Je ne chante pas pour passer le temps (Ferrat)

Je ne chante pas pour passer le temps
Jean Ferrat, 1965

Il se peut que je vous déplaise en peignant la réalité
Mais si j’en prends trop à mon aise, je n’ai pas à m’en excuser
Le monde ouvert à ma fenêtre que je referme ou non l’auvent
S’il continue de m’apparaître, comment puis-je faire autrement?
Je ne chante pas pour passer le temps

Le monde ouvert à ma fenêtre, comme à l’eau claire le torrent
Comme au ventre l’enfant à naître et neige la fleur au printemps
Le monde ouvert à ma fenêtre, avec sa dulie, ses horreurs
Avec ses armes et ses reîtres, avec son bruit et sa fureur
Je ne chante pas pour passer le temps

Mon Dieu mon Dieu tout assumer, l’odeur du pain et de la rose
Le poids de ta main qui se pose comme un témoin du mal d’aimer
Le cri qui gonfle la poitrine, de Lorca à Maïakovski
Des poètes qu’on assassine ou qui se tuent pourquoi, pour qui?
Je ne chante pas pour passer le temps

Le monde ouvert à ma fenêtre et que je brise ou non la glace
S’il continue de m’apparaître, que voulez-vous donc que j’y fasse?
Mon cœur, mon cœur, si tu t’arrêtes
Comme un piano qu’on désaccorde
Qu’il me reste une seule corde et qu’à la fin mon chant répète
Je ne chante pas pour passer le temps.

Les droits d’auteurs de ce texte appartiennent aux instances concernées. Il est publié ici, sur un espace citoyen sans revenu et libre de contenu publicitaire, à des fins strictement documentaires et en complète solidarité envers son apport intellectuel, éducatif et progressiste.

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