Ti-Cul Lachance (Vigneault)

.

LETTRE DE MONSIEUR IDENTIQUE LACHANCE À SON PREMIER SOUS-MINISTRE
Gilles Vigneault – Gaston Rochon (1974)

Parlé: Je m’appelle Identique Lachance. Oui, oui, c’est mon nom. Mais vous savez comment les gars sont. Ils ont commencé par m’appeler « Tique »… pis entre « Tique » pis « Ti-Cul »…

Me v’là chômeur de mon état
Je m’appelle Ti-Cul Lachance
Pogné, marié, trois filles deux gars.
Mais… Merci… Merci… Merci pour l’assistance
Comme j’habite un pays loin de l’eau
T’as fait fermer le chantier de bateaux…
Ben… Tu les as laissé faire
Comme j’ai pas posé de bombes par-là
Pis que ça faisait peut-être ton affaire
Tu penses que je m’en aperçois pas

Tu penses que je m’en aperçois pas
Parce que je vois pas la caisse
Tu te penses en haut, tu me penses en bas
Du moment que je me baisse
Je me baisse pour choisir mon caillou
Avant que tu le vendes avec le trou
D’avant d’après les guerres
Parce que tu m’fournis mon tabac
Parce que tu m’as payé une bière
Tu penses que je m’en aperçois pas

Tu penses que je m’en aperçois pas
Du moment que je dépense
Tout ce que tu me donnes entre les repas
Mais ben rien à faire on pense
Dans tes menteries télévisées
Des fois t’oublies de te déguiser
Pis on voit tes deux faces
Tu vends mon chemin, tu vends mon pas
Tu vends mon temps, pis mon espace
Tu penses que je m’en aperçois pas

Tu penses que je m’en aperçois pas
Qu’t’es rien qu’un sous-ministre
Qu’nos vrais ministres sont aux États
C’est là qu’ils t’administrent
C’est là qu’ils font les gros fusils
Avec le fer de mon pays
Mais toi t’es à la chasse
Comme tu m’vois pas dans ces clubs-là
Pis qu’on est pas confrères de classe
Tu penses que je m’en aperçois pas

Tu penses que je m’en aperçois pas
Quand tu poses ta pancarte
À vendre, à vendre avec en bas
Indiqué sur les cartes
Si vous aimiez mon Labrador
Ajoutez-y donc la Côte-Nord
Le bois y est hors d’âge… ITT… ITT… ITT…
Quand tu descends nous voir dans le bas
On sait qui c’qui paye ton voyage
Tu penses qu’on s’en aperçois pas

Tu penses que je m’en aperçois pas
Quand tu me pousses vers la grève
Je sais bien que t’aimes pas nos syndicats
Tu s’rais content qu’ils crèvent
Quand tu mets nos chefs en prison
Le patron te reçoit dans sa maison
T’es là comme en famille
Parce que ma femme lave pas vos draps
Parce que mon gars viole pas vos filles
Tu penses que je m’en aperçois pas

Tu me feras voter pour tes pantins
Les deux mains sur la bible
Comme c’est toi qui comptes les bulletins
Y a pas d’erreur possible
Le jour où j’vas voter pour moi
Ton recomptage prendra des mois
Des mois pis des années
Pis si j’veux faire mon petit soldat
J’sais que t’as déjà une belle armée
Pour me faire retrouver ton pas

Des matins je me lève Esquimau
Je te vois vider l’Arctique
L’eau, les humains, les animaux
À des prix électriques
J’peux pas croire que tu sois si bas
J’peux pas croire que tu sois si rat
Faudrait qu’tu sois si bête
À semer du vent de c’te force-là
Tu te prépares une joyeuse tempête
Peut-être bien que tu t’en aperçois pas…

Les droits d’auteurs de ce texte appartiennent aux instances concernées. Il est publié ici, sur un espace citoyen sans revenu et libre de contenu publicitaire, à des fins strictement documentaires et en complète solidarité envers son apport intellectuel, éducatif et progressiste.

avatar

Trouvailles

Sur la route rhizomatique de tout cheminement intellectuel apparaissent de temps en temps des trouvailles...

2 pensées sur “Ti-Cul Lachance (Vigneault)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *