Une victoire historique quelque peu teintée

Jean Gagnon Dossier Actualité économique

Le Congrès américain a finalement voté en faveur du plan de réforme de la santé dont Barack Obama avait fait son cheval de bataille depuis qu’il s’était lancé à l’assaut de la Maison-Blanche en 2006.

Plusieurs présidents au cours des 3 ou 4 dernières décennies avaient échoué dans ce dossier, si bien que chez les démocrates d’Obama, on qualifie l’événement d’historique.

Certains aspects me font plutôt croire qu’il s’agit d’un succès quelque peu teinté. Il fallait 216 votes pour obtenir la majorité et faire adopter la loi. Obama et ses troupes en ont obtenu 219. Pas un républicain ne s’est rallié au projet, et plusieurs représentants démocrates l’ont boudé.

En toute dernière minute, il a même fallu que les dirigeants démocratiques fassent une concession qui n’est pas tellement à leur honneur. Ils ont donné l’assurance à leur collègue du Michigan, Bart Stupack, que les fonds fédéraux ne seraient pas utilisés pour payer des avortements.

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Il me semble que la problématique pro-vie/pro-choix en est une suffisamment importante pour ne pas faire l’objet de ce type de marchandage. Je trouve désolant que l’on accepte de faire une telle concession et que l’on qualifie ensuite l’événement d’historique.

Assurance universelle

Ce que les éléments les plus progressistes de la classe politique souhaitaient, et c’est probablement l’une des principales raisons expliquant l’échec des tentatives de réforme précédentes, c’était que l’on mette sur pied une assurance maladie publique pour tous gérée par l’état. Mais c’est loin d’être ce dont on a accouché.

La réforme adoptée dimanche soir élargira le programme venant en aide aux personnes pauvres, soit le Medicaid, et subventionnera les familles à faible revenu pour qu’elles puissent acheter une assurance maladie privée auprès d’une compagnie d’assurance.

C’est bien loin d’une assurance universelle.

Mais pour passer à l’histoire, et aussi aider à la réélection des représentants démocrates qui affronteront les électeurs en novembre prochain, on s’est contenté d’un succès teinté. Le clivage politique américain entre démocrates et républicains sur les questions sociales ne m’a jamais semblé plus présent que maintenant.

Le marionnettiste états-unien et l’Iran

Rouge sur VertIl est tout à fait drôle de voir comment certaines informations sont séduisantes, et d’autres beaucoup moins. On se souvient à quel point la révolution verte iranienne a enflammé les comptes Twitter et les grands médias, laissant les critiques à la risée générale. C’était très à la mode de se peinturlurer en vert et j’en vois même encore aujourd’hui. Alors, émettre un doute quant à la participation de la Maison Blanche à tout cela était vraiment le meilleur moyen pour jeter l’opprobre sur soi…

Pourtant, Hillary Clinton a avoué à CNN le 9 août dernier que les États-Unis ont manipulé la « révolution verte » en Iran.

Traduction française d’une citation :

Ainsi nous avons fait beaucoup pour renforcer les protestataires sans nous afficher. Et nous continuons à parler avec et à soutenir l’opposition.

Et pour dire vrai, je suis tombé là-dessus alors que je cherchais des informations sur un autre sujet en lien avec l’Iran, soit que « Washington est derrière la rébellion sunnite en Iran » : une autre information qui n’est pas sexy… bien qu’elle provient d’une source tout à fait sérieuse, l’Agence France Presse (AFP).

Ça ne semble pas s’être rendu jusqu’au Québec, et dans la francophonie la nouvelle a été reprise par beaucoup de médias alternatifs, bien peu chez les autres : les premiers résultats sur Google avec les mots-clés « Washington derrière rébellion sunnite Iran » donnant deux médias belges.

Alors, il me vient un questionnement. Est-ce que l’épithète « conspirationniste » servirait en fait souvent à qualifier les gens qui pointent autre chose que les choix éditoriaux des grands médias?