CUL DE SAC (Louise Demers)

CUL DE SAC (1981)
Louise Demers (1952-2014)

Ça y est, ça y est je suis vivant
J’ai un petit corps j’en suis conscient
Je m’en servirai pour traverser
L’itinéraire qui me sera donné
J’ouvre ma vie et je m’engage
Pour le grand et beau, j’espère, voyage

Depuis l’arbre du bien, du mal
Combien il y en a qui sont passés ici avant moé?
Leur plus grand mal c’était de s’arrêter
Pour y penser

C’est en marchant le long de la route
Quand les choses semblent se rapprocher
Quand on avance et que le doute
Comme un caillou fait trébucher

Est-ce l’horizon ou la raison
Qui semble flou?
Le long du chemin
Tout me déroute

Je vois, je vois, de mieux en mieux
Des gens, des choses qui m’impressionnent
Mes sentiments prennent le nom
Des univers qui m’environnent
Je me baigne à ce mirage
Ma mère la vie je t’aime, je nage!

Assis sous l’arbre du bien, du mal
Un animal me tendit un fruit-miroir
De vérité
Et fasciné, dans ses yeux, je me suis mis à ramper

C’est en tombant le long de la route
Quand les angoisses veulent t’encercler
Quand tu avances et qu’on te coupe
Les deux jambes pour t’en empêcher

Avaient-ils donc tort ou raison
D’unir leurs corps?
Mais aujourd’hui comme il m’en coûte
Ma mère la vie tu me dégoûtes

Ils firent l’amour et je vins
Ricocher dans la matière
Où depuis je décélère
(J’étais, je suis, j’étais)

Ok, ok je suis vivant
En apparence du moins j’entends
Le sablier en s’écoulant
Force l’allure de mes instants
Ou ça me fait rire, ou ça m’enrage
Seul l’imprévu me sert d’otage

J’ai séparé le bien du mal
Chacun en tire sa leçon;
Quand j’ai revu mon passé
Le scénario semblait mois bon que la vérité

En s’écorchant le long de la route
Endurci par l’improvisé
Que l’âme gémit goutte à goutte
Instinctivement avant de crever

Avais-je donc tort ou raison?
Majuscule sur mon oraison

Alors l’Homme cueillit le fruit et lui arracha le cœur
Dedans l’animal avait écrit le testament de l’Homme
Point final, cul-de-sac
Alors l’Homme dans sa grande frayeur tomba de l’autre bord
Où il redevint tout petit
Tout bien, tout mal

Il repartit dans son grand chemin d’éternité
De son petit pas
De vie en vie
De mort en mort
En laissant derrière lui de larges cicatrices

(Mortem tibi offero)

.

Les droits d’auteurs de ce texte appartiennent aux instances concernées. Il est publié ici, sur un espace citoyen sans revenu et libre de contenu publicitaire, à des fins strictement documentaires et en complète solidarité envers son apport intellectuel, éducatif et progressiste.

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