Premier mai (Victor Hugo)

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Premier mai

Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.
Je ne suis pas en train de parler d’autres choses.
Premier mai ! l’amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ;
L’arbre où j’ai, l’autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte et croit qu’il l’improvise ;
Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,
Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en coeur ;
L’atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine
Des déclarations qu’au Printemps fait la plaine,
Et que l’herbe amoureuse adresse au ciel charmant.
A chaque pas du jour dans le bleu firmament,
La campagne éperdue, et toujours plus éprise,
Prodigue les senteurs, et dans la tiède brise
Envoie au renouveau ses baisers odorants ;
Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,
Dont l’haleine s’envole en murmurant : Je t’aime !
Sur le ravin, l’étang, le pré, le sillon même,
Font des taches partout de toutes les couleurs ;
Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs ;
Comme si ses soupirs et ses tendres missives
Au mois de mai, qui rit dans les branches lascives,
Et tous les billets doux de son amour bavard,
Avaient laissé leur trace aux pages du buvard !
Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,
Chantent des triolets et des rondeaux aux fées ;
Tout semble confier à l’ombre un doux secret ;
Tout aime, et tout l’avoue à voix basse ; on dirait
Qu’au nord, au sud brûlant, au couchant, à l’aurore,
La haie en fleur, le lierre et la source sonore,
Les monts, les champs, les lacs et les chênes mouvants,
Répètent un quatrain fait par les quatre vents.

 

Tiré du recueil de Victor Hugo, LES CONTEMPLATIONS (1856)

Les droits d’auteurs de ce texte appartiennent aux instances concernées. Il est publié ici, sur un espace citoyen sans revenu et libre de contenu publicitaire, à des fins strictement documentaires et en complète solidarité envers son apport intellectuel, éducatif et progressiste.

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Trouvailles

Sur la route rhizomatique de tout cheminement intellectuel apparaissent de temps en temps des trouvailles...

12 pensées sur “Premier mai (Victor Hugo)

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    3 mai 2014 à 5 05 54 05545
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    On notera que Hugo a écrit ce texte magnifique bien avant que le premier mai ne devienne la fête internationale des travailleurs. La force de frappe de mai s’y retrouve pourtant, en entier.

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    3 mai 2014 à 12 12 18 05185
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    Lorsque l’alexandrin, pret à servir l’amour
    se retrouve juché sur une fleur de haine
    Ne doit-on pas penser que cette fête est vaine
    et qu’il aurait fallu la mettre un autre jour ?

    PJCA

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      3 mai 2014 à 15 03 05 05055
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      Dénommer « haine » la solidarité
      Est un flonflon lyrique qui, de toute éternité,
      Court
      Dans le bourg,
      Surtout dans ses salons
      Et ses officine, fallacieuses ou non,
      C’est selon…
      Fond doctrinal fort mince,
      Outrecuidance de princes.

      Cet insidieux refrain,
      Cet alexandrin
      Mièvre, cette babiole dorée,
      Je lui préfèrerai toujours,
      Depuis les faubourgs,
      Le tronc noueux et dur,
      Fraternel, sororal et pur
      Du vers irrégulier,
      Le seul vrai de vrai vers de mai.

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        3 mai 2014 à 21 09 46 05465
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        Le poing braqué qui couronne cette plante aux cloches défaillantes mise en illustration ne me semblait pas annonciateur d’amour… a moins qu’il ne signifie le noble geste du semeur… Mas bon, si vous le dites…. :-))

        PJCA

        PS Ce est pas moi, mais Victor qui avait fait le choix des armes. D’accord pour l’alexandrin… ou n’importe quoi. Je vois que vous préférez n’importe quoi :-)) ::-))

        PJCA

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          3 mai 2014 à 22 10 34 05345
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          Va pour « n’importe quoi » tant que cela ne se confond pas avec « tout ».

          Car il est certaines choses que je rejette fondamentalement… et durablement.

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      3 mai 2014 à 16 04 27 05275
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      La rose aux piquets mordants
      porte ombrage élégamment
      à ceux rampants du chiendent.

      Haïkaïs en épine. DG

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        3 mai 2014 à 16 04 35 05355
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        Prenez-en pour votre grade,
        Mes compagnons, mes camarades,
        Ils sont, eux aussi, passablement solidaires,
        Mous comme m*** et durs comme fer,
        Les curés rétrogrades!

        Celui qui est toujours là,
        Malgré lui, malgré toi,
        P.L.
        .
        .
        .
        Post scriptum:

        ÉGLOGUE AU BENÊT
        Il est du benêt
        Comme d’une rage de dent:
        Il siffle: « Je m’en vais! »
        Mais revient tous le temps…

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          3 mai 2014 à 16 04 55 05555
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          Mon départ je n’ai pas sifflé
          j’ai quitté sans rien annonçer
          mais puisque vous insistez.

          DG

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            3 mai 2014 à 17 05 19 05195
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            Des silences

            Il est des silences
            Trop tonitruants
            Pour que se dispense
            D’y souffler le vent,
            D’y frémir la petite brise
            Qui sait tant mépriser
            Et d’y craquer la méprise
            Qui peut tant briser.

            Ces silences nous disent
            Quatre pauvres vérités
            Et, ensuite, le froid des banquises
            Leur sont d’inextinguibles brasiers.

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    3 mai 2014 à 22 10 44 05445
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    J,aimerais bien entendre Allan Erwan sur ce theme…

    PJCA

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    10 mai 2014 à 16 04 25 05255
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    Puisqu’il est question de muguet, de clochettes, et du joli moi de mai…

    Alors, dans mon jardin, Pierre,
    Ne pousse que de la plantouille bien sauvage,
    Bien hirsute et mal peignée,
    Tombée du ciel sans rien demander même au Bon Dieu,
    Et qui se prétend direct chez elle,
    Tandis que moi, jamais, j’ai pas le droit.

    L’on veut prendre les commandes,
    L’on se frotte aux autres plantes ses voisines,
    L’on négocie à coups de crimes et de racines
    Sa place au soleil.

    Ainsi, dans mon jardin, Pierre,
    Du gazon qu’on sème il sort de la mousse,
    Des fleurs qu’on éparpille on ne voit plus jamais rien,
    Tandis que, sans crier gare, un jour, une belladone s’installe,
    Et se creuse un territoire aux dépens d’une colonie
    D’herbes à verrues arrivées deux ans plus tôt.

    Mademoiselle bouscule les hortensias,
    Menace mon camélia,
    Terrorise les araignées
    Et attire tous les escargots de la ville.

    Dans mon jardin, Pierre,
    J’ai voulu un jour planter du fenouil sauvage récolté sur une île
    Pleine d’embruns et d’alexandrins hugoliens ;
    Messire bouda sous terre deux ans durant.

    Puis, comme on ne l’attendait plus,
    Il explosa, et produit aujourd’hui,
    Parmi des fougères tombées des nuages,
    Un énorme bouquet d’ombellifères,
    Restaurant de tous les insectes du canton.
    Poil aux potirons.

    Eh bien, dans son ombre, à l’abri sous ses vastes feuilles,
    Juste sur le sol, au milieu d’un parterre de fraisiers qui font éternuer les chats,
    Dans la lumière douce et tamisée de cette église verte,
    Du muguet est arrivé. Je ne l’ai pas planté.

    Sonnent les clochettes du joli mois de mai.
    Tandis que moi, ébloui, remonté à bloc par les vertus de mon jardin magique,
    Je pars défiler derrière les banderoles, mon drapeau de gauchiste haut brandi
    Sous le nez des flics en civils qui nous photographient,
    Dans mon jardin, tout tranquillement,
    Les habitants s’envahissent mutuellement.

    Et les chats, domestiques ou de passage,
    Se roulent,
    Enivrés par les beaux feuillages,
    Heureux de tant d’élégance désinvolte et appliquée tout à la fois.

    Bientôt du ciel tomberont des fruits, des graines, des crottes,
    Et mon jardin, Pierre,
    Absolument incontrôlable,
    Nous préparera une nouvelle marmite de plantouilles improbables.

    Et lorsque, l’an prochain, au premier mai, mois des clochettes,
    Mon jardin soulèvera son couvercle,
    Nous respirerons les nouveaux arômes de sa vie,
    Et nous pourrons vivre encore.

    Certes, je ne suis pas jardinier.

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    10 mai 2014 à 20 08 03 05035
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    @ Alan Erwen

    Merci, « Dans la lumière douce et tamisée de cette église verte, du muguet est arrivé. Je ne l’ai pas planté  » C’est ce que j’avas le gout de lire. Comme « tous les gars du monde qui se donneraiemt la main »… Mais c’est rare. Meme Paul Fort nous a dit qu’il n’y avait plus de baleines… Alors. au hasard, de ce qui sortira de sous le couvercle….

    Pierre JC

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