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L’ÉTÉ OLYMPIQUE (Daniel Ducharme et Marie-Andrée Mongeau)

YSENGRIMUS — On assiste ici à une rencontre exceptionnelle. Il y a un petit peu plus de quatre décennies, deux futurs écrivains se trouvent, suite à une séquence de hasards fortuits, entraînés dans une brève aventure collective estivale, qui impliquera une demi-douzaine d’étudiants vacanciers, la plupart montréalais, partis s’amuser et faire un peu de tourisme dans la ville de Québec. Les jeux olympiques d’été de Montréal de 1976 viennent tout juste de se terminer, Elvis Presley a encore une petite année à vivre, et le Parti Québécois de René Lévesque gagnera ses élections historiques dans un peu moins de trois mois. On est jeunes, c’est l’été, la vie est belle. Mais l’est-elle vraiment?

Le roman fait ici entendre deux voix, deux voix discordantes face au vaste monde mais qui concordent pourtant passablement entre elles pour dire que tout n’est pas si beau ou si rose et ce, même si parfois des substances artificielles viennent discrètement appuyer nos efforts pour embellir nos vies. Nous suivons donc, dans le fil tendu et tressé de leurs écritures convergentes, Gaby et Liliane, qui font justement ici connaissance. Va alors émerger, au milieu de cette petite troupe semi-fortuite de garçons et de filles, le personnage central d’Amélie. La grande, la verbeuse, la mondaine, la contrôlante Amélie. Ce roman pourrait être sous-titré: Notre problème, cet été là, avec Amélie… Amélie est la meilleure amie d’enfance de Liliane. Les deux jeunes femmes se connaissant depuis les temps fleuris mais, avec l’adolescence bien passée, et l’âge adulte qui tout doucement s’installe, des fractures prennent insidieusement corps dans leur amitié. Divergences de sensibilités, de visions du monde, de choix de vie. Pour le moment la nostalgie des belles années prime encore, entre Amélie et Liliane, mais pour combien de temps? Gaby, pour sa part, vit la chose dans un tout autre angle. Chez lui, initialement, la figure d’Amélie est secondaire, ancillaire, relativement périphérique. Gaby est hanté par une autre fille, absente du groupe de vacanciers, une égérie, une peine d’amour qui le ronge. Il aspire à se distraire au mieux et cherche à ne pas trop se prendre la tête. Moins investi émotionnellement que Liliane envers Amélie, il découvre tout de même assez vite en elle la femme d’intrigue, la petite salonnière de collège, qui joue avec les personnes et avec les émotions un peu comme ou jouait autrefois avec des figurines ou des poupées. Comment les choses vont-elle se déployer?

En tout cas, quoi qu’il advint, ce fut indubitablement mémorable car nos deux écrivains, Marie-Andrée Mongeau (qui écrit ici pour Liliane) et Daniel Ducharme (qui écrit ici pour Gaby), quand ils se sont retrouvés, au fil des hasards de la vie littéraire et éditoriale de notre beau Québec de verglas, ont ressenti le besoin de joindre leurs forces et leurs verves pour revoir ce moment, cette semaine évanescente d’août 1976 où, apparemment, tout commença ou se termina. Lecteurs et lectrices, comprenez-moi bien ici. Je me permets d’insister. Qu’on s’entende sur ce qui arrive. Nous allons contempler deux éclairs blancs en train de frapper le même paratonnerre. Mongeau et Ducharme ont vécu, ils ont voyagé dans différents pays du monde. Ils ont fait fleurir tous les rapports humains intimes et professionnels imaginables. Ils agitent, aux bouts de leurs antennes frétillantes, dix projets de romans qui les attendent, dans leurs têtes et dans le monde. Et pourtant, en ce torrent des souvenirs divers et complexes de leurs deux vies distinctes, non seulement ils ont, tous les deux, choisi cette petite semaine ensoleillée d’août 1976, pour en faire une évocation détaillée et sentie, mais en plus, ils ont aspiré à faire équipe —geste peu banal tout de même, dans la République des Lettres— pour stabiliser adéquatement cette anecdote marquante qui leur fut commune. Deux vies, deux éclairs, un seul paratonnerre, un choix thématique qui est aussi un défi probabiliste, je n’épilogue pas.

Il faut dire que Gaby et Liliane, leurs deux personnages de 1976, ont, principiellement, beaucoup en commun. Ils sont coulés dans le même métal et, qui plus est, le métal en question est en fusion, il claque, il pétarade, il cherche encore à prendre sa forme. Deux sensibilités sont en train de se configurer dans la forge, de prendre corps. Deux intellects aussi. C’est justement ce qui va rapprocher Gaby et Liliane: l’intellect. Mais une harmonie intellectuelle est-elle l’atout le plus radical pour une compréhension adéquate de la fluctuation des mondes? Là, il va falloir voir. En tout cas, intellect ou pas, un sentiment, insidieux et furtif, lui, habite un peu toute cette petite troupe de vacanciers. C’est la méfiance. On se touche du bout des antennes, on se toise les uns les autres, on ne fait pas confiance à Amélie, ni à Luc (qui, à vingt ans, est le seul adulte officiel du groupe) et encore moins à un autre olibrius (adulte aussi, quadragénaire) jailli des fissures du parquet et qui s’autoproclame propriétaire de l’appartement que les vacanciers empruntent au conjoint de Liliane, lui-même parti faire du camping avec une fille autre que Liliane. Ce que tous nos vacanciers contemplent en chien de faïence, en ce petit été mirifique, c’est la figure adulte, justement, en fait, hydre émergente, qui s’avance, qui monte qui monte, en eux et devant eux. Et cette méfiance diffuse et généralisée, splendidement évoquée par nos deux émotivités coéquipières, c’est une angoisse, en fait. Celle du bon vieux coming of age. En cet été olympique, on sent que quelque chose bouge, que la grande roue tourne, que les pages du petit bouquin des choses ordinaires sont en train de subitement pogner dans le vent. Et cela nous noue la gorge… pas seulement parce qu’il fait chaud et que l’appartement n’est pas très grand. Bon, il ne se passe strictement rien, en fait, et pourtant, bondance, c’est en ces moments inattendus, hauts comme trois pommes, que tout arrive.

Marie-Andrée Mongeau (Contes d’ascenseur, Le magicien de la mer, Chroniques de la Gypco) et Daniel Ducharme (Le bout de l’île, Des nouvelles du bout de l’île, Ces mots qu’on ne cherche pas, La diversité du monde) ont uni leurs styles admirablement. On parle de toutes façon de deux écrivains chevronnés et qui, mystère ondoyant contribuant largement au plaisir de lecture dans cet opus spécifique, dominent précisément et chirurgicalement ce qu’il faut dire ici, comme si des projecteurs crus étaient restés braqués dans leurs deux cerveaux sur les replis fins de cette petite semaine de l’été 1976. Attention, par contre, hein, ceci n’est pas un reportage ou des mémoires. Nous sommes de plain pied dans une fiction, une fiction romanesque totale et entière, consentie, co-écrite. Simplement, elle est tout juste enracinée dans un souvenir de jeunesse commun aux deux narrateurs. Et les deux écritures convergent et s’harmonisent sur le ton, l’angle et le déploiement qu’il faut assurer à cette fiction. Le résultat est beaucoup plus que satisfaisant. Il est jubilatoire.

Moi-même contemporain et compatriote des deux plumes en action ici, je me suis demandé, tout au long de ma lecture, si je n’étais pas en train de me prendre moi-même en flagrant délit de mes propres nostalgies. Car… un petit peu… pas trop mais un petit peu… ce roman est aussi un tableau d’époque. On y parle de nos quartiers, de nos chansonniers, de nos collèges, du Québec (au sens urbain et national) de ces vives années charnière entre la révolution tranquille de 1960 et le référendum national de 1980. La belle force d’évocation de nos deux auteurs étant ce qu’elle est, cet effet d’époque se sent, il travaille le récit, l’oriente, l’habite, le traverse, le détermine. Mais le poids du temps qui a passé ne nous pèse pas. Comme dans Le Grand Meaulnes ou dans Le Petit Prince, on accède, tout tranquillement, à de l’intemporel. Et, en conscience, je crois avoir jubilé non par nostalgie de ma jeunesse (une attitude procédant d’un sentimentalisme que je cultive peu) mais, plus fondamentalement, par amour du bel art.

Je vous le redis et c’est capital: rien ne se passe. Pas de meurtre, pas d’intrigue politique, pas de fornication, pas de soucoupe volante, pas de descente de police, pas de happening. Et pourtant, tout l’humain est là, frémissant, crépitant, tangible. Une angoisse, une colère, une terreur diffuse, une frustration amoureuse contenue ou explicite, une raideur de ton, une crise permanente des interactions, un malaise fondamental de l’être. Mais surtout et avant tout se déploie ici, ce que nous perdons tous un jour: la jeunesse, une jeunesse toute inoffensive, innocente même, et se voulant tellement plus grosse que le bœuf.

La dimension fugitive du moment est cardinale. Notre belle et cuisante histoire ne dure qu’une semaine. On se retrouve devant une crête, un culminement discret mais inexorable. Cet été sans pluie, solaire, étouffant, pincé délicatement entre les jeux olympiques d’un maire et la victoire nationale d’un premier ministre, ne reviendra pas. Jamais. Il nous glissera sous les yeux et entre les doigts, pour toujours. Liliane le sait, Gaby le sait, Amélie et Luc le savent, et les autres s’en doutent. Il aura fallu plus de quatre décennies pour que Mongeau et Ducharme cristallisent ce savoir fatal et, ma foi, ça a valu la peine d’attendre.

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Daniel Ducharme et Marie-Andrée Mongeau, L’été olympique, Montréal, ÉLP éditeur, 2019, formats ePub ou Mobi.

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PROPHÉTIES (Isabelle Larouche)

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Parfois, sans raison cohérente, le temps s’emballe, file à vive allure, précipitant les événements. Quoi qu’on fasse. Qu’on le veuille ou non. Le destin des gens parait relié à une sorte de mécanique compliquée, tels les engrenages d’une horloge géante.
(pp 97-98)

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YSENGRIMUS — L’auteure québécoise Isabelle Larouche, qui se consacre depuis plusieurs années à la littérature jeunesse, soulève dans le présent ouvrage (paru en 2017) la question dialectique (osons le mot) de l’implémentation sociale de la pensée magique. Ici, une vieille montréalaise intemporelle, une itinérante bossue et discrète, arrive à jeter, de façon calculée, planifiée et méthodique, des sorts favorables autour d’elle. Ces enchantements positifs se manifestent à l’aide d’un petit déclencheur, le fameux objet magique des vieux contes. Il existe un nombre indéterminé de ces déclencheurs magiques. Il s’agit de clefs antiques miniatures en or fin. Elles sont toutes petites et elles ouvrent les serrures de portes donnant sur des espaces d’allure ordinaires, certes, mais tous petits, eux aussi, et susceptibles de transmettre le flux magique en cause, si un ensemble précis de conditions favorables est réuni. Voilà pour le monde idéel. La finesse de la démarche fictionnelle, ici, consiste justement dans les contraintes pratiques rencontrées par la vieille dame aux clefs. Les susdites contraintes sont matérielles et socio-historiques. Si la vieille magicienne détient d’autorité les clefs enchanteresses, il lui faut obligatoirement des artisans locaux pour lui construire les serrures que lesdites clefs ouvriront. De fait, notre vieille montréalaise enchantée ne peu pas imposer sa magie comme on le ferait de facto en sucrant les fraises de je ne sais quel perlimpinpin inexorable et omnipotent. Rien à faire, cette mystérieuses bossue au long manteau noir élimé n’est tout simplement pas le père Noël.

C’est trop comme dans les contes de fées, ce que vous me dites là! Vous n’allez quand même pas essayer de me convaincre que le père Noël existe aussi, non!
(p 167)

Bon, alors, donc, la magie se travaille. Elle s’acquiert au fil du développement historique et s’immerge en lui. Si les choses sont ainsi, c’est que le monde réel, solide, armaturé, social, et complexe, fait dépôt et il se doit de faire corps avec la belle idée, pour que l’effet magique sorte enfin de son enfance. Notre vieille dame doit donc faire équipe avec un ou plusieurs représentant(s) du monde socio-historique matériel. En un mot, notre bossue lente et prudente doit se trouver des complices, des adjuvants physiques, au dessus de tous soupçons, et solidement impliqués dans leurs communautés respectives. Ces aides fabriqueront pour elle des portions de réalité physique (souvent les petites serrures et les petites portes pour les petites clefs ainsi que le contenu subtil et fin de ce qu’il y a derrière, mobilier, tapisseries etc). Ce sont ces objets façonnés de mains humaines qui permettront à la pulsion magique de prendre corps. Notre matoise petite vieille doit fatalement rencontrer des gens, gagner leur confiance, établir des réseaux, faire équipe, comme une sorte de discrète et industrieuse salonnière des rues. La magie n’est pas un absolu béat. C’est, au contraire, un dispositif chambranlant, compliqué, corrélé, impliquant un travail aussi collectif que peu visible car, bondance, par-dessus le tas, il faut parvenir à mettre tout ce bien-être en place sans passer pour des olibrius, des cambrioleurs ou des fous. Mise en confiance, la petite vieille ne parle pas autrement de ses petites portes.

Par ces nombreuses portes, que nous construisons, ajoute-t-elle, passeront des énergies créatrices et bienfaitrices. Elles enveloppent la Terre depuis le début des temps, mais les idées modernes les nient et les étouffent. C’est par ces portes que nous ferons entrer le courage, la force, la lucidité et la liberté, ce qui nous permettra d’aller au bout de nos rêves!
(p 163)

Or Isabelle Larouche ne se contente pas de discrètement présider à la rencontre de l’Idée et de la Matière, dans ce petit ouvrage optimiste, bricoleur et rêveur. Elle bricole elle aussi, dans son monde qui est celui… du texte. En effet, on nous convie, en plus, avec Prophéties, à une très intrigante rencontre alternée des genres. Jugez-en. L’ouvrage est subdivisé en quatre parties. Il vaudrait peut-être mieux parler de quatre périodes, vu que chacune de ces portions de récit correspond en fait à une tranche historique. Or, elle correspond aussi à un genre textuel spécifique. Détaillons ceci.

Partie 1: L’écrivain. Année du récit: 1929. Lieu: Verdun (Montréal). Genre exploré: le Fantastique (pp 13-115). Les protagonistes évoluent ici dans le contexte réaliste et sociologiquement saillant d’un (des futurs) arrondissement de Montréal, lors de la Grande Dépression. Des gens perdent leur boulot, doivent réorganiser leur vie et chercher de l’emploi, en manifestant solidarité et patience. Tout tourne autour des écluses du Canal Lachine et du milieu prolétarien y évoluant. Le fantastique s’installe graduellement avec l’apparition de discrètes manifestations magiques tournant autour des petites clefs miniatures données en cadeau de façon sélective par notre vieille dame qui, elle, servira de fil conducteur aux quatre récits. La magie instille sans bruit des éléments de bien-être qui parviennent à affronter et résorber la misère.

Partie 2: L’architecte. Année du récit: 2022. Lieu: Westmount. Genre exploré: l’Anticipation (pp 117-190). Ici on entre en anticipation proche. Le changement climatique que nous connaissons déjà s’aggrave subitement. Il provoque des inondations de plus en plus dévastatrices qui entraînent des perturbations majeures dans l’organisation de l’espace urbain. Le monde est en mutation abrupte et cette phase climatique est le moteur d’une nouvelle crise. Le principal protagoniste, futur architecte, sera invité à construire de-ci de-là des petites portes aux petites clefs, en corrélation avec l’aventure architecturale éco-adéquate qu’il est à conceptualiser. La perturbation critique a même certains avantages. Elle rapproche la famille bourgeoise, en la raccordant plus intimement sur les besoins réels et en la distançant du fric, du crispé et du futile.

Partie 3: Le musicien. Année du récit: 2104. Lieu: Laval. Genre exploré: la Science-fiction (pp 191-237). Nous voici dans l’espace et dans l’univers serein mais tendu de la coopération internationale. Un aérolithe fonce vers la terre et il faudra le démembrer pour à la fois éviter qu’il ne percute notre monde et pour disposer ses fragments pulvérisés en anneaux comme filtre climatique bonifiant. La solution trouvée est entre les mains d’un jeune lavalois qui arrive, avec des notes de guitare, recentrées dans son ordi, à péter du granit. Notre protagoniste se retrouve donc dans une de nos nombreuses stations orbitales pour réaliser sa mission. Ambiance à la 2001, en plus optimiste. En se préparant à sauver le monde, notre Peter Frampton futuriste pense à son amoureuse restée sur terre. Elle a des petites clefs magiques en sa possession… ou non…

Partie 4: La métamorphose. Année du récit: 2254. Lieu: Parc Lafontaine (Montréal). Genre exploré: le Conte de Fée (pp 239-273). On comprend maintenant que la vieille dame aux clefs est un personnage immortel. Mais c’est une petite fille du vingt-troisième siècle qui va nous permettre de mener à terme, dans nos consciences, la quête de la bonne montréalaise et de son secret. C’est un secret douloureux. C’est un secret punitif. C’est un secret qui engage la problématique de l’amour. Les petites clefs d’or permettent à la vieille tireuse de tarots de susciter des prophéties optimistes localisées, et cela aide les autres. Mais son sort à elle, qui s’en préoccupe? La bambine de ce futur lointain (ce futur qui est entièrement celui des petites filles) va nous permettre de finalement conclure. La vieille dame est une fée et les contraintes armaturées du monde des fées s’imposent à elle depuis la nuit des temps. Je ne vous en dis pas plus.

Rédigé dans un style sobre et précis, l’ouvrage est agrémenté d’une illustration en couleur (page couverture) de l’illustratrice Jocelyne Bouchard représentant notre mystérieuse vieille dame assise sur un banc de parc, en train de manipuler ses cartes de tarot.

Fiche descriptive de l’éditeur:
Cette pauvre vieille assise sur un banc avec son jeu de tarot semble insensible aux saisons. Les passants la voient tous les jours sans trop se poser de questions. Pourtant, elle aurait tant à dire. Mais qui est-elle vraiment? Plusieurs disent que si elle croise votre regard, et que vous lui parlez, il est probable qu’elle vous offrira un cadeau que vous ne pourrez jamais oublier. Une histoire tendre remplie de doux mystères. Pour ceux et celles qui croient en la magie et en l’amour éternel.

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Isabelle Larouche (2017), Prophéties, Éditions du Phœnix, Coll. Ado, Montréal, 273 p [Illustration de couverture: Jocelyne Bouchard].

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SOCIÉTÉ (allégorie philosophique d’un ado de seize ans)

YSENGRIMUS — Mon fils puîné (qui avait alors seize ans), le bien nommé Reinardus-le-goupil, fit parvenir autrefois l’allégorie philosophique suivante à Ysengrimus (on ira nous raconter après que ces cabots là ne font que du jeu vidéo). Notre jeune auteur aimerait bien que l’éminent aréopage des 7 du Québec commente. Je vous remercie de le faire ici même. Voici:

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Ce qu’il est important de noter est que le monde qui est décrit dans le texte suivant n’est pas la réalité. Il est fictif et purement utilisé pour expliquer le point de vue de l’auteur. Comme la caverne de Platon, ce monde n’existe pas.

Imaginons un monde, où il y a une toute petite vallée. La vallée se trouve complètement entourée de montagnes. Des montagnes énormes et infranchissables. Au milieu de cette vallée, se trouve un bonhomme. Le sexe de ce personnage n’est pas important parce qu’il s’applique à tous. Ce bonhomme, nous l’appellerons Ray. Ray se trouve au milieu de la vallée, complètement entouré de montagnes. Il existe paisiblement, il n’a pas besoin de se nourrir, ou de boire, ou rien. Mais il se trouve dans un endroit qu’il ne comprend pas trop. Un beau jour, Ray entend des sons bizarres qui viennent de l’autre bord des montagnes. Des sons épeurant, il ne comprend pas c’est quoi mais il a peur. Il décide donc de se construire un château, pour se protéger du possible danger. Avec la puissance de son esprit, il fait apparaître un trou dans la terre. Ce trou, il décide, sera la fondation de son château. Il commence donc à graduellement compléter la fondation. Mais, après de longues périodes de travail, il se trouve fatigué. Mais toujours, il entend les mots de l’extérieur de la montagne et il panique. Finalement la fondation est faite, et la construction débute. Après un court moment, il a un toit au-dessus de sa tête. Content, il se sent bien, en sécurité. Mais il n’ose toujours pas sortir dehors. Quelques jours après, il entend de plus en plus de bruits épeurants. Il décide alors de se construire une plus grande forteresse. Pour que la majesté de son royaume fasse peur au rugissement. Il continue donc à construire. Deuxième étage, troisième, quatrième. Mais en montant les échelons, en construisant son château, il remarque que les rugissements sont de plus en plus intenses. Il a donc trop peur de descendre dans les étages plus bas de son château. Il regarde donc de l’extérieur d’une fenêtre la vallée où il résidait avant. Il ne voit aucun danger physique, mais les rugissements continuent. Il décide donc de construire un château tellement grand qu’il pourra voir au dessus des montagnes. La construction débute la seconde même que ceci lui vient à l’idée. Cinquième, sixième, septième, il finit par construire tellement d’étages qu’il en perd le compte. Ceci n’est pas grave tout de même parce qu’il y est bientôt. Après avoir construit un énorme bâtiment, il regarde par sa nouvelle fenêtre, au plus haut étage du château, et ce qu’il voit le laisse perplexe. De l’autre bord de la montagne, il y a… un autre château! Mais ce château est plus grand que celui de Ray. Il décide donc de faire le sien plus grand que celui de “monsieur là-bas”. Une autre centaine d’étages et il y parvient. Mais ce qu’il remarque est que le château de l’autre a commencé à grandir aussi. Il se remet donc à construire, mais en observant son adversaire de sa fenêtre il remarque que l’autre grandit à la même vitesse que lui. Ceci laisse Ray complètement bouleversé. Finalement Ray ne comprend pas comment ça marche exactement mais il est déterminé à être le vainqueur, les rugissements sont extrêmement intenses en ce moment et Ray se trouve à avoir peur de tout. Il se souvient de son enfance, où toute la vie lui paraissait belle, où il était ignorant du danger, des rugissements. La construction continue, et continue et continue. Jusqu’à temps que Ray soit très vieux. Il regarde finalement par sa fenêtre, et voit le château de l’autre dans la distance. Le château de l’autre plie, il grince, plie encore, craque et s’effondre. En regardant le château de l’autre tomber, Ray est content. Il a finalement vaincu son adversaire. Le château de l’autre tombe en morceaux, il s’effondre et se trouve maintenant encore une fois, derrière les énormes montagnes, dont les pics sont à peine visibles à cause de l’incroyable altitude où se trouve Ray. Victorieux, Ray se tape dans le dos. Il a combattu l’autre château toute sa vie et l’a finalement battu. Mais, pauvre Ray, il voit derrière les ruines du château du mort. « Mais qu’est-ce que c’est? Un autre château! Mais non! Pas un, mais deux, non, trois, quatre, cinq! ». Il y a des châteaux à perte de vue. Tous aussi grands que celui de Ray. Mais tout de même, comment est-ce que Ray peut combattre ceux-ci? Les rugissements n’ont pas arrêté, ce doit être de la faute des autres châteaux! Ray arrête de bouger pour une seconde, et se demande finalement. « Quand j’étais plus jeune, les rugissements était à peine audibles et maintenant, je ne peux pas dormir la nuit parce qu’ils me tracassent tellement. Est-ce que la réponse à mon problème se trouve dans la vallée? Je sais que si j’avais su quand j’étais plus jeune ce que je sais maintenant, j’aurais fait les choses différemment. Mais quoi faire maintenant? Détruire mon château? Je suis rendu au… combientième étage? Comment veux-tu que je fasse ça? Je suis vieux. » Ray décide donc, dans les quelques heures qui lui restent, de détruire son château. Celui qui l’a protégé contre une force inconnue, toute sa vie. Il veut maintenant retourner à zéro. Il arrache une brique, et une autre, et une autre. Mais son château résiste et ne tombe pas. Ray sent alors son vieux cœur qui bat de plus en plus fort. Il panique, il commence à arracher des briques et des briques, il varge sur son château avec toutes ses forces. Il le frappe, avec marteau, pieds, mains, doigts. Mais à quoi bon, il ne peut pas le briser. Ray sent son cœur qui explose dans son torse. Plus vite, plus vite, plus vite, plus vite. Finalement, plus rien. Ray s’effondre sur le plancher. Le regard vers le haut. Il observe la vie qui finit. Il voit finalement le ciel. Et il le remarque pour la première fois. Le ciel est gris, de couleur terreuse. Le gris est en forme de gros rectangle. Un rectangle ayant les mêmes dimensions qu’une brique, mais énorme. Il voit alors que le toit de son château touche à la brique. Le toit y touche, mais non seulement ça, pousse sur la brique. Comme si d’une façon ou d’une autre le château de Ray soutenait la grosse brique en place. Il remarque finalement que tous les autres châteaux eux aussi poussent sur une brique, que le ciel entier, est couvert de briques. Que tous les châteaux autour de lui soutiennent une énorme entité. Il remarque finalement, qu’en construisant son château, il poussait en fait sur le ciel. En poussant sur le ciel, la friction que produisaient ses efforts forçait et faisait gronder le monde. Avec tous ces châteaux qui poussent en même temps, le ciel est maintenu. Mais le bruit aussi, la peur. Avec cette idée qui sort de la tête de Ray, il entend un grincement. Celui-ci ne vient pas du ciel. Il vient d’en dessous. Des craques apparaissent sur les murs de son château. Un grondement énorme se produit. La tour sur laquelle travaillait Ray tombe et s’effondre. Il meurt. Dans les ruines de ce qu’il croyait le protéger.

Bienvenue maintenant au segment explicatif. Vous voyez, ce texte est purement philosophique. Il cherche à expliquer comment fonctionne la société. Ray est un diminutif, pour Raison. Les montagnes sont une force extrêmement puissante qui ne cherche qu’à empêcher Ray de mourir. Ray se trouve donc contraint par les montagnes, comme la raison d’un homme ou d’une femme est contrainte par son corps. La montagne est le corps humain. La science nous démontre que le corps humain a des propriétés de reconstruction et de prévention de la mort incroyables, de même qu’elles ne sont pas encore tout à fait comprises de nos jours. Le château que construit Ray est le château mental que construit tout le monde en vivant des événements de leur vie quotidienne. Quand nous sommes jeunes, confrontés à des bruits étranges venant de la société, nous nous réfugions dans les croyances transmises par nos parents qui “fondent” notre être. Voilà donc ce qu’est la fondation du château au début. Ensuite en construisant le château comme un malade, nous adhérons malgré nous à la conformité de la société. Tout le monde construit le château parce que tout nous pousse à le construire. En construisant notre château nous poussons sur une entité. Nous lui donnons du pouvoir en la menant à de nouvelles hauteurs. Cette entité qui nous fait tellement peur est ce qui gouverne notre vie. Nous, seuls, n’allons jamais être plus grand que celle-ci et nous ne pouvons pas contrôler son existence. Cette entité est la société. Tout ce que nous croyons de nos jours, toute peur, tout cela est fondamentalement causé par la société. Nous nous cachons dans nos châteaux, et essayons de combattre ce que nous créons. Mais c’est seulement en construisant le château et en adhérant à nos peurs que l’on fait vivre la société, l’ordre établi. Si nous arrêtons tous la construction mentale de notre château, le ciel dans l’histoire, la société ne sera plus soutenue. Elle tombera de ces altitudes énormes et sera finalement exposée pour ce qu’elle est. Juste des briques. Juste un mensonge.

Unissons nous, arrêtons les châteaux!

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De l’autre bord de la montagne, il y a… un autre château!

LE ROI DE MIGUASHA (Isabelle Larouche)

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Elle a bien ri quand je lui ai raconté les rêves dans lesquels je me transforme en poisson. Toujours dans l’eau, à traverser lacs et rivières, à la nage ou en apnée, sans jamais m’épuiser. Angèle m’a initiée aux siens, ses rêves à tire-d’aile, m’a-t-elle décrit, où elle est légère dans des cieux changeants, Ang’ailes d’oiseaux n’a jamais peur de tomber dans ses songes aériens.
(Tallulah, chapitre 12, pp 130-131)

YSENGRIMUS — L’auteure québécoise Isabelle Larouche se consacre depuis plusieurs années à la littérature jeunesse. Son volumineux corpus est un excellent terrain d’exploration pour nous faire découvrir que les ouvrages destinés à la jeunesse ne font pas réfléchir que les jeunes. Cela se manifeste surtout quand des questions sociales et sociétales sont abordées. Dans deux villages limitrophes de Gaspésie, vivent deux jeunes filles de treize ou quatorze ans. L’une est Québécoise (de souche Acadienne), l’autre est de la nation Micmaque. Les deux jeunes filles ne se sont jamais rencontrées. Nous sommes de plain-pied dans une autre de ces dynamiques des deux solitudes, ce trait si typiquement canadien.

Les deux jeunes filles sont scolarisées, chacun de son côté, et leurs passions naturelles les dirigent tout doucement vers le haut savoir. Angèle est une ornithologue en herbe très compétente. Tallulah se passionne pour la plongée (en apnée, faute de moyens) et s’intéresse aux mystères de la géologie et de la paléontologie sous-marines. Chacune dans leur institution scolaire respective, elles remportent le prix couronnant leurs projets scientifiques de fin d’année. Et quel prix! Il s’agit d’une grande tournée en autocar, muséologique et touristique, de la province de Nouvelle-Écosse, en compagnie d’une bande allègre et tonique de jeunes bidouilleurs et bidouilleuses de projets scientifiques, dans leur genre. Surprise sidérée. Redéfinition imprévue d’un été. Révolution des tranquillités.

C’est que les deux jeunes filles vivent chacune dans leur petit monde. Elles sont intimement pétries de leur riche héritage ancestral, l’un acadien, l’autre micmac (des héritages qui se rejoignent en plusieurs points, d’ailleurs). Jusqu’à nouvel ordre, elles vivent amplement dans leur tête. Angèle, qui a des nausées récurrentes dans tous les véhicules de transport (au point de ne pas prendre l’autobus scolaire pour se rendre à l’école), ne s’imagine vraiment pas faire le tour d’une grande province maritime en autocar et d’aller, en prime, en point d’orgue, voguer sur une goélette de course, le Bluenose II. Tallulah lutte timidement avec son si problématique trilinguisme. Elle parle peu le micmac, la cruciale langue de ses ancêtres qu’elle ne voudrait pourtant pas perdre, elle parle peu le français, langue de communication fort présente dans le grand espace gaspésien. Elle s’exprime surtout en anglais et, de fait, elle ne s’exprime pas tellement. Tallulah a, en effet, tendance à rester silencieuse, en attendant que ça passe. Elle ne s’imagine vraiment pas partir en voyage avec une bande de verbo-moteurs hypervitaminés, tous très contents d’avoir gagné un prix scientifique et d’en jacasser sans fin. Ainsi, chacune dans son coin, les deux jeunes filles vont passer à deux doigts de décliner cette aventure. C’est leurs parents qui vont les forcer à se redresser un petit peu tout de même sous le licou de la vie.

L’alternance des sensibilités et des émotions intérieures de ces deux jeunes filles est judicieusement exposé par Isabelle Larouche, notamment grâce à un procédé d’écriture simple, quoique hautement original, et d’un efficace esthétique très satisfaisant. Jugez-en. L’ouvrage est formé de dix-huit chapitres et il est intégralement écrit en JE. Entendre: les deux jeunes filles écrivent, chacune à son tour, en JE. Elles disent toutes les deux JE, dans le coin de leur être, c’est-à-dire chacune dans leur espace textuel strict. L’espace d’Angèle, ce sont les chapitres portant la numérotation impaire. L’espace de Tallulah, ce sont les chapitres portant la numérotation paire. À la lecture, on s’installe très promptement dans cette dynamique pendulaire des points de vue, et elle nous fait avancer avec subtilité, sagacité et sagesse dans l’alternance de ces deux regards spécifiques, à la fois si différents et si semblables. La dynamique et le rythme du récit étant ce qu’ils sont, on détecte vite qu’on se dirige tout doucement vers une rencontre. Sentant l’avancée vers ladite rencontre, je me souviens de m’être (futilement) inquiété en me demandant qui donc détiendrait le JE au moment du télescopage des deux sensibilités de nos deux protagonistes? Inquiétude non avenue attendu que la réponse en est: tout le monde. Les deux personnages ont continué de dire JE, chacune dans son sous-ensemble de chapitres spécifiques. Le parallélisme des deux discours répondra tout tranquillement, et jusqu’au bout, à l’inexorable perpendicularisation des deux destinées. Angèle et Tallulah partent donc pour ce voyage estival, combinant éducation et tourisme. Solitaires dans la foule, au début, elles en viennent graduellement à se trouver, se rencontrer, se découvrir. Angèle entretient initialement (notamment aux pp 50-51) des préjugés assez tenaces au sujets des gagnants de prix scientifiques scolaires… et pourtant…

Tallulah n’est pas une fille comme les autres. En tout cas, elle balaie tous les préjugés que je me faisais sur les gagnants de concours scientifiques! C’est une rebelle au cœur tendre, avec un air légèrement mystérieux que j’aime bien. Recluse, elle observe le monde, comme si elle vivait dans sa tête. J’en suis certaine, son imagination regorge d’histoires aussi farfelues et fantastiques que celles qui se cachent dans la mienne. Elle est comme un poisson au fond de son bocal. Et si on s’approche trop près d’elle, elle file comme une anguille! Pourtant, dès le premier jour, et malgré nos différences langagières, j’ai tout de suite été attirée vers elle, comme si j’avais deviné qu’on était faites pour s’entendre, C’est fou! Elle habite dans le village voisin du mien. Comment se fait-il que nous ne nous soyons jamais rencontrées auparavant?
(Angèle, chapitre 11, p. 117)

Tallulah appréhende, plus que tout, les contraintes inextricables du blablabla social sans fin. Et cependant… et justement…

Angèle commence à connaître ma routine matinale et elle s’en accommode sans rechigner. Elle se contente de me sourire avant de faire ses ablutions. Elle n’est pas une fille compliquée et cela me va très bien. La preuve, nous avons besoin de peu de mots pour nous comprendre. J’imagine que c’est ainsi, avoir des affinités avec quelqu’un. Une chose est certaine, elle est la seule personne du groupe qui me plaît et avec qui j’aimerais peut-être devenir amie. Je suis de nature solitaire et secrète, mais avec Angèle, je me sens de moins en mois farouche. C’est pour cela qu’en entrant dans l’autocar, je lui fais un petit sourire et un signe pour l’inviter à partager ma banquette.
(Tallulah, chapitre 10, p. 103)

Les deux jeunes filles deviennent donc tout doucement amies, pendant le voyage. On observera donc que l’auteure, l’illustratrice, et les deux principales protagonistes de cet ouvrage sont des femmes. Cela nous donne à entrer dans l’univers, de plus en plus formulé et tangible, de la culture intime féminine. De fait, les garçons sont assez périphériques dans cette aventure. Ce sont les deux frères turbulents et enquiquineurs d’Angèle. C’est le grand demi-frère charmant mais évaporé de Tallulah. C’est le mystérieux amoureux, très éventuel et très arlésienne, qu’Angèle nie fermement avoir (p. 18). C’est le grand-père conteur de peurs de Tallulah et les persos inquiétants qu’il fait danser devant ses yeux. Ce sont les papas bien tempérés des deux jeunes filles. Ce sont finalement les garçons du voyage de tourisme scientifique qui se barbent sur les vieilles pierres et le fatras historique, justement exactement l’univers de recherche et de réflexion au sein duquel Angèle et Tallulah se rejoignent (pp 122-123). Ceci est un livre fille, bénéficiant d’une écriture et d’illustrations fille. Cela n’en fait pas pour autant un livre juste pour filles, car les garçons et les hommes apprennent et s’enrichissent beaucoup en le lisant. Féminisation ordinaire de nos espaces mentaux, mes beaux.

Et le roi de Miguasha, dans tout ça, c’est pas un homme, lui, alors? Même pas. C’est un poisson. Et pas la première friture venue, encore. Un seigneur. Une référence. Un poiscaille préhistorique de conséquences, vu qu’il semble bien qu’il soit nul autre que celui qui, des centaines de millions d’années avant ses descendants (dont nous sommes), a commencé à prendre des petits respires dans l’atmosphère et à se faire des os de bras et de jambes en devenir, en tendant à ramper sur les plages (pp 109-110). Tant et tant que, à la fois d’eau et d’air, le susdit roi de Miguasha sera, lui, crucialement, ce point d’intersection paléontologique entre la fille-poisson (Tallulah) et le fille-oiseau (Angèle). C’est effectivement ce fossile intermédiaire indubitable qui scellera l’amitié des deux jeunes filles, non sans une rencontre imprévue et commune avec une petite aventure incorporant un très grand danger.

L’ouvrage est agrémenté de huit illustrations, une en couleur (page couverture) et sept en noir et blanc, de l’illustratrice Jocelyne Bouchard. Certaines de ces illustrations d’intérieur de livre font écho à la passion ornithologique du personnage d’Angèle et, de ce fait, elles donnent à découvrir le solide travail de dessinatrice animalière de Jocelyne Bouchard.

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Fiche descriptive de l’éditeur:
À la suite d’un concours de sciences à l’école, Tallulah fait la rencontre d’Angèle. Elles gagnent toutes les deux le premier prix dans leur école: un voyage. Au fil des kilomètres, les deux jeunes filles découvriront que leurs ancêtres à toutes les deux ont une histoire commune: en 1755, la famille d’Angèle habitait à Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse. Mais lors du Grand dérangement, la déportation des Acadiens, ceux-ci ont cherché à se cacher dans la forêt. C’est alors qu’une famille micmaque les aurait aidées… et Tallulah est une descendante directe de cette Nation.

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Isabelle Larouche (2018), Le roi de Miguasha, Éditions du Phœnix, Coll. Premières Nations, Montréal, 190 p [Illustrations: Jocelyne Bouchard].

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Etats-unis: de plus en plus d’adolescents se prostituent pour se nourrir

Lorsque les gens souffrent de la faim, ils sont prêts à faire n’importe quoi pour obtenir un peu de nourriture.

 

Selon la dernière étude qui vient d’être publiée cette semaine par Feeding America (un réseau de 200 banques alimentaires) et le Think Tank « Urban Institute », il y a des millions d’adolescents en Amérique qui au sein des ménages américains vivent dans « l’insécurité alimentaire », et les chercheurs ont été stupéfaits d’apprendre ce que certains de ces adolescents sont prêts à faire pour se nourrir. Certains recourent au vol à l’étalage, d’autres vendent des drogues, et il y avait un nombre étonnamment élevé de participants à cette étude qui ont effectivement admis se prostituer pour se nourrir. Nous ne serions pas étonnés d’apprendre que ce genre de pratiques se déroulent dans un pays qui s’effondre économiquement comme au Venezuela, mais ça se passe aux Etats-Unis d’Amérique, la première puissance économique mondiale. L’Amérique est censée être la nation la plus riche de la planète. Malheureusement, la pauvreté en Amérique ne fait qu’augmenter. Oui, le marché boursier a connu une forte période haussière au cours de ces 2 dernières années, mais pour ceux qui vivent au bas de l’échelle économique, les conditions ont continué à se détériorer et la conséquence aujourd’hui, ce sont des millions d’adolescents qui souffrent profondément.

Commençons avec les chiffres de cette dernière étude. Ce qui suit provient directement du site Web « Urban Institute »

 

Les laissés-pour-compte de l’économie Américaine…Et ils sont des millions !

On estime que 6,8 millions de jeunes américains âgés de 10 à 17 ans sont en insécurité alimentaire, ce qui signifie qu’ils ne disposent pas d’un accès continu à une quantité suffisante d’aliments nutritifs à un prix abordable. 2,9 millions sont aux prises avec une sécurité alimentaire très fragile, et environ 4 millions vivent dans des ménages en situation d’insécurité alimentaire, où il y a une réelle menace de manquer de nourriture.

Cette insécurité alimentaire a des répercussions considérables sur la vie des adolescents américains. Une mauvaise alimentation, un stress provoqué par la faim et la pauvreté peuvent compromettre leur développement, leur santé physique et mentale ainsi que leur réussite scolaire. Mais en dépit de tous ces problèmes liés à l’insécurité alimentaire, nous savons très peu de choses quant à la manière dont ces jeunes adolescents font face à la faim.

Les chercheurs savaient déjà que beaucoup de jeunes adolescents américains connaissaient la faim en Amérique. Mais ce qui les a surpris, c’est ce nombre étonnamment élevé de jeunes adolescents qui leur ont expliqué ce qu’ils étaient prêts à faire pour se nourrir

foodCertains des jeunes ont expliqué qu’ils ou quelqu’un qu’ils connaissent – surtout des jeunes hommes – ont recours au vol à l’étalage, à la vente de drogue, ou aux vols d’objets dans le but de se nourrir en les revendant.

Les adolescents ont également déclaré connaître des jeunes femmes qui se prostituent pour se nourrir ou pour obtenir de l’argent dans le but d’acheter de la nourriture pour leurs familles.

De nombreux adolescents n’hésitent pas à aller en prison ou à échouer en classe afin de devoir suivre l’école l’été pour avoir un accès régulier à de la nourriture.

Pourriez-vous imaginer votre fille ou votre petite-fille se prostituer contre de la nourriture ?

C’est absolument inconcevable pour la plupart d’entre nous , mais la réalité, c’est que cela se déroule chaque jour dans nos rues aux Etats-Unis.

Et cette étude n’était pas un sondage téléphonique aléatoire réalisé à l’aveugle. Les chercheurs ont mené des entretiens individuels avec certains groupes, et ce que ces adolescents admettent être prêts à faire, est absolument incroyable. Voici un autre extrait provenant de l’étude de l’Urban Institute

  • Face à l’insécurité alimentaire aiguë, les adolescents de presque toutes les communautés, sauf deux, ont expliqué que les jeunes participent à des activités criminelles, allant du vol à l’étalage pour de la nourriture à la vente de médicaments et d’objets qu’ils revendent contre de l’argent. Ces comportements étaient plus fréquents chez les jeunes hommes dans les communautés qui offrent des options limitées en termes d’emplois.
  • Les adolescents sur l’ensemble des 10 communautés et dans 13 des 20 groupes de discussion ont expliqué que certains jeunes se prostituaient contre de l’ argent pour se payer de la nourriture. L’étude montre que l’on rencontre plus souvent ce problème dans les communautés très pauvres où les adolescents ont également décrit des environnements de coercition sexuelle. Cette exploitation prend souvent la forme de «rendez-vous transactionnels», ou l’adolescent voit régulièrement une personne pour avoir des relations sexuelles avec elle, généralement un homme plus âgé, en échange de nourriture, d’un repas, d’argent ou d’autres biens matériels.
  • Dans quelques-unes des communautés, les adolescents ont parlé d’aller en prison ou à défaut à l’école (afin qu’ils puissent assister à des cours d’été et ainsi obtenir le déjeuner scolaire). Le but de ces stratégies, c’est d’obtenir des repas réguliers.

Beaucoup de ces jeunes gens comprennent que ce qu’ils font n’est pas bien. Il suffit de lire ce que certains d’entre eux ont expliqué aux chercheurs

33% des Américains n’arrivent même plus à subvenir à leurs besoins élémentaires

Une adolescente de Portland dans l’Oregon a expliqué aux chercheurs: « C’est vraiment comme se vendre. Tu fais ce que tu peux pour obtenir de l’argent ou manger ».

Un autre commentaire provenant de Portland: « voyez-vous je ne l’aime vraiment pas, mais je vais faire ce que je dois faire.  »

Beaucoup préfèrent relativiser sur ce qu’ils font lors de ces différents rendez-vous. Un garçon en Caroline du Nord a expliqué: « Quand vous vendez votre corps, vous le faites de façon déguisée. Par exemple si je fais du sexe avec vous, il faudra d’abord me payer à dîner, c’est comme ça que les filles se débarrassent de la question. C’est mieux que de prendre l’argent directement, car si vous faites cela, vous êtes considérées comme une prostituée »

 

Lorsque j’ai lu les informations contenues dans ce rapport, J’étais abasourdi. Oui, je vous écris régulièrement au sujet de l’effondrement économique aux Etats-Unis et sur l’augmentation continue de la pauvreté au sein de ce pays, mais je ne savais pas que les choses allaient aussi mal.

Et les chercheurs ont été surpris par ce qu’ils ont recueilli. L’un d’eux a expliqué que le fait que les filles vendaient leur corps pour se nourrir « était vraiment choquant pour elle », et elle pense que les choses vont continuer à « s’aggraver avec le temps »…

adolescente« J’effectue des recherches sur les communautés en situation de grande pauvreté et ce depuis longtemps, et j’ai beaucoup écrit sur les femmes en situation de pauvreté extrême, et sur le risque d’exploitation sexuelle, mais là, c’était nouveau », a déclaré Susan Popkin, chercheuse à l’Urban Institute, basé Washington et auteur principal de l’étude intitulée: « Impossible Choices ».

« Même pour moi, qui étudie ces phénomènes et écoutent ces femmes expliquer leurs histoires depuis longtemps, eh bien, le niveau de désespoir de ces femmes est tel que cela m’a véritablement choqué. Et je pense que la situation ne fait qu’empirer au fur et à mesure du temps ».

Mais ne nous dit-on pas que la situation s’améliore en Amérique ?

N’entendons-nous pas dire tous les jours que nos leaders ont redressé la situation économique des Etats-Unis ?

Bien entendu, la vérité c’est que l’Amérique est embourbée dans un déclin économique qui remonte à des décennies. Année après année, la classe moyenne se rétrécit et la pauvreté continue de croître. L’année dernière, la classe moyenne ne représentait plus qu’une minorité de la population pour la première fois, et beaucoup de ceux qui en faisaient partie autrefois ne sont plus sûrs aujourd’hui d’avoir à manger à la fin du mois.

L’Augmentation de la faim en Amérique est un problème majeur et ça le devient de plus en plus. Ce n’est pas parce que vous pouvez vivre dans une maison confortable au sein d’un quartier riche que ce problème n’existe pas.

N’oubliez que ce soir, il y a des millions d’Américains qui ne savent pas quand est-ce qu’ils prendront leur prochain repas, et ils méritent notre amour ainsi que notre compassion.

Source: Theeconomiccollapseblog – Lire les précédents articles de Michael Snyder

 

Source :  https://www.businessbourse.com/2016/09/18/etats-unis-pauvrete-de-plus-en-plus-dadolescents-se-prostituent-pour-se-nourrir/