La fille maigre (Anne Hébert)

La fille maigre
(Anne Hébert, 1953)

Je suis une fille maigre
Et j’ai de beaux os.

J’ai pour eux des soins attentifs
Et d’étranges pitiés.

Je les polis sans cesse
Comme de vieux métaux.

Les bijoux et les fleurs
Sont hors de saison.

Un jour je saisirai mon amant
Pour m’en faire un reliquaire d’argent.

Je me pendrai
À la place de son cœur absent.

Espace comblé,
Quel est soudain en toi cet hôte sans fièvre?

Tu marches
Tu remues ;
Chacun de tes gestes
Pare d’effroi la mort enclose.

Je reçois ton tremblement
Comme un don.

Et parfois
En ta poitrine fixée,
J’entrouvre mes prunelles liquides.

Et bougent
Comme une eau verte
Des songes bizarres et enfantins.

Anorexie-Isabelle-caro

Les droits d’auteurs de ce texte appartiennent aux instances concernées. Il est publié ici, sur un espace citoyen sans revenu et libre de contenu publicitaire, à des fins strictement documentaires et en complète solidarité envers son apport intellectuel, éducatif et progressiste.

avatar

Équipe de l'édition

L’équipe vous offre ici sa mixture. Elle assume et elle assure…

5 pensées sur “La fille maigre (Anne Hébert)

  • avatar
    6 décembre 2014 à 6 06 32 123212
    Permalink

    En référence à toutes les « complications » (pour ne pas dire: écoeuranteries) intérieures et extérieures encore subies de toutes part par les femmes et en commémoration respectueuse des disparues de Polytechnique.

    Répondre
  • avatar
    7 décembre 2014 à 8 08 36 123612
    Permalink

    J’ai lu un de ses roman Une saison dans la vie d’Emmanuel et le rôle de la femme, dans le milieu familial conservateur et chrétien décris dans ce roman, est d’un réaliste saisissant.

    [Une saison dans la vie d’Emmanuel est un roman de Marie-Claire Blais – Note des 7 du Québec]

    Répondre
  • avatar
    7 décembre 2014 à 23 11 05 120512
    Permalink

    Le livre « Une saison dans la vie d’Emmanuel » de Marie-Claire Blais me laissait une odeur physique dans le corps faite de malaises, de promiscuité et d’un réalisme étouffant.

    À « La fille maigre » de Anne Hébert, je souhaite que les filles comprennent que l’extrême maigreur n’est pas jolie. Les femmes sont des êtres humains et non des mannequins.

    Cela dit, il est compréhensible de vouloir se montrer la plus agréable possible. Le naturel est pas mal, finalement.

    Répondre
  • avatar
    1 novembre 2017 à 8 08 20 112011
    Permalink

    Je pense que l’illustration n’est pas appropriée. Il ne faut pas prendre les poèsies
    d’Anne Hebert au premier degré. Moi j’aurais mis un arbre dènué de feuilles et une lune diffusant une lumière blafarde à travers des nuages.
    Quand la neige tombera sur les branches la lumière deviendra argentée.
    Murielle T.

    Répondre
  • avatar
    1 novembre 2017 à 8 08 48 114811
    Permalink

    Saisissant! Il n’y a pas de leçon dans ce texte… juste de la poésie…
    et vous le prenez comme voue le sentez.

    Merci de nous mettre cela dans la tête ce matin.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *