’aussi intéressant qu’une téléréalité quoi…. Je me demande combien de temps une société peut vivre sans un bouffée d’air pur, immergée dans l’insignifiance et l’inaction, avant de suffoquer…

    ( http://nouvellesociete.org/5024.html )

    PJCA

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    3 septembre 2008 à 16 04 30 09309
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    C’est tellement hypocrite comme façon de penser:
     »
    – Je ne veux pas qu’on se pique dans le parc où j’emmène mes enfants parce qu’ils pourraient tomber là-dessus et s’infecter.

    – D’accord, monsieur, on va donc instaurer une piquerie légale où les toxicomanes pourront au moins faire cela de manière sécuritaire.

    – Je ne suis pas d’accord non plus. Prendre de la drogue, c’est mal (immoral).

    – Vous êtes conscient monsieur que si on ne fait pas, les jeunes vont continuer de se piquer dans le parc près de chez vous ou ailleurs dans la ville.

    – … (Après un long silence) Ouin, mais la drogue c’est mal !

    – (Soupir et grognement)  »

    Bref, je n’ai rien d’autre à ajouter. Et ça vient d’un gars qui ne se drogue pas et n’est pas intéressé à le faire !

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    3 septembre 2008 à 20 08 41 09419
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    Alex

    J’aime bien ce petit dialogue. Pas dans ma cour. Ce que je ne vois pas est bien. Ce que je vois est mal. Un manichéisme tout à fait conservateur. Et comme le souligne Pierre JC, on en voit les résultats. Bristol Palin, 17 ans, n’a pas eu droit, parce que sa mère Sarah s’y opposait, à une formation en éducation sexuelle dans une école. Bristol a 17 ans et grâce à la carrière de sa mère, elle est exposée sur la place publique. Les organisations comme la Majorité Morale (The Moral Majority) et la Coalition Chrétienne (The Christian Coalition) font maintenant la loi aux États-Unis. Il faut simplement relire John Winthrop, un influent théologien puritain du 17ème siècle, qui voyait dans l’Amérique « la cité sur la colline » (City on a Hill) et « une lumière sur les nations ». Précurseur de la thèse de la « Destinée manifeste » américaine, la « manifest destiny » relève d’un « devoir mondial général » que la nation états-unienne « sent lui avoir été assigné » face aux « forces du Mal ». Les États-Unis s’arrogeaient le droit de déterminer quel peuple « se conduit bien », et menaçaient de leur intervention toute nation qui ne saurait pas gérer « avec efficacité et décence raisonnables » ses propres affaires sociales et politiques et ne s’acquitterait pas de ses dettes. À lire impérativement pour comprendre cette droite ultra-conservatrice.

    Pierre R.

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    3 septembre 2008 à 20 08 46 09469
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    Les Québécois ne sont pas fous. Si on leur explique correctement les objectifs visés par les piqueries supervisées, ils vont accepter le concept. Il ne s’agit pas de permettre à quiconque de se piquer en toute sécurité pour lui et les autres, mais d’offrir un lieu sécuritaire et un support qui puisse amener des personnes en sérieuses difficultés vers une cure de désintoxication. C’est ce message qui doit passer, preuves scientifiques à l’appui. Il faut accepter les craintes légitimes que l’ouverture de piqueries supervisées ne soient qu’une autre porte d’entrée vers la dépendance, et y répondre avec des argument solides. Yannick Villedieu a écrit un très bon billet en ce sens, avec un lien vers la table ronde qu’il animait le 31 août dernier dans l’émission radio Les Années lumière.

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    3 septembre 2008 à 21 09 02 09029
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    « Les Québécois ne sont pas fous. Si on leur explique correctement les objectifs visés … »

    Haaaan, l’envie de lancer un superbe troll sur cette phrase ! Mais bon, je vais me retenir. N’empeche que je suis completement en desaccord avec elle. Ils sont fous et aveugles aux objectifs visés. Ils ont une vision à tres tres court terme. Genre, le jeudi suivant pour voir la prochaine circulaire !

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    3 septembre 2008 à 21 09 28 09289
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    Reblochon,

    merci d’être venu jusqu’ici.

    C’était bien sûr un mélange entre un questionnement et un constat.

    PJCA,

    je viens de lire votre texte. Excellent. J’aime bien la métaphore des machines reprogrammables. C’est bien aussi de se remettre dans l’ambiance de l’entrée de Jean Charest au PLQ…

    Alex,

    comme Pierre R., j’aime bien ton dialogue. C’est le degré zéro de la réflexion (la démonstration, pas toi…).

    Pierre R.,

    je n’en parle pas directement dans mon billet, mais il est clair que la religion est une force contraignante qui colore toute cette pensée. On voit bien ici la différence entre la morale et l’éthique.

    Michel Monette,

    je comprends bien les gens d’être craintifs (moi je dirais plus « bouchés »), mais il s’agit de la décision d’un ministre, là est le problème…

    « Il faut accepter les craintes légitimes que l’ouverture de piqueries supervisées ne soient qu’une autre porte d’entrée vers la dépendance, »

    Voir si quelqu’un se sentirait appelé par la prise d’héroïne à cause d’un centre du genre, c’est ridicule à la base!

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    3 septembre 2008 à 22 10 00 09009
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    @ Pierre R.,

    Je parlais des craintes, pas de la réalité que ces centres seraient une porte d’entrée vers la dépendance.

    @ autres commentaires
    Une des difficultés que plusieurs progressistes ont, c’est de croire en l’intelligence collective. Je maintiens ce que j’affirme, les Québécois sont en mesure de comprendre et d’accepter des arguments convainquants. On se bat ici contre une idéologie et on ne va pas la vaincre avec une autre idéologie. Désolé, mais les idées préconçues sont beaucoup plus faciles à renforcer qu’à défaire. Sait-on seulement lesquelles il faudrait renforcer et lesquelles il faut minutieusement détruire?

    Pour ce qui est du nouveau ministre de la santé, c’est un à zéro contre lui, msis si on s’entête à jouer le jeu des «forces du mal contre les forces du bien», j’ai la convistion qu’on s’en va nulle part. Ni la gauche, ni la droite n’ont le monopole de ce qui est convenable et de ce qui ne l’est pas. Un dernier point : souvent, on réagit comme si tout le monde partageait les idées les plus à droite et on oublie de tenir compte de ce que pense vraiment la moyenne des ours. On se fait plaisir, mais on frappe dans le vide.

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    3 septembre 2008 à 22 10 02 09029
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    Oups, petite erreur : le début de mon commentaire était destiné à Renart.

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    4 septembre 2008 à 6 06 29 09299
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    Michel,

    j’avais bien compris, merci, mais je ne faisais que réagir à ce que le sens de « craintes légitimes » provoquait en moi…

    😉

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    4 septembre 2008 à 7 07 36 09369
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    « il n’y a que le choix entre la répression, au nom de principes éculés, et le soutien, avec toutes les possibilités que cela provoque. »

    Comme je l’ai dit dans le blogue du petit emerillon sur le sujet, le gouvernement conservateur et ce qui en découle chez ses subordonnés provinciaux a la responsabilité de fournir une aide à ses victimes du système que sont les toxicomanes qui se droguent par intraveineuse car il a une approche paternaliste du sujet.

    La société, c’est des vases communiquants. Prenons l’analogie d’un boyau d’arrosage, tu ne peux pas mettre ton doigt sur le bout du tuyau pour bloquer l’eau qui arrive et espérer que tout ira bien. Soit que tu vas finir par oter ton doigt car la pression sera trop forte ou soit que le tuyau pètera tout simplement.

    C’est la même chose ici, d’un côté, on ne peut pas prôner l’illégalité absolue d’une substance (le doigt sur le bout du boyau) en se sentant réconforté et sécurisé à l’idée que vu que la substance est illégale, elle ne sera pas consommée, elle le sera autant sinon plus parce que l’interdiction, c’est toujours tentant chez l’homme.

    Donc, même si tu as mis le doigt sur le bout du tuyau la drogue illégale pases pareil. Donc ça déborde parce que tu n’as pas prévu à l’autre bout du tuyau ce qui allait arriver.

    Or, si tu gères le input en le contrôlant, en l’interdisant ou autre, tu dois gérer aussi le output. Les victimes de l’illégalisation d’une substance sans pour autant assurer un cadre de gestion convenable.

    Où en bon libertarien, tu légalises tout. Sans dire que ça règlerait le problème, ça responsabiliserait sûrement plus les gens face à un état providence qui leur dit quoi penser et quoi faire.

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