EN RÉPONSE À… (Louise Demers)

EN RÉPONSE À… (1981)
(Louise Demers 1952-2014)

Souffrir c’est rendre l’âme, rendre les armes aux portes du bonheur
Mettez voilette noire devant mes yeux qui pleurent
Voyez le drapeau blanc qu’agite le malheur
Le plus grand des tourments c’est d’être seule devant sa peur

Un gardien gris cloisonne les entrées du donjon
Pour que rien ni personne ne me soit contagion
Hissez pavillon noir, éloignez les cœurs-fleurs
Ma joie qui s’évapore polluerait les rêveurs

En errance d’un sursis
Le chagrin fait son nid
Dans un cœur d’encre il s’étend
Aveuglé par sa nuit
Paralysé d’ennui
Égaré de folie
Usé, grugé de la vie

Dans ma tour sans bébelles
Dégarnie comme l’hiver
Mon instinct se rebelle
Et me rend incendiaire
Mettez vos auréoles
Jetez-moi en enfer
Les amitiés s’envolent
Devant trop d’intenses prières

Vous connaissez peut-être
Le supplice de la goutte d’eau
Qui irrigue la tête
Et craque le cerveau
Le bourreau malveillant attend près du gibet
Le moment où mon âme ira rouler sur le parquet

Ceci est mon corps
Ceci est mon sang
Et voici ma peine
Me voulez-vous quand même?

Un peu de compassion m’eût été bien utile
Ma tourmente s’est close dans des regards stériles
Sachez que la douleur ne m’est pas exclusive
Si un jour vous naufragiez sur mon île
Veillez agréer, Monsieur, mes réconforts futiles.

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Les droits d’auteurs de ce texte appartiennent aux instances concernées. Il est publié ici, sur un espace citoyen sans revenu et libre de contenu publicitaire, à des fins strictement documentaires et en complète solidarité envers son apport intellectuel, éducatif et progressiste.

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