Le masque tombe (Fred Rose)

Le Masque Tombe
Discours prononcé le 3 juillet 1944
à la Chambre des Communes d’Ottawa
par
Fred Rose député du Parti Ouvrier-Progressiste pour Montréal-Cartier

En quelques années avant que le monde apprenne le nom de Quisling, j’ai rédigé une brochure dénonçant de petits groupes fascistes, constituant, disais-je, un danger auquel il fallait parler de peur qu’il ne devienne grave à un moment de crise. En voici un passage:

“A l’heure actuelle il n’y a aucune doute que les diverses mouvements fascistes ne constituent qu’une infime minorité au milieu de grands mouvements politiques de notre pays, mais il n’y a pas de raison pour que l’on ferme les yeux sur le fascisme au Canada. Il vaut beaucoup mieux l’étudier à la lumière de la vérité et de la raison dès maintenant et prendre, dès maintenant, dès sa naissance, les mesures nécessaires pour l’empêcher de se développer au point de menacer la démocratie canadienne.”

La destruction du fascisme ne se limite pas pour moi à la destruction de cette idéologie outre-mer. Ceux des nôtres qui combattent outre-mer, qui risquent leur vie, ne veulent pas, je crois, à leur retour au Canada, y trouver des groupes de fascistes qui menaceraient la démocratie au Canada. Je ne suis pas alarmiste, mais j’estime qu’il vaut toujours mieux faire face aux problèmes que de fermer les yeux.

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Diviser pour régner

Du fait de la destruction du fascisme outre-mer, certains croient que ceux qui sont imbus de cette idéologie parmi nous vont l’abandonner et se soumettre. Je ne partage pas cette opinion. Précisément parce que la cause du fascisme est en faillite, en raison même de ses défaites sur le champs des bataille en Europe, nos groupes fascistes ici, tout comme le nazisme, lutteront avec l’énergie du désespoir. Cela est d’autant plus dangereux que nous traversons une phase décisive de la guerre. Le danger est que cela divise le peuple, soulève le doute dans bien des esprits et sape le moral de la population. Voilà pourquoi il faut faire face à cette situation.

Que veut Hitler, sinon la division? Il peut même faire une guerre défensive sur tous les fronts. Il espère que la guerre durera aussi longtemps que possible et que, grâce à ses partisans au sein des diverse contrées des des Nations Unies, il suscitera une campagne de désunion et que, de cette façon, il pourra obtenir une paix de compromis. Ce serait une paix de courte durée. Ce n’est pas ce que veulent les citoyens du Canada et des Nations Unies.

Il n’y a pas longtemps, le secrétaire au Trésor américain, M. Henry Morgenthau, fils, lança l’avertissement suivant:

“Notre ennemi a une arme secrète réelle, l’arme de la désunion. A mesure que le désastre le menacera, il se servira avec astuce de cette arme. Il tâchera de briser l’unité que nous avons réalisée. Il tentera de jeter la confusion et de détruire la confiance dans les objectifs que nous poursuivons, et d’adoucir la défaite à laquelle il sait maintenant ne plus devoir échapper. Il tentera de rendre notre victoire partielle, plutôt que complète. Si nous succombons à de telles cajoleries, si nous permettons au doute de nous diviser, si nous fléchissons dans notre résolution d’étouffer le hideux fléau nazi, nous aurons perdu cette guerre. Bien plus, nous aurons trahi tous ceux qui ont souffert et ceux dont le sang a inondé le sol de l’Europe, les vivants comme les morts.”

Je partage absolument les sentiments exprimés dans cette déclaration et, c’est pourquoi je préconise l’unité nationale et internationale et mets le peuple en garde contre la désunion et la confusion.

Nous trahirons les vivants et les morts si nous nous tenons cois et que nous atténuons l’importance des événements qui se sont produits dans la province de Québec depuis quelques semaines. Il est possible, ça va de soi, que certains disent: “Ils attaquent la Province de Québec.” Il n’en est pas ainsi. J’ai bien plus confiance dans le peuple du Québec que plusieurs de ceux que me lanceraient cette accusation. J’ai déjà dit, et je le répète ce soir, que ce sont de petites cliques dangereuses qui sont responsables de ces agissements préjudiciables à la population du Québec et au moral canadien.

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Histoires vraies

L’autre jour, je traversais les Laurentides en automobile et je fis monter un jeune aviateur qui marchait le long de la route. C’était un mitrailleur, et de fait il était si jeune qu’il avait plutôt l’air d’un cadet d’aviation. Ce jeune garçon était stationné à Valleyfield au début des émeutes. J’avais presque les larmes aux yeux après avoir entendu le récit qu’il me fit. Il me dit que ces jeunes garçons, ces jeunes mitrailleurs d’aviation,, des jeunes gens qui remplissent les positions très dangereuses et qui s’embarqueront pour outre-mer dans quelques semaines, n’osaient pas s’aventurer seuls hors du camp; ils ne sortaient que par groupes de trois ou quatre.

Et quelles arrestations a-t-on faites? Pas une seule, à ma connaissance. Il me déclara que plusieurs jeunes aviateurs furent cruellement battus. Dans la même ville de Valleyfield, une autre clique attaqua les membres d’un syndicat d’ouvriers de textile au cours d’un réunion. Cette clique pénétra dans la salle où la réunion avait lieu et brisa tous les meubles. Ce syndicat se composait de gens de Valleyfield. Et pourtant on ne fit rien; aucune arrestation ne fut effectuée.

Puis dans la ville de Québec, une synagogue fut incendiée il y a quelques mois. Auparavant, une clique intolérante avait conduit un campagne dans la ville pour priver les Juifs de droit de construire une synagogue. Au cours de cette campagne on a tenu des réunions et recueilli des signatures. Les orateurs étaient connus. Il y avait, par exemple, un nommé Roch Poulin, membre des Jeunes Laurentiens. Le même individu se trouvait quelques semaines plus tard à une assemblée à Québec à laquelle le chef de mon parti, M. Tim Buck, devait prendre la parole, et il a incité des jeunes gens à dissoudre la réunion.

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Antisémitisme et liberté ouvrière

L’antisémitisme et la suppression de la liberté de parole vont de pair. Mais il y a plus. Quelques jours après l’attaque contre la salle du syndicat à Valleyfield. un organisateur syndicaliste bien connu s’est rendu à Huntington. Bien que les ouvriers de l’établissement de textile de l’endroit fissent partie du syndicat, un groupe de personnes est allé le voir pour lui dire qu’il ne tiendrait pas de réunion. Celle-ci n’a pas eu lieu et l’organisateur n’a reçu aucune protection.

De tels actes sont dangereux. Il peuvent conduire les ouvriers à organiser eux-mêmes leur propre défense. On voit facilement tout le danger et tous les troubles que cela pourrait occasionner. Des mesures énergiques s’imposent.

Il est malheureux que tant de gens responsables de ces basses manœuvres se disent nationalistes. Ils ne le sont pas. Ils prétendent travailler dans l’intérêt du peuple québécois. Je soutiens le contraire. Quand ils vont désorganiser des réunions syndicales, ils ne travaillent pas dans l’intérêt des ouvriers canadiens-français; ils font plutôt le jeu de M. Blair Gordon. Quand ils prêchent aux ouvriers du Québec de ne pas faire partie de syndicats neutres, ils leurs enlèvent l’arme par laquelle dans maintes industries du Québec les ouvriers ont obtenu un salaire égal à celui de leurs confrères des autres provinces.

Dans certaines industries du Québec, celle de la constriction maritime notamment, de même que dans certaines autres, les ouvriers ont obtenu l’égalité quant aux conditions de travail. A qui la doivent-il? A tous ces rêveurs d’égalité ou à leurs propres organisateurs syndicaux? Ce sont ces derniers qui la leur ont obtenue.

Ces nationalistes se disent intéressés au bien-être de la population. Toutefois allez leur parler d’assurance santé et tout de suite ils se récrient. Ils n’en veulent pas, mais pas du tout; c’est du socialisme! Ils ne veulent pas qu’on touche à la liberté individuelle. Voyons maintenant les résultats. L’état de la santé laisse fortement à désirer et il en sera de même tant que le peuple québécois se laissera conduire par cette clique dont je viens de parler.

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Quelques Chiffres

Permettez que je cite quelques chiffres. Il est intéressant de noter que dans la province de Québec la mortalité. par tuberculose est de 80.6 par 100,000, comparée à 26 pour l’Ontario. Le chiffre est donc trois fois plus élevé pour le Québec que pour l’Ontario. Voici les statistiques s’appliquant à diverses villes: Québec, 108.1; Chicoutimi, 143.4, Trois-Rivières, 216.6, Thetford-Mines, 259.5 et Rimouski, ce qui est honteux, 542.2, vingt fois le taux de l’Ontario. Les nationalistes ne veulent pas de programme d’hygiène; ils s’imaginent que la population québécoise n’en a pas besoin. Les chiffres de la mortalité infantile suivent la même tendance. Le taux du Canada par mille naissances vivantes en 1941 s’établissait à 59.7, tandis qu’il était de 45.6 pour l’Ontario, 95.5 pour Chicoutimi et 107 pour la ville de Québec.

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Qui s’oppose au progrès?

Les chiffres sont beaucoup trop elevés. Il nous faut de plus nombreux programmes d’hygiène. Il en est cependant qui n’en veulent pas parce que tout cela sent son socialisme et empiète sur la liberté individuelle. Les soi-disant nationalistes se sont opposés à l’instruction obligatoire. Le docteur Paquette, lieutenant de M. Duplessis et ancien secrétaire provincial de l’instruction, disait ce que suit, au cours d’un débat sur l’instruction obligatoire:

“Lorsque les familles sont désorganisées par la guerre, lorsque nos jeunes gens sont conscrits pour l’armée, est-ce bien le temps de conscrire nos enfants pour l’instruction obligatoire?”

Cet argument ne tient pas compte de l’intelligence de la population québécoise. C’est très biens que le docteur Paquette ait obtenu son doctorat et ait réussi en politique. S’il a des enfants, je suis convaincu qu’ils reçoivent une belle éducation, mais il refuse le même privilège aux autres, parce que ce serait conscrire les enfants pour l’instruction.

En outre, ils se sont opposés à ce que le Québec fasse affaire avec le Canada ou à ce que le Canada fasse affaire avec les autres pays du monde. Qu’aviendra-t-il des usines immenses construites dans cette province et des dizaines de milliers d’ouvriers employés ici, si le Canada s’isole du monde?

Le retour à la terre constitue peut-être leur solution. Ils sont prêts à proposer à la population de déraciner des souches et de mourir de faim pour qu’elle ne s’approche pas des villes. Pendant la guerre, toutefois, les gens ont appris qu’ils pouvaient accomplir du travail utile, ils ont acquis de la compétence, et il ne voudront pas retourner à la terre. L’isolationnisme n’est pas la solution pour la population du Québec.

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Nationalisme ou réaction?

Ces soi-disant nationalistes ne travaillent pas dans les intérêts de peuple du Québec. Ces agitateurs ont recours à tous les artifices de la démagogie pour dissimuler leur idéologie réactionnaire et pro-fasciste, et ils se soucient très peu de la population. Quelle idée se font-il du peuple? Je trouve la réponse dans une déclaration formulée par un groupe connu sous le nom de Bloc universitaire et rédigée le 11 avril 1942. Cet organisme préconisait un état corporatif dans la province du Québec où selon la théorie de ses membres, “tous ne naissent pas égaux” Peut-on adopter une attitude plus réactionnaire? Un petit groupe s’installe dans un château et la population à ses pieds travaillera pour lui. Ils possèderont l’intelligence, les autres seront voués à l’ignorance.

Je désire faire un peu d’histoire. Depuis que je suis membre de la Chambre, j’ai entendu beaucoup d’honorables députés revenir sur le passé, sur les années, 1934, 1935, 1936 et 1937. J’ai fais quelques recherches moi-même et je voudrais citer certains soi-disant nationalistes et isolationnistes qui s’intéressent plus à la victoire de l’Axe qu’au bien-être du Québec. Je citerais d’abord un article d’un journal La Nation de Paul Bouchard interdit ou disparu après la déclaration de guerre. Il entretenait des relations très étroites avec tous les soi-disant chefs nationaux de la province; il avait même posé sa candidature dans la circonscription de Sainte-Marie à Montréal et avait l’appui de plusieurs groupements dont l’un avait pour chef André Laurendeau, chef actuel du Bloc Populaire. Ce Bouchard rédigeait un grand nombre d’éditoriaux pour son journal. Par exemple, il disait à propos de l’Espagne:

“Devant une Espagne forte et déterminée, Gibraltar ne vaudra plus rien. Mais le rôle politique que peut jouer une Espagne riche et puissante est de bien plus vaste envergure…Elle reprendra son ascendance sur les peuples issus de son sang et de sa culture. On peut imaginer le rôle futur de l’Espagne dans le monde en songer qu’à part le Brésil, les États-Unis et le Canada, toute l’Amérique parle espagnol. Le prochain siècle sera celui du monde hispanique”

Ce qui veut dire que les Espagnols prendront toute l’Amérique du Sud . On lit ensuite:

“Puisse Franco s’inspire de la réussite mussolinienne… “…en adapter les normes à sa patrie et insuffler à l’Espagne le même esprit d’énergie, du progrès de solidarité qui anime l’Italie, et alors la grande réaction partie de Rome contre la barbarie asiatique arrivera en passant par l’Hispanie aux rivages latins de l’Amérique!”

C’est là le fascisme intégral appliqué à la politique étrangère. Non content de parler de l’Espagne en ces termes, le même journal a adressé à la France les conseils suivants:

“Ah, si la France pouvait enfin trouver sous une monarchie ou une dictature nationale (lisez fasciste) un grand ministre des Affaires étrangères pour vendre à l’Allemagne et à l’Italie en échange d’alliance et de la neutralité française, l’Empire britannique”.

Ces sont là les propos d’un traitre, mais ils ne l’ont pas empêché de se porter candidat contre le Ministre de la justice en 1942. Qu’a-t-il eu à dire au sujet du Canada? Qu’a-t-il eu à dire au propos d’un Canada uni? Voici les paroles édifiantes qu’il a jugé bons a prononcer au sujet de l’impérialisme japonais:

“Très bien, me-laisserai-je dire, mais qu’arrivera-t-il si le Japon veut envahir le Colombie-Britannique? Sachons que la Colombie-Britannique n’est pas tout le Canada, et dans l’Est pour ce qu’elle nous coute et ce que nous en recevons, elle ne signifie rien pour nous. »

Il était disposé à céder la Colombie-Britannique au Japon. Voilà ce que sont les nationalistes, les isolationnistes. les doctrinaires, qui, au fond, sont des internationalistes en ce sens qu’ils sont fascistes. Les sois-disant nationalistes ne nieront pas qu’ils ont la plus haute estime pour les opinions de M. Henri Bourassa. Celui-ci n’a-t-il pas déclaré à Montréal, le 8 octobre 1941, que l’Allemagne était en Europe la seule force capable de mettre fin à la confusion que règne parmi les Slaves?

Certes, Hitler a tenté d’éliminer à sa façon ce que M. Henri Bourassa appelle le chaos slave. Il a tenté d’anéantir des millions de Slaves. Mais ils se sont refusés à mourir; ils jouent aujourd’hui une rôle magnifique et sont en voie d’administrer à Hitler une magistrale raclée.

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Bourassa et Hitler

Voici ce que disait M. Henri Bourassa au sujet de Hitler:

“Hitler est beacoup plus le produit d’une expression démocratique que ne le sont les gouvernements des États-Unis, du Canada et de l’Angleterre…L’un des excellents points du régime (nazi) est qu’il a mis fin aux abus scandaleux du capitalisme!”

Quant on songe aux Krupps, à Goering et à leurs cartels, on constate qu’il ne faisait là que travestir les faits, dans le dessein de tromper le peuple. Parlant de l’après-guerre, M. Henri Bourassa a de plus dit:

“Si le bon sens doit prévaloir dans le règlement des affaires de l’Europe dans le monde de l’après-guerre, je crois que la France de Pétain, l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar ainsi que l’Italie de Mussolini, exerceront une influence salutaire pour le monde.”

Quel monde que celui-là! M. Bourassa a depuis répété ces mêmes affirmations à maintes reprises. Ils s’en tient encore à ses idées et au fait qu’il se qualifie de nationaliste. Comme les nazis dont il s’inspire, ses gens recourent à l’antisémitisme comme moyen d’accomplir leurs sales besognes. Il est malheureux que de telles pensées se glissent dans le discours mêmes de quelques honorables membres de cette Chambre. Il n’y a pas très longtemps, j’ai entendu un honorable député parler des Aryens et des non-Aryens de notre pays. Je croyais que seul Hitler en avait dans son pays. Ainsi, jeudi dernier, l’honorable représentant de Charlevoix-Saguenay (M. Dorion) disait:

“On se demande si nous poursuivons la guerre uniquement pour sauver ou aider les Juifs de tout l’univers”.

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La thèse d’Hitler

C’est là la thèse d’Hitler. Plus d’une fois Hitler a dit que la guerre actuelle est la guerre des Juifs, et nous avons eu l’autre jour une édition révisée de cette observation, formulée par cet honorable membre de cette Chambre.

La Gazette de Montréal, livraison d’aujourd’hui, contenait un article très triste. Il y était question de 1,715,000 Juifs tués, exterminés en chambres à gaz dans deux camps de la Haute-Silésie. Devrons-nous dire à ceux qui échapperont à l’assassinat: “Gardez-vous bien de venir chez nous.” Ce ne sont pas là l’expression de sentiments humanitaires; c’est de la cruauté. Certains chefs politiques ont mêlé cette question juive au problème de l’immigration. Certains journaux publient des caricatures à ce sujet. Voici une caricature du journal Le Moraliste, représentant les Juifs comme l’a fait Streicher dans le Sturner. C’est tout à fait honteux. Que serait-il advenu des grands de la démocratie canadienne, Papineau et Mackenzie s’ils n’avait pu trouver refuge aux États-Unis? Le sort des Acadiens, chassés de leur pays au dix-huitième siècle, triste chapitre de l’histoire canadienne dont on s’est souvenu longtemps en notre province, se répète aujourd’hui sur une plus grande échelle et d’une façon plus meurtrière; en faire un sujet de débat est contraire à l’honnêteté et à l’esprit humanitaire. Mais ces nationalistes ne consultent pas l’histoire. Ils trouvent leur propres cruelles solutions.

Voici un article publié dans Le Bloc, organe officiel du Bloc Populaire, en date du 6 mai 1944. Cet article est intitulé “le Canada, dépotoir de l’Angleterre », et la première page de ce journal est entièrement consacrée à la liste des noms de quelques-uns des réfugiés à qui l’on a permis l’entré au pays. Chaque nom est suivi des mots “Juif, ». Je ne suis pas chrétien mais, si je comprends bien le christianisme, cela est indigne d’un chrétien. On me permettra de citer ici ce qu’un grand homme, David Lloyd George, écrivait en 1923 au sujet des juifs. Voici:

« De tous les fantasmes qui avilissent l’homme, il n’en est pas de plus stupide que l’antisémitisme. Il ne trouve son fondement ni dans la raison ni dans la foi; il n’aspire à aucun idéal; c’est simplement une de ces mauvaise herbes qui croissent dans ces marais que sont les haines de race. Qu’il soit tout à fait contraire à la raison, on en a la preuve si l’on sait qu’il s’attaque presque exclusivement aux nations qui rendent un culte aux prophètes et aux apôtres juifs, révèlent la littérature des Hébreux comme la seule remise directement à l’homme par Dieu, et dont le seul espoir de salut repose sur les préceptes et les promesses des grands maîtres de Judas. Cependant, aux yeux des fanatiques, les juifs d’aujourd’hui ne peuvent jamais avoir raison. S’ils sont riches, ce sont des oiseaux de proie; s’ils sont pauvres, ce sont des parasites. S’ils se prononcent en faveur d’une guerre, c’est qu’ils veulent exploiter à leur propre bénéfice les animosités sanglantes des gentils. S’ils souhaitent la paix, ce sont des lâches ou des traîtres. S’ils donnent généreusement, et personne n’ouvre plus large la main que les Juifs, c’est quelque motif d’égoïsme qui les inspire. S’ils ne donnent pas, que peut-on attendre des Juifs que l’avarice? Si le gros capitaliste opprime l’ouvrier, on en rend responsable la cupidité des Juifs; si l’ouvrier se révolte contre le capital, ce sont encore les Juifs qu’il faut blâmer; s’ils habitent à l’étranger, il faut les persécuter et les en déloger par une émeute; s’il veulent retourner dans leur pays, il faut les en empêcher. Partout et toujours, quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils aient l’intention de faire ou omettent de faire, ils se sentent à travers les siècles poursuivis par l’écho du cri brutal de la plèbe de Jérusalem s’adressant au plus grand de tous les Juifs: ’Crucifiez-le!’”

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Nos responsabilités

Ce sont là de belles paroles, mais qu’allons-nous faire? La situation semble suffisamment grave pour exiger ce que je proposais dans mon premier discours à la Chambre; l’institution d’une commission royale chargée d’étudier à fond le problème. Il y a encore davantage. Il doit y avoir une raison qui pousse des gens de la province de Québec à suivre ces éléments, et on la trouve dans certaines inégalités qui se perpétuent. Le Gouvernement doit absolument trouver le moyen de répondre aux besoins de la population, de faire disparaître ces inégalités, et la population sera trop heureuse de tout ce qu’on entreprendra pour lui donner la justice qu’elle mérite. J’ajouterai qu’il nous faut encourager les syndicats ouvriers qui veulent apporter leur concours dans la lutte pour la démocratie. Nous avons besoin d’une politique hardie, car le problème de l’unité nationale est grave, en cette dernière phase de la guerre, et il le sera tout autant demain au cours de la période d’après-guerre.

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Une pensée sur “Le masque tombe (Fred Rose)

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    17 septembre 2014 à 14 02 38 09389
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    La France actuelle devrait attentivement méditer ce petit texte canadien d’autrefois…

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