Je n’ai pas de religion (LeVayer)

Smoking-Nuns

Je n’ai pas de religion
.
Je n’ai pas de religion.
Sans jeu de mot (ou mieux: avec),
La barbe, dis-je,
De cet instrument d’oppression
Des femmes,
Cette combine odieuse de voleurs d’âmes.

Ouvertement athée, mais surtout mécréante,
Comme un bon lot de tribades ardentes,
Je ne me souciais pas spécialement de la question
Religion
Jusqu’à une rencontre particulièrement étonnante
Qui confirma, si nécessaire, mon opinion,
Tout en affinant ma perception
De la religion
Comme institution
D’iniquité mais aussi de dépravation.
On notera la subtile et torve perversion.

Se présenta donc, au Lutin Rouge,
Ce soir là, une défroquée,
Une vraie de vraie ancienne nonne
En bois brut, altière, hiératique,
Un rien desséchée
Et passablement esquintée
Par une longue portion de vie incarcérée
Dans je ne sais quel ordre monastique.
Elle nous parla amplement,
En une exposition labile, verbeuse
Et longuette
Du lesbianisme en cornette,
Affaire opaque s’il en est,
Occulte et fort peu guillerette.

Sa diatribe sur la question
Était imprégnée
De symboles,
De références
Le tout marquée au fer rouge de l’École
Et profondément taré des escarres
De la déférence.
L’expérience
Semblait l’avoir laissé frustrée,
Cruellement sevrée,
Confuse, perturbée,
Mal dans sa peau.
Mais, lisez plutôt…
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Vers d’une nonne lesbienne
contrainte de longue date à soumission et même plus…
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La fesse forniqueuse est un brun monastère
Aux échos de passé et aux pavés de sang
Où des millions de nonnes aux cornettes austères
Défèquent sur demain leurs chaotiques chants.
Des chroniqueuses incendiées du mal honteux
Gicle la vérité, teintée d’enluminures.
La chapelle lesbienne aux yeux teints et vitreux,
Joue les traînées d’auberge en jaquette de bure.
Si l’angulaire arcade de pierres romanes
Baille son suant con de grotesque matrice
Ce n’est pas pour nourrir le monde de ses mannes
Mais pour louer sur l’autel, mon sanglant clitoris.
Sous les viles caresses vicieuses, basses et vénales
De générations de nonces, de pourceaux,
Un orgue alcoolique et sa soûle chorale
Chantent le De Profondis pour des Jésus puceaux.
Et ne me parlez plus de la Vierge Marie.
C’est un nuage blanc dans un vieux ciel menteur.
Un gros bedeau crasseux à la verge marrie
En fermant son missel chasse cette vapeur.
Et Satan pour sa part? Ah, grotesque Satan!
C’est un crétin velu, l’impuissant Lucifer.
Pauvre vieux beau pensionné pas le Vatican,
Qu’a à faire ton sale cul d’un trône sous la terre?
Non, je vous le redis, l’orgie est dans l’église,
Cette friponne église qui incarcère ma vie.
J’y mange, j’y vomis des sermons et m’enlise
Dans la messe fangeuse où elle se putréfie.
Si mon dieu, d’aventure, investit son beffroi,
En frôle le clocher dans sa tyrannie mâle,
Toute la sacristie frissonne alors d’effroi
Comme lorsque l’hiver violente la cathédrale.
Ma vie, c’est un hanchier charnu et gémissant
Qui se vend à tous clercs, sous tous cieux, pour tout or.
Je suis une vieille (sa)gouine au porche aussi béant
Que la folle chapelle de ma métaphore.
Et si encore j’ose croire qu’un garçon est un ange.
Tue-dieu que cette complainte me soit répétée,
Que j’en chie sur l’hostie mais que je ne la mange
Parce que rien n’est blanc. Allez mes sœurs. Ite

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Tiré de: Corinne LeVayer (2012), Gouines coquines de ce monde, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

Les droits d’auteurs de ce texte appartiennent aux instances concernées. Il est publié ici, sur un espace citoyen sans revenu et libre de contenu publicitaire, à des fins strictement documentaires et en complète solidarité envers son apport intellectuel, éducatif et progressiste.

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